vendredi 14 décembre 2007

Le mythe du Maccarthysme

Le 7 juin 1954, lors des catastrophiques auditions sur l’infiltration communiste dans l’armée, le sénateur MacCarthy interroge un témoin devant les caméras. Cette enquête sera le début de la fin pour le bouillant sénateur qui sera blâmé par le sénat quelques mois plus tard.


Le mythe du maccarthysme ne repose sur aucune réalité historique. Il s’agit d’une des plus belles réussites de la propagande politique moderne. Mis en œuvre avec maestria par l’appareil international du parti communiste soviétique, ce mythe a permis d’éluder les véritables motifs de l’épuration des communistes du cinéma hollywoodien et, surtout, de cacher que ce sont les choix tactiques des communistes américains qui sont à l’origine de leur perte.

Suite aux récents travaux des historiens américains, il est aujourd’hui possible d’éclairer le problème que posait le communisme aux états Unis au début des années cinquante, durant la période connue sous le nom de maccarthysme.
La vision de la condamnation des fameux « Dix de Hollywood », symbole d’une folle répression anticommuniste, doit être désormais complètement revue et corrigée. L’étude objective et dépassionnée de ce sujet dévoile ainsi non seulement le rôle, mais aussi la stratégie du parti communiste américain pas aussi innocent que veulent bien le faire croire certains cinéastes français s’étant intéressés au sujet. Incontestablement, il est trop simple d’imputer la lutte anticommuniste des Américains à quelques délires mystiques ou paranoïaques.

L’allié objectif

« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer est descendu sur tout le continent, autorisant des Etats policiers à dominer l’Europe de l’Est ». Par cette phrase prononcée lors de son fameux discours de Fulton en mars 1946, Churchill, alors ex-premier ministre du Royaume-Uni, marque la fin de l’espoir d’une grande entente entre l’URSS et les Etats-unis. Dans la grande stratégie communiste, les Américains ont servi, pour reprendre la célèbre formule de Lénine, « d’alliés objectifs » de l’Union soviétique. L’allié objectif étant un partenaire avec lequel, pour des raisons de stratégie politique, on accepte un pacte momentané contre un adversaire commun, en l’occurrence le national-socialisme. Ainsi, au lendemain d’une guerre sans merci contre le Troisième Reich et le Japon, l’Amérique trouve en l’allié favori de son défunt président Roosevelt, un ennemi plus redoutable à lui seul que toutes les forces de l’Axe réunies… Triste ironie du sort qui donne raison à Patton et infirme le jugement optimiste de Roosevelt : pire peut-être que l’Allemagne, il existe le meurtrier régime soviétique, frère ennemi et jumeau matérialiste du capitalisme.

La marque d’un conflit eschatologique mondial

Dès 1945, et même un peu avant, le mythe de l’alliance entre communisme et capitalisme se révèle impossible. Ainsi que le prévoyait déjà Tocqueville en 1835, les deux géants se partagent le monde sous les yeux d’une Europe qui n’est plus guère qu’un enjeu, et non plus une pièce majeure sur l’échiquier des relations internationales.
Le monde entier doit prendre position pour ou contre l’un de ces modèles politiques. Et il va sans dire qu’outre les influences extérieures et les conjonctures politiques variées, les états concernés connaissent par le biais des partis communistes locaux, des influences intérieures non négligeables.
Dans un climat de peur panique d’une troisième guerre mondiale qui promet d’être bien plus meurtrière que la précédente, du fait de l’arme atomique désormais présente dans les deux camps, commence un conflit, certes feutré et se déroulant par pays interposés, mais qui n’en possède pas moins une dimension véritablement eschatologique, au sens où il n'engage rien moins qu’un changement radical de civilisation.

Les partis communistes locaux

Aux Etats-Unis, le parti communiste américain (CPUSA : Communist Party of the United States of America) a, à partir de 1941 (rupture du pacte germano-soviétique), activement participé à la lutte contre son allié objectif de la veille : le nazisme. Cette lutte s’est notamment manifestée par des activités de propagande cinématographique à partir des studios de Hollywood, le tout avec la bénédiction de la Maison Blanche.
Il importe ici de revenir sur l’importance du rôle joué par les partis communistes locaux dans l’instauration des régimes soviétiques en Europe et partout dans le monde. De même, il est indispensable de souligner leur indéfectible fidélité au maître du Kremlin, et ce même contre leur propre patrie. L’action des communistes polonais est désormais parfaitement connue, de même que celle des communistes grecs contre les partisans royalistes. L’importance prise en France par le PCF de Maurice Thorez, revenu de Moscou gracié de sa désertion du premier septembre 1939, ainsi que les grèves générales qui ne tarderont pas à survenir en France dans le but de nuire au plan Marshall, sont elles aussi révélatrices d’un climat politique tendu à l’intérieur des pays démocratiques.
Au vu du contexte international, tristement célèbre sous le nom de « Guerre froide », ainsi que de l’attitude du CPUSA de 1939 à 1941, puis de 1941 à fin 1945, le gouvernement américain appuyé par l’opinion publique hésite à accorder sa confiance à un parti dont on peut croire, à juste titre d’ailleurs, que sa fidélité va plus à Moscou qu’à Washington.

Le CPUSA et le HCUA : le rôle du sénateur Mac Carthy

Une légitime méfiance s’installe donc aux Etats-Unis vis-à-vis du CPUSA, soupçonné d’activités anti-américaines. Des commissions d’enquête vont s’intéresser de près aux personnes dont l’appartenance au CPUSA est connue. Ces commissions sont connues sous le nom de HCUA (House Committee on Un-American Activities). Leur rôle culminera et s’achèvera avec l’apparition sous les sunlights hollywoodiens d’un sénateur dont le nom symbolise aujourd’hui ce qui n’est ne réalité qu’un fantasme : son nom : Joseph MacCarthy.

MacCarthy, Gilles de Rais ou épouvantail médiatique ?

Ce nom, qu’on ne peut prononcer en France sans un frisson d’horreur, est depuis toujours associé avec des termes appartenant au champ lexical de l’ésotérisme, de la magie ou de la thérapie psychiatrique.
« Ils ont trouvé un truc qui s’appelle le maccarthysme et qui leur est bien utile du fait que McCarthy s’est conduit comme un imbécile. Chaque fois qu’il y a une liste noire ou une allusion à des gens mis dans l’incapacité de travailler, on appelle ça le maccarthysme. McCarthy était un crétin. » (John Lee Mahin).
Joseph McCarthy apparaît sur la scène politique américaine en 1950. Il est alors le jeune sénateur de l’état du Wisconsin. Le personnage est austère. Il parle froidement, sur ton monocorde. Avec son air sérieux et méthodique, il sait persuader l’opinion du bien fondé de ses accusations les plus brutales. Son fameux discours de Wheeling en Virginie le fait passer aux premiers rangs de l’actualité américaine, même s’il ne fait que dénoncer ce qu’on déjà dit de personnalités comme Whittaker Chambers ou Elisabeth Bentley trois ans plus tôt. Il fulmine par exemple contre le péril rouge au sein du département d’Etat. Il ira plus loin encore, peut-être pas sans raison, mais très maladroitement, en accusant l’US Army, et certains de ses généraux en particulier, de tolérer des communistes à des postes importants. Cette erreur marque le début de son rapide déclin sur le devant de la scène, et les auditions US Army-McCarthy, diffusées par ABC en avril-mai 1954 finissent par le déconsidérer auprès du grand public. Le 2 décembre 1954, un vote de censure du Sénat met un terme à sa carrière politique. McCarthy n’aurait pas été capable de justifier une transaction financière ; il était de plus accusé d’avoir fait obstruction au déroulement normal des débats. Plus probablement, les véhémentes accusations du sénateur auraient lassé jusqu’à ses propres collègues. Ajoutons à cela les attaques contre l’armée… A l’apogée de sa popularité en 1952, il est finalement considéré comme un « handicap majeur pour l’anticommunisme ». Il cesse de diriger la sous-commission sénatoriale d’enquête sur l’infiltration communiste dans l’administration dont il avait la charge depuis 1951.
A partir de cette éphémère carrière et de cette influence politique nulle ou presque, toute une mythologie va se développer sur le nom du sénateur, et s’inscrire dans l’imaginaire des médias. Il convient aujourd’hui de remettre au point un certain nombre d’erreurs.
D’abord, McCarthy n’a jamais approché, de près ou de loin, l’industrie du cinéma à Hollywood, tout au moins pas avant 1951.
Son rôle dans l’enquête puis l’exécution des époux Rosenberg est inexistant, même si tout le monde récite cette erreur depuis quarante ans, tant il est vrai qu’un mensonge répété mille fois devient finalement une vérité !
Il n’eut jamais le pouvoir quasi dictatorial qu’on lui prête volontiers, cette fable ayant pour fondement la médiatisation massive dont il fut l’objet pendant un certain temps, ainsi que la reprise et l’amplification de ce mythe par les communistes, qui voyaient là le moyen de faire passer leurs militants pour les persécutés d’un régime « fasciste » et totalitaire.
Enfin, impossible au sens politique, de parler de « maccarthysme » comme on parlerait de stalinisme, puisque le sénateur ne fut jamais le chef d’un parti, ni même l’organisateur d’un programme précis.

Le communisme aux Etats Unis

Les plus célèbres épisodes de la période dite du « Maccarthysme » concernent bien sûr la condamnation puis l’exécution des époux Rosenberg en 1953, mais encore les audiences par le HCUA des scénaristes hollywoodiens, en 1947 puis en 1951. Le plus spectaculaire étant surtout leur condamnation suite à une attitude et une défense suicidaires. Si le cas des Rosenberg, dont la culpabilité est aujourd’hui établie de façon incontestable, bien que toujours très largement ignorée du grand public, reste anecdotique, le cas des scénaristes de Hollywood est lui parfaitement représentatif de la situation que connaît le pays entier face à la question communiste.
Il est intéressant d’étudier le rôle exact du CPUSA, ainsi que la portée réelle de la réaction américaine. Il est surtout fondamental d’étudier la stratégie de ce parti face au gouvernement, ainsi que les motifs de sa condamnation tant par l’opinion populaire que par la justice.

La signature de Joe Mac Carthy.
D’une moustache, l’autre…

En 1945, le monde entier découvre les crocs de Staline, cachés jusqu’alors derrière la débonnaire moustache du « Petit père des Peuples ». La mise au pas de la Pologne et de toute l’Europe de l’Est, la mise à mort de la Tchécoslovaquie, la guerre civile en Grèce, opposant les partisans communistes aux résistants royalistes, le dépècement de l’Allemagne, le terrible bras de fer immédiatement engagé par le blocus de Berlin, l’inquiétante victoire de Mao en Chine, les multiples guerres civiles ainsi que l’ombre menaçante sur les deux camps, d’une arme terrible, capable d’éradiquer toute vie change radicalement la vision quelque peu angélique que pouvait avoir l’opinion américaine du sympathique bolchevique luttant pour la paix et la liberté… La Guerre froide vient de commencer.
Elle se joue sur deux théâtres.
Le premier ne concerne rien moins que la planète entière, à travers les affrontements masqués, et par pions interposés des deux grands marionnettistes vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

Idiots inutiles ou minorité agissante ?

Le second touche la politique intérieure de l’ensemble des pays concernés par le choix entre communisme et capitalisme, où il faut prendre garde à la redoutable efficacité des partis communistes locaux. Parmi ces Etats, les Etats Unis. Et ce, même si des historiens nient cette assertion, arguant de la trop faible importance du CPUSA, de son isolation totale au sein de la population américaine, des multiples difficultés des communistes américains à se faire entendre et accepter de l’opinion. Ils poussent même, selon Jean-Paul Török, jusqu’à invoquer « le rudimentaire idéalisme des militants, l’irréalité de leurs certitudes et, sans le dire ouvertement, leur conjecturale stupidité » ! Ces historiens, proches des positions communistes, nient même que les marxistes hollywoodiens aient pu avoir l’intelligence d’infiltrer de la propagande soviétique dans l’élaboration des films, afin d’en modifier le contenu !

Des révisionnistes du communisme

Le but de ces « révisionnistes » est, bien sûr, de dédouaner les communistes américains de toute volonté de nuire à leur patrie, mais, surtout d’avancer que la menace interne n’a jamais existé, et qu’elle n’est que le fruit de conspirateurs, destinée à abuser les gogos.
A l’intérieur du pays, on regarde d’un autre œil ces gens qui soutiennent encore le régime marxiste, et notamment, une partie de cette industrie du cinéma et du monde médiatique, « qui avaient fait de Broadway et de Hollywood, modernes Sodome et Gomorrhe, deux capitales de la subversion ». En effet, durant la période du New Deal, puis au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est incontestable que le petit monde de Hollywood a soutenu le régime soviétique, parfois même avec la bénédiction du président Roosevelt. D’où ces propos quelque peu inamicaux tenus par exemple par le républicain J. Parnell Thomas dès 1940 : « La subversion en Amérique a fleuri sous le New Deal ; le plus sûr moyen de la déraciner est de se débarrasser du New Deal », ou encore par Sam Wood, visant directement le président : « Il faut virer cet infirme de la Maison Blanche » !
Plus grave pour la politique de Roosevelt, est la confirmation de ces propos par un rapport de la Chambre de commerce tiré à six cent mille exemplaires (Communist infiltration in the United States : Its nature and how to Combat it, 1946), et dénonçant la politique du New Deal « qui a frayé la voix à l’idéologie communiste ».

En 1936, le patron du FBI Edgar Hoover (à gauche) en compagnie de Clyde Tolson, son inséparable compagnon.


Du rôle des Barbares et des termites

L’attitude des Américains vis-à-vis des communistes peut encore se mesurer aux demandes des représentants de l’industrie dans le Waldorf Astoria Statement. Ces derniers réclament tout de même aux politiciens de « promulguer des lois qui permettent de se débarrasser des éléments subversifs et déloyaux… » C’est encore l’homélie du pasteur Billy Graham devant le Sénat, n’attaquant rien moins que « les barbares qui frappent à nos portes à l’extérieur et les termites moraux à l’intérieur ».
Enfin, le souhait du peuple américain de contrer ce qui apparaissait comme une menace communiste est confirmé par les urnes en 1946, où les Américains portent au Congrès une écrasante majorité de conservateurs.
A Hollywood même, la petite existence de l’industrie cinématographique est elle aussi perturbée par les événements.

Le New Deal dans la Cité du rêve

Hollywood constitue en soi une véritable petite société autarcique, relativement indépendante vis-à-vis du gouvernement et qui entend bien le rester.
Ce monde du cinéma est régi par un code définissant une véritable éthique de l’industrie cinématographique : le code Hays, daté de mars 1930. Le prosélytisme politique est interdit. Les attaques prenant pour cible les minorités ethniques, religieuses ou sociales le sont également. Le seul but du cinéma américain est de distraire le public, de lui offrir du rêve.
Vers la fin des années trente, le gouvernement tente d’infléchir avec quelque succès cette ligne de conduite. Qui plus est, ce dernier essaie également de contraindre l’empire hollywoodien à séparer la production et l’exploitation des films, ainsi qu’à abandonner le circuit des salles de projection. Ceci en vertu d’une loi anti-trust, mais également dans le but de briser les pratiques monopolistiques de cette industrie. La victoire du gouvernement est perçue à Hollywood comme une manifestation du marxisme imprégnant le New Deal, et constitue selon eux une violation du capitalisme et de la libre entreprise.
Pire, cela pourrait être assimilé à une volonté de diriger le cinéma et de l’employer à des fins contraires au code de conduite en vigueur à Hollywood. Un cinéma de service public en quelque sorte, voire une entreprise « collectivisée », pour reprendre le vocabulaire en vogue alors.

Les communistes à Hollywood !

Avant tout, il est légitime de comprendre pourquoi les communistes tentent d’infiltrer le temple du capitalisme américain. Les raisons sont diverses, mais il est possible d’en privilégier quatre.
La première concerne le prestige qu’apportent ceux que Staline appelle les « idiots utiles » : les intellectuels, les célébrités en quête d’une noble cause à défendre. Outre leur renom, ces personnes apportent non seulement leur intelligence, leur respectabilité, mais également leur argent.
Voila justement l’objet de la seconde raison qui pousse les communistes à investir Hollywood : les membres du parti versaient une cotisation de 10 % sur un salaire mensuel de 4000 dollars. Ainsi, la section de Hollywood du CPUSA versait
1,5 million de dollars par an aux caisses du parti (approximativement 50 millions de francs actuels : 8000 fois le salaire normal d’un prolétaire de base employé à Hollywood). Ceci sans compter les fonds récoltés par les diverses associations satellites du parti. L’ensemble de ces revenus constituait vraisemblablement la moitié des ressources du CPUSA à l’époque !
Un autre aspect de l’intérêt communiste pour les millionnaires de Hollywood relève d’un domaine plus idéologique et stratégique : il s’agit d’avoir une mainmise sur le formidable moyen de propagande que constitue l’industrie du cinéma, en tant que vecteur d’une culture de masse.
Enfin, le quatrième motif n’est autre que le parachèvement de la présence du parti communiste dans tous les secteurs d’activité de la société américaine.

L’importance fondamentale des minorités actives

La première cellule du parti est créée à Hollywood pendant l’été 1937. La section connaît son apogée durant la guerre avec un nombre d’adhérents estimé à trois cents selon les chiffres du FBI. A ce chiffre, il faut ajouter le concours d’approximativement deux mille sympathisants, et quatre mille personnes contrôlées plus ou moins consciemment par les associations satellites du parti. Ces chiffres, qui sont qualifiés de dérisoires par les révisionnistes, ne doivent en réalité surtout pas être minorés. Ils constituent, ainsi que le savent parfaitement les historiens qui tentent de désamorcer ce fait, ce que Lénine appelait une « minorité active ». C’est avec ce genre de petits groupes plus ou moins clandestins que se sont effectuées les révolutions marxistes dans le monde entier, à commencer par la Russie elle-même.
En 1938, malgré la vive réticence des « moguls » (dirigeants hollywoodiens), et notamment de Louis B. Mayer, directeur de la MGM, les premiers films de propagande voient le jour. Ils dénoncent le « péril fasciste » en Europe, malgré la neutralité politique et la volonté isolationniste des Américains. Etrangement, dès 1939, les films anti-allemands cessent, sans que pour autant, les historiens révisionnistes y voient la moindre relation de cause à effet avec le pacte germano-soviétique. Jusqu’en 1941, les films de propagande s’interrompent, avant de reprendre à partir du déclenchement en Europe de l’opération Barbarossa.
Toujours est-il que le CPUSA ne fait là que soutenir l’effort de guerre « au service de la patrie et de la lutte antifasciste ». Le tout reste de savoir à quel pays appartiennent ces ardents patriotes.
En 1945, les choses changent. Ainsi que le dit J.-P. Török, « les Hollywoodiens qui revenaient de la guerre ne reconnurent pas leur usine à rêves. Le royaume du charme et du divertissement était en pleine révolution. Dans la plupart des studios, la gauche radicale exerçait son influence et des équipes composées de rouges et de libéraux régissaient la production (…) On aurait cru, à les entendre, que la guerre n’était pas finie. Ils ne parlaient que d’antifascisme, de lutte aux côtés des masses… »
Des scénaristes, comme Adrian Scott ou Edward Dmytryk, lancent des films sur l’antisémitisme et la discrimination raciale. De son côté, Elie Kazan enchaîne avec la dénonciation des tares de la société américaine, la corruption judiciaire et politique, le racisme et même l’antisémitisme.
Sur le plan interne à Hollywood, la Screen Writers Guild est devenue le syndicat unique, auquel doivent adhérer même les opposants, sous peine de perdre leur emploi. Le communiste Donald Trumbo y fait régner sa loi, ainsi que partout ailleurs à Hollywood. Il envisage également de créer une structure nouvelle : l’American Authors Authority (AAA). Celle ci permettrait à ses membres de ne plus vendre, mais de louer leurs œuvres aux producteurs… Et donc de leur offrir la possibilité de contrôler plus encore le contenu de leurs films.
Pour les Américains, au vu du contexte national et surtout mondial, cette prise en main des structures dirigeantes de Hollywood par les communistes est vécue comme une véritable invasion, prélude à une révolution de l’industrie du cinéma. Et nul besoin d’être grand clerc pour comprendre la place que pourraient avoir pris les films de propagande dans la tentative de révolution marxiste aux Etats-Unis.
Il ne faut jamais oublier le contexte international qui entoure cette crise hollywoodienne, même si les grandes crises de la guerre froide ne sont pas encore d’actualité. Pour les Américains, le risque est cependant réel. Il y a danger.

Le péril rouge au quotidien, ou la violence banale

Les grèves à caractère politique qui perturbent tout le territoire américain de 1945 à 1946 le confirment s’il en était encore besoin. Comme d’habitude, le microcosme hollywoodien reproduit à son échelle la crise qui touche le pays entier.
Herbert K. Sorrell, syndicaliste communiste connu pour avoir organisé une grève aux studios Walt Disney en 1941, déclenche les hostilités dès mars 1945. Il réclame la reconnaissance par les dirigeants de l’industrie, de la CSU (Conference of Studio Union, directement aux ordres de Moscou par le biais de la World Federation of Trade Unions), comme seule représentante des décorateurs de plateau. C’est une déclaration de guerre pour la IATSE, syndicat apolitique du petit personnel de l’industrie hollywoodienne. Rapidement la grève se répand dans toutes les compagnies et tourne à l’affrontement ouvert entre les syndicats rivaux, suite à la mise en place de piquets de grèves communistes destinés à empêcher les membres de l’IATSE d’aller au travail. De violentes batailles éclatent, et se poursuivent jusqu’en 1946.
William Green, président de l’American Federation of Labor, dénonce le caractère subversif des « tentatives concertées et répétées des responsables communistes et du CIO dont le but est de s’emparer de l’industrie du film aux dépens de l’AFL ».
Au niveau national, la réaction populaire est identique : il faut rétablir l’ordre dans la société, et préserver la liberté et la paix sociale. Aux élections législatives de novembre 1946, les démocrates sont battus. Leur stratégie d’alliance avec les communistes est dénoncée et condamnée.
A Hollywood comme ailleurs, des mesures de reprise en main sont appliquées contre le danger communiste. Les militants du PC n’ont plus le droit de siéger à la direction d’une organisation syndicale.
Ce danger écarté, il ne reste qu’à débusquer et affronter le communisme où il se cache encore.
C’est « l’Alliance pour la préservation des idéaux américains » (MPAPAI) qui va jouer dans cette affaire le rôle déterminant. Dès sa fondation en 1944, l’Alliance dresse des listes de communistes et surveille les éventuelles menées anti-américaines au sein des studios hollywoodiens. Elle estime très justement que « toute œuvre qui tendait par son contenu à autre chose qu’au pur et simple divertissement était suspecte de subversion » Toute la difficulté résidant dans la preuve de subversion à apporter. Or, les films sont remarquablement montés, et la propagande distillée, si elle est bien connue aujourd’hui, reste pour l’époque difficile à prouver.
En 1947, la MPAPAI profite de l’effet négatif des récentes grèves sur l’opinion publique pour relancer une demande d’enquête dans les milieux hollywoodiens auprès du HCUA, désormais constitué en Commission permanente. Son président J. Parnell Thomas, soutenu par le Congrès, et fort de la prise de conscience du danger communiste jusqu’au sein des studios, peut maintenant lancer une offensive contre les marxistes de Hollywood.

Qu’est ce que le HCUA ?

Ainsi que le dit fort justement l’historien J.-P. Török, « la commission d’enquête sur les activités anti-américaines (HCUA) n’est pas un avatar de l’Inquisition, de la chambre ardente, voire de la Gestapo ». Ce n’est même pas un tribunal. Il ne s’agit que d’une commission parlementaire, dont le travail est d’enquêter sur une question précise, puis de donner un avis à l’Assemblée, qui décidera alors de la marche à suivre et de la législation à adopter. Son champ d’action, même en cette époque troublée, ne se limite nullement aux seuls problèmes posés par le communisme ; et son attitude dure et impitoyable est la même face à tous les témoins, importants ou non, marxistes ou non.
Elle peut faire comparaître qui elle entend, sans distinction de rang ou d’importance, et jusqu’au président lui même… Les témoins, car il ne s’agit nullement d’accusés, sont tenus de prêter serment, et de répondre clairement et directement aux questions posées. La procédure est donc simple.
Et contre ceux qui refuseraient de comparaître, de répondre aux questions, ou qui se parjureraient, le HCUA peut utiliser « l’outrage au Congrès », arme terrible dont dispose la Commission.
La seule façon de rejeter légalement l’interrogatoire consiste à se réfugier derrière le Cinquième Amendement : « nul ne pourra, dans une affaire criminelle être contraint de témoigner contre lui-même ». Ce qui revient à s’accuser implicitement.
Les audiences du HCUA se déroulent dans une ambiance typiquement américaine, de par leur démesure et leur côté attractif : séances publiques, filmées et retransmises en direct par les télévisions, dans des salles bondées de spectateurs bruyants, rieurs et agités. Partout, la présence obsédante et permanente de journalistes et de photographes, écoutant et mitraillant tous azimuts de leurs objectifs. Cette particularité médiatique permet, au moindre faux pas du témoin, sinon de le condamner, du moins de le discréditer aux yeux du public, qui n’hésite pas à conspuer ou à applaudir selon les réponses des témoins. Il prend ainsi une part active à la démocratie et à la justice du pays.
Au niveau de sa composition en 1947, le HCUA comptait un président (Parnell Thomas), quatre représentants républicains et quatre démocrates.

Une procédure sérieuse

En mai-juin 1947, le HCUA tient des audiences préliminaires où la MPAPAI tient à apporter tout son soutien, en communiquant une liste de films « contenant une dose appréciable de propagande communiste », ou en apportant divers témoignages sur les menées anti-américaines des communistes dans l’industrie du cinéma. Suite à ces audiences préliminaires, Parnell Thomas put produire une première liste de dix-neuf noms de personnes soupçonnées. Les audiences officielles auront lieu à Washington, le 20 octobre 1947.
Le 21 septembre, quarante-trois Hollywoodiens sont appelés à témoigner devant le HCUA. Ces témoins se divisent en deux clans antagonistes : d’un côté, les « témoins amicaux », au nombre de vingt-quatre, anti-communistes et généralement membres de la MPAPAI ; de l’autre, les « témoins inamicaux », fortement soupçonnés d’appartenir au CPUSA et d’avoir des activités anti-patriotiques. Tous scénaristes ou réalisateurs, à l’exception d’un producteur et d’un comédien, ces témoins passeront à la postérité médiatique sous le nom des « Dix-neuf de Hollywood ».

Les communistes se vendent bien !

Cependant, même avec le soutien de la MPAPAI, la réussite de l’entreprise du HCUA peut sembler bien incertaine, et les quatre mois d’attente jusqu’au mois d’octobre peuvent avoir une importance décisive sur la décision finale.
Le premier coup d’arrêt à la mission du HCUA est donné par la réaction des « moguls ». Comme d’habitude, ceux-ci réagissent mal aux incursions du gouvernement dans leurs affaires. Ils refusent notamment de s’engager à ne pas employer de communistes dans leur industrie. Non pas pour des raisons de liberté politique, mais plus prosaïquement parce que les films de ces derniers se vendent bien ! Et puis, cela permettait de se débarrasser une fois pour toutes de ces encombrants agents du gouvernement.
Ainsi, quel que soit le résultat de l’enquête, les communistes sont sûrs de conserver leurs emplois à Hollywood et de ne pas être inquiétés. On notera là une certaine différence avec les procédés soviétiques.
Cette période d’attente est également mise à profit pour tenter de discréditer les membres du HCUA, en les faisant passer pour un ramassis de réactionnaires fanatiques et de paranoïaques bornés, et « il faut bien l’avouer ». Peut-être un peu stupides, et très certainement incompétents ! Mais surtout, ce serait là l’occasion pour ces politiciens, de briller en s’attaquant aux vedettes hollywoodiennes.
Seul problème : les « vedettes » sont des scénaristes inconnus, et pas des célébrités. Par ailleurs, les répercussions médiatiques autour de cette affaire sont indépendantes du sujet même, puisque toutes les grandes enquêtes du Congrès connaissent cette mise en scène à grand spectacle.
Enfin, les membres de la Commission sont parfaitement renseignés sur l’industrie du cinéma par nombre d’enquêteurs et d’agents du FBI. Leurs cibles sont soigneusement sélectionnées et les dossiers remarquablement documentés.

L’arrivée des prolétaires à paillettes
Outre ces événements, les communistes vont également obtenir le soutien, normalement décisif des libéraux. Immédiatement, les joyeux pétitionnaires, trop contents d’avoir l’impression de goûter des émotions fortes et de prendre parti pour la liberté d’expression, partent au combat « dans une joyeuse atmosphère de guerre en dentelles et de paris sur la victoire ».
John Huston, Philip Dunne et William Wyler créent le « Comité pour le Premier amendement ». L’idée est simple : selon leur interprétation, le Premier Amendement permettrait aux témoins de ne pas répondre à l’inévitable question de leur appartenance ou de leurs accointances avec le CPUSA. Ceci suivant le motif que le gouvernement n’aurait pas le droit d’enquêter sur les affiliations politiques des citoyens. Or, le Premier Amendement « ne souffle mot des appartenances et des opinions politiques, encore moins du droit des citoyens de refuser de répondre à une enquête du Congrès » !

Le nœud gordien

Quoi qu’il en soit, sûrs d’eux et du bien fondé de leur terrible engagement, les sémillants membres du Comité pour le premier Amendement décident d’affronter l’hydre fasciste et de combattre pour obtenir aux Etats-Unis une liberté d’expression aussi totale qu’en Union soviétique ! Rien ne pourra plus les détourner de ce noble idéal. Et, comble d’ironie, ils abattront leurs adversaires en utilisant ses propres armes. La médiatisation et la publicité accordées aux séances du HCUA leur permettront de discréditer les méthodes « fascistes et totalitaires » de cette horrible commission, prête à accomplir un autodafé avec de généreux artistes aux convictions progressistes.
Immédiatement, la stratégie est mise en application : les compagnons de route du PCUSA affrètent un avion de ligne pour se rendre aux audiences. Le 20 octobre, les prolétaires en strass et paillettes sortent de l’appareil et descendent lentement les marches jusqu’au plancher des vaches. Il y a là Humphrey Bogart, mystérieux, fumant avec morgue et détachement, sanglé dans son imper, prêt à jouer son auto-parodie. Et puis la merveilleuse et séduisante Lauren Bacall, le frétillant Frank Sinatra, Gene Kelly, Henry Fonda et d’autres encore, tous là pour le duel final entre le Bien et le Mal.
Candides et trop confiants, les « idiots utiles » descendent les avenues de Washington en toute sérénité, et posent complaisamment pour la postérité, sourires hollywoodiens et poses plastiques à volonté.

La gaffe de J. Parnell Thomas

Parallèlement à ces amusements de millionnaires en mal de sensations fortes, le Président J. Parnell Thomas a commis une erreur. Inquiet face à ce remous médiatique en faveur des artistes pro-soviétiques, il lance une rumeur « révélant » qu’il avait les producteurs à sa botte, et que par ailleurs, ceux-ci tenaient à sa disposition toutes les listes noires nécessaires pour éradiquer les rouges de l’industrie du cinéma !
A la veille des audiences, la Motion Picture fait paraître un cinglant démenti, qui confond les allégations de Parnell Thomas, ridiculisé tant face à l’opinion publique que face à ses adversaires : (…) « Il n’y aura jamais de liste noire. Nous n’allons pas sombrer dans le totalitarisme pour faire plaisir à la Commission. »
Les audiences commencent donc avec la certitude pour les communistes de n’être jamais inquiété par les moguls. Et elles se déroulent devant un parterre de stars en rang d’oignon, faisant bloc derrière les communistes, héros du jour et bien contents de pouvoir jouer les opprimés à si bon compte.
De toute évidence, J. Parnell Thomas a perdu la partie, et les auditions vont achever de le ridiculiser. La preuve va être faite qu’il s’est attaqué à d’honnêtes citoyens américains, devenus par la force des choses les héros involontaires de la résistance à l’oppression bourgeoise, totalitaire et fasciste. Tout à l’heure, ils défileront devant les responsables du HCUA, et bien fort, très tranquillement, avec une morgue digne de Humphrey Bogart, ils répondront sans vaciller aux deux questions tant redoutées il y a peu…
– « Etes-vous ou avez-vous été membre de la Guilde ? »
– « Oui ».
– « Etes-vous ou avez-vous été membre du PCUSA ? »
– « Oui… Et alors ? Où est le crime ? Est-ce, oui ou non, illégal ? Ces organisations sont-elles oui ou non conformes à la constitution ? Sommes-nous, du fait de nos opinions, des citoyens de seconde catégorie, des artistes de seconde zone, des employés moins méritants que les autres, des pestiférés qu’il faut bannir de la société ? N’avons-nous pas combattu contre le nazisme, pour la patrie, la Liberté et la démocratie durant la guerre ? Que répondez-vous à cela ? »
En effet, que dire ? Et pourtant, face à ce boulevard offert par la gaffe de Parnell Thomas, les communistes vont sortir des auditions définitivement discrédités tant auprès de leurs collègues de l’industrie, que de l’opinion publique. Le 24 novembre 1947, la Chambre des représentants, par 346 voix contre 17, défère devant la justice des Etats-Unis les désormais fameux « Dix de Hollywood » (après les dix-neuf) pour outrage au Congrès. Le même jour, les moguls se réunissaient à l’hôtel Waldorf-Astoria, et deux jours plus tard, sous l’égide de la Motion Picture qui défendait les communistes un mois auparavant, décidaient de les chasser de l’industrie du cinéma ! Comment expliquer ce retournement pour le moins paradoxal ?

« Protégez-moi de mes amis… »

Les audiences avaient bien commencé pour les « témoins inamicaux ». Leurs vingt-quatre homologues « amicaux » étaient entrés pleins de bonne volonté dans les dépositions, mais se retrouvaient incapables d’étayer leurs accusations par des preuves solides. Rapidement, leurs témoignages tournèrent aux rumeurs, aux soupçons à peine fondés. Leur seule déclaration réellement affirmée fut celle concernant l’impossibilité pour les communistes de subvertir les films placés sous leur responsabilité. Ce qui n’était pas à proprement parler fait pour nuire à ces derniers.
Imprécis, malhabiles, parfois à la limite du ridicule, comme Louis B Mayer, directeur de la MGM qui, accusant quelques scénaristes, atténua sa charge en plaidant pour leur défense, une « fêlure au cerveau ». A partir de ces témoignages peu convaincants, il est possible de déduire qu’une partie des moguls, « avec une unanimité touchante, plaida leur innocence au risque de passer pour des imbéciles, car on ne peut imaginer, à relire leurs déclarations, qu’ils furent naïfs à ce point-là. »
Rapidement, au vu des témoignages, il devint évident que l’accusation de propagande subversive ne pouvait plus être maintenue. La loi du silence propre à l’organisation quasi-clandestine du PC portait ses fruits : il était impossible aux témoins amicaux d’apporter la preuve de leurs assertions.
Forts de tous ces atouts, les « témoins inamicaux » pouvaient aborder leur propre audition avec confiance. Sur les dix-neuf témoins cités à comparaître, onze seulement étaient encore retenus. Tous, à coup sûr, des membres actifs du parti communiste. Preuve que
J. Parnell Thomas basait son enquête sur d’autres sources que les témoignages bouffonesques des « témoins amicaux ».
Preuve également, dans ce cas, qu’il pensait encore confondre ses adversaires et qu’il possédait donc d’autres atouts dans son jeu.
Hormis Bertold Brecht qui fit bande à part, les « Dix de Hollywood » mettent au point leur propre stratégie, assistés par des avocats du parti. Assurés de leur importance artistique et financière à Hollywood, ainsi que de la protection de principe des « moguls », ils se sentent invulnérables.
Leur but : attaquer à outrance et discréditer la Commission. Répondre aux questions : oui, mais à leur manière… En passant délibérément à côté, tout en profitant de cette tribune médiatique offerte par le gouvernement pour démolir ce dernier !
A cette occasion, chaque témoin inamical avait élaboré un discours, dont la lecture fût interdite par le président. « C’était de sa part un acte charitable, car toutes ces déclarations, par leur langage conventuel, leur style bien identifiable et leurs pauvres insultes répétitives témoignaient, mieux qu’une confession, de l’appartenance indubitable de leurs auteurs au parti ».
Les communistes n’oubliaient apparemment qu’une seule chose : leurs interlocuteurs n’étaient pas des particuliers, qu’on pouvait malmener à merci, mais les représentants du Congrès, et donc du peuple et de la démocratie… « Ils donnèrent d’eux mêmes exactement l’image que les pourfendeurs de rouges cherchaient à répandre dans l’opinion : insolents, méprisants, orgueilleux de leur puissance et se prétendant au-dessus des lois ».
L’audition des témoins inamicaux commença par une motion d’annulation de la procédure déposée par un avocat communiste. Cette motion se fondait sur le fait que l’activité cinématographique était un moyen d’expression protégé par le premier Amendement. De ce fait, la Constitution interdisait à la Commission d’interroger les témoins sur leurs activités. La motion fut bien entendu rejetée, mais l’angle de défense des communistes était maintenant posé.
Le premier des témoins appelés à la barre, John H. Lawson s’appuya sur cette motion rejetée pour attaquer bille en tête : « Depuis une semaine, cette commission fait un procès illégal et indécent à des citoyens américains… » On notera, encore une fois, qu’il ne s’agit nullement d’un « procès », mais d’une audition, à laquelle durent se prêter, dans d’autres circonstances, des témoins non-marxistes, et même récemment, Bill Clinton en personne.

Echec et mat !

A la fin d’une audition chaotique, Lawson fut expulsé de la salle d’audience. C’est alors que J. Parnell Thomas abattit son fameux atout. Il fit comparaître Louis B. Russel, un des enquêteurs de la Commission. Celui-ci prêta serment avant d’affirmer qu’il avait été mis en possession [par le FBI] d’une carte de membre du parti communiste au nom de John H. Lawson. « Comme dans une mise en scène bien réglée, Robert E. Stirling lui succéda et lut un document de neuf pages qui fut versé au procès-verbal et qui consignait les multiples « activités communistes » dont Lawson s’était rendu coupable. Sur ce, (…) Thomas annonça (…) Que John H. Lawson tombait sous le coup d’une inculpation pour outrage au Congrès pour ne pas avoir répondu à la question « Etes-vous ou avez-vous été membre du parti communiste ? »
Ainsi, ce n’est en aucun cas pour des activités communistes que Lawson est condamné, mais pour avoir refusé de répondre aux questions posées par un représentant du peuple américain.
Cette attitude irrespectueuse, violente et antidémocratique, choque profondément le public et, entre autres, les artistes de gauche venus les soutenir. Ceux-ci s’attendaient bien à une énergique défense de la part des « accusés », « mais nullement qu’ils missent en cause la légitimité de la Commission, émanation du peuple, et cela en des termes qui apparurent à beaucoup d’Américains comme un langage de guerre civile. »
Cette délégation libérale, fut sans doute naïve et sa seule excuse réside dans le fait que, comme d’autres avant elle, elle « ne savait pas ». Cependant, déçus par l’attitude suicidaire de Lawson durant sa comparution, et surtout choqués par l’agressivité fanatique des communistes, les membres du comité de soutien pour le premier amendement quittent la salle et remontent, encore tout étonnés, dans leur avion. Ils soutenaient une petite révolte, pas la Révolution !
Par cette attitude incompréhensible, les communistes se sont d’une part, coupés de leurs alliés potentiels mais, surtout, ils ont révélé leur vrai visage à la face des Etats-Unis, en raison de la médiatisation des audiences.

Inculpés pour outrage au Congrès !

Devant cet échec stratégique, les communistes, pourtant conseillés par de bons avocats, acquis à leur cause puisque marxistes eux-mêmes, loin de modifier leur comportement, vont au contraire persister dans une logique auto-destructrice. Avec une agressivité et une incorrection sans précédents, ils ignorent les questions tout en prenant la parole le plus longtemps possible, pour placer leurs tirades tout droit sorties du catéchisme stalinien. Régulièrement, ils attaquent la Commisssion ; régulièrement, ils feignent d’ignorer l’attitude désastreuse de leur prédécesseur, pour reprendre à la lettre la même catastrophique argumentation. Et régulièrement, le témoin finit par être exclu de la salle sur ordre de M. Parnell Thomas. Il est alors remplacé à la barre par Louis J. Russel, qui apporte toutes les preuves de l’appartenance du témoin au CPUSA et à la Screen Writers Guild. Ce dernier est donc toujours inculpé, non pas, rappelons-le et soulignons-le doublement, pour ses activités ou opinions politiques, mais pour outrage au Congrès. En clair, pour avoir refusé de répondre à J. Parnell Thomas.
Suite à ces éprouvantes auditions, Parnell Thomas remit les autres séances à une date indéterminée, ayant désormais en mains tous les éléments nécessaires à son enquête. Ses adversaires ne manquèrent pas d’interpréter ceci comme une forme de victoire par abandon. Comme il l’a été montré plus haut, ils se trompaient lourdement : en avril 1948, Lawson et Donald Trumbo furent condamnés pour violation du paragraphe 192, article 2 du Code portant « refus de témoigner devant une commission dûment constituée du Congrès » (Encore une fois, il convient d’insister lourdement sur l’absence totale de référence à de quelconques activités communistes ). Ils purgèrent donc une peine d’un an d’emprisonnement et mille dollars d’amende. Biberman et Dmytryk en eurent pour six mois et cinq cents dollars.
Conséquence directe de cette attitude suicidaire lors du procès, tous leurs anciens alliés ou soutiens les lâchent désormais. Après les artistes libéraux, les moguls décident de chasser les communistes de l’industrie, et de ne les récupérer que lorsque ces derniers seront innocentés, repentis ou auront purgé leur peine. Leur carrière n’est donc pas finie, et il faut ici noter l’indulgence du gouvernement qui ne les empêche pas de travailler, contrairement à ce que pratiquent les régimes soviétiques à la même époque !

Pourquoi une telle défense ?

Comment expliquer la défense lamentable des communistes ? Hors de question ici de miser sur « leur conjecturale stupidité » ! Ces personnes n’étaient pas des idiots. Et leurs avocats veillaient à leur assurer une défense digne de ce nom.
Trois lignes de défense pouvaient être arrêtées lors des auditions.
« Oui, et alors ? ! »
La première est la plus simple : il s’agissait de répondre « oui » aux deux questions. C’était faire d’une pierre deux coups : d’abord le HCUA était totalement confondu, et ensuite, les communistes montraient non seulement leur courage, mais encore leur honnêteté ! Enfin, à coup sûr, les moguls comme les libéraux leur restaient acquis !
Le HCUA possédait les preuves de leur appartenance au parti, les témoins auraient dû s’en douter, ne serait-ce qu’au moment des auditions, où ne furent appelés à comparaître que les membres les plus actifs du PC. Le but était de les discréditer publiquement en jouant sur leur faux témoignage, ou sur leur refus de répondre à la Commission. Et si au début répondre « oui » était encore un moyen d’être discrédité, ce n’était plus vrai après les gaffes de Parnell Thomas et les accusations dénuées de fondement des « amicaux ».
Enfin, suite à la tentative de Lawson, il devenait évident que c’était désormais la seule solution possible pour désamorcer la mine qui menaçait d’exploser sous leurs pieds.

Silence radio

La deuxième solution, celle avancée par les alliés libéraux du Comité pour le premier Amendement, consistait d’une part à s’avouer publiquement communiste, et d’autre part à garder le silence lors des audiences, et à invoquer le premier Amendement qui interdisait, selon leur interprétation, de voter des lois portant atteinte à la liberté de parole et d’opinion. Même si cette solution était juridiquement contestable, au sens où ce n’est qu’une interprétation du droit, elle avait au moins le mérite de paralyser la procédure, et de dévier sur un long débat constitutionnel, pouvant durer des années. Mais cette défense était impossible pour les membres d’un parti tenu à une semi-clandestinité, et à l’interdiction formelle de révéler son appartenance au parti.
« Je suis coupable, mais je ne peux pas le dire… »

Enfin, une troisième solution s’offrait, sans doute la moins bonne des trois. Il s’agissait de se réfugier derrière le cinquième Amendement. Ce dernier permet à un citoyen de « ne pas répondre à une question pouvant l’incriminer ». Mais cela revient à se reconnaître coupable.
Finalement, la défense pouvait se baser sur deux axes : répondre et parler, ou se taire.
Le choix des communistes est le pire qui pouvait s’envisager : parler et ne pas répondre. Avec les conséquences que l’on sait. Or, il est impossible que les défenseurs des communistes aient été d’aussi piètres avocats . La seule question réellement importante qui se pose est : pourquoi ? Pourquoi n’ont-ils pas choisi une ligne de défense valable ?
Des explications peu convaincantes

Les explications fournies a posteriori par les témoins condamnés ne sont guère convaincantes. Ici on invoque la « nature répressive de la démocratie américaine qui oblige la plupart des membres du parti à rester dans la clandestinité », allégation immédiatement démentie par un autre témoin, Donald Trumbo : « nous étions loin de penser que nous pouvions perdre notre emploi, pas plus que nous ne pouvions prévoir que nous irions en prison ».
D’autres craignaient, en répondant directement aux questions, d’avoir à dénoncer les autres membres du CPUSA. C’est certes mieux trouvé. Cependant, cette tactique de la délation, ainsi que le dit l’historien Navasky, « est postérieure aux audiences de 1947 ». Elle n’était donc pas envisagée ni envisageable à l’époque des faits.
Ainsi, aucune explication rationnelle valable ne peut rendre compréhensible la politique du pire menée par les communistes lors de leurs auditions. Pire que tout, cette stratégie auto-destructrice fut suivie à la lettre par les autres communistes lors des procès qui suivirent à travers tout le pays. Le cas des époux Rosenberg est de ce point de vue, exemplaire. Doit-on conclure par un diagnostic de bêtise chronique, comme on a parfois voulu le laisser entendre ? La direction du CPUSA fut-elle incapable d’établir une ligne de défense efficace face à la répression qui suivit l’affaire des « Dix de Hollywood » ? Doit-on voir dans cette attitude une abnégation totale et une volonté de ne pas renier les règles du parti imposant la loi du silence et du secret absolu à tous ses membres ? Cela semble peu crédible.
Même le plus novice des avocats eut été capable de savoir que la violation du paragraphe 192, article 2 du Code, concernant le refus de témoigner devant la Commission du Congrès, était puni d’un an d’emprisonnement. Et que le fait d’insulter les membres de la dite Commission ne risquait pas d’améliorer la situation.

50 ans de loi du silence et de révisionnisme !

Il fallut attendre les années 1980 et les travaux de Navasky, suivis d’un vaste débat entre les historiens américains pour commencer à comprendre cette énigme. Et il aura fallu attendre le tournant du millénaire pour que, grâce au professeur Török, la France lève enfin un voile discret sur un sujet aussi tabou que l’échec de la manœuvre stalinienne contre le cinéma américain.
Des années après les faits, il est aujourd’hui possible d’affirmer, avec tout le sérieux et l’autorité qu’apportent les travaux des meilleurs universitaires américains et du professeur Török, que ce suicide du CPUSA dans sa totalité n’est pas l’œuvre de quelques incompétents trop éloignés de Moscou, et mal formés aux techniques de lutte du parti communiste.
Incontestablement, la défense dérisoire, agressive et désespérée des « Dix de Hollywood », ainsi que celle postérieure mais identique de leurs camarades américains, entraient dans la ligne politique établie par Moscou. Cette option s’inscrivait non pas dans un contexte étroit, mais au contraire international. Et cette stratégie fut appliquée à la lettre par les séides de Staline.
Il est en effet peu crédible que le CPUSA, avec l’importance que tenait la section hollywoodienne, fut délaissé par le Kremlin. Certains militants américains avaient une implication totale dans la politique internationale du parti communiste soviétique : Alvah Bessie avait combattu dans les Brigades internationales et Herbert Biberman fut formé à Moscou. Ces militants loyaux à Staline ne se seraient jamais permis d’arrêter une stratégie sans en référer à Moscou.
Les communistes savaient pertinemment que leur conduite au cours des auditions les menait droit à l’inculpation d’outrage au Congrès. Ils savaient également que les moguls n’avaient plus d’autre choix que de les renvoyer séance tenante, même à contrecœur. C’était la règle du jeu en vigueur dans l’industrie.
Sur un plan strictement national, l’inculpation des « Dix de Hollywood » était prévue par le CPUSA. Il s’agissait d’affronter le HCUA et de se faire condamner par la justice. Suite à cette condamnation, il était envisagé que les avocats communistes en appellent à la Cour suprême des Etats-Unis, où les juges libéraux étaient majoritaires, et ne manqueraient pas de revoir le jugement en leur faveur, au nom d’une jurisprudence de 1943 concernant la liberté d’opinion. Ceci revenait donc à décrédibiliser le HCUA et par là même le Congrès… Le parti communiste sortait donc vainqueur de l’affrontement avec le gouvernement, et pouvait s’auréoler du titre de champion de la liberté et des droits de l’Homme… Il avait surtout les mains libres pour reprendre son travail le plus tranquillement possible, et attendre le moment opportun, en ce début de Guerre Froide, pour peser de tout son poids en faveur de l’Union soviétique. Ainsi que le dit J.-P. Török, « l’enjeu était de taille et cette stratégie judiciaire était en tout point parfaite ». Ainsi que le dit Richard Schickel, « les communistes mirent en œuvre leur tactique favorite : forcer l’adversaire à une confrontation au terme de laquelle la société capitaliste et ses institutions apparaîtraient comme un système essentiellement répressif. »
Une seule chose fit échouer ce plan machiavélique : durant l’année 1949, deux des juges libéraux décédèrent et furent remplacés par… des conservateurs. La situation était totalement inversée et, par la suite, l’offensive contre les communistes se déroula parfaitement.

Les Rouges jettent les paillettes

Qui plus est, au niveau de l’opinion publique, cette stratégie eut un effet déplorable pour leur image. Ceci expliquant aussi sa déroute future. Les Américains découvrirent un parti clandestin, violent, très éloigné de la tradition politique du pays. Et surtout, ils ne manquèrent pas de se poser la question essentielle : « Que feront les communistes américains en cas de troisième guerre mondiale ? »
Leur attitude aux audiences du HCUA, les grèves de 1945-46, la révélation au grand jour d’un parti clandestin, les affaires d’infiltration de la haute administration américaine, et enfin la découverte fortement médiatisée d’affaires d’espionnage au profit de l’Union soviétique ne manquaient pas d’indiquer quelques pistes au sujet de la réponse.
Les historiens Ceplair et Englund (The Inquisition in Hollywood. Politics in the film community, 1930-1960, ed. Anchor press, 1980) indiquent que « les scénaristes communistes défendirent le régime stalinien, et (…) en tant que défenseurs du régime soviétique, les rouges de l’écran ont fait l’apologie de crimes monstrueux, même s’ils prétendaient avoir tout ignoré de ces crimes, ayant fait taire de leurs criailleries ou refusé d’écouter tous ceux qui ne les ignoraient point ».
Il est aujourd’hui absolument sur et certain que les militants communistes hollywoodiens étaient des partisans parfaitement formés et disciplinés, sachant très bien où et au-devant de quels ennuis ils allaient lors de leur comparution devant le HCUA.
Leur but n’était pas de travailler librement et à visage découvert dans l’industrie hollywoodienne ; ils ne voulaient pas non plus déjouer les attaques du HCUA, au contraire ; le CPUSA ne souhaitait pas jouer aux Etats-Unis le rôle d’un parti démocratique normal, comme peut le faire par exemple un parti communiste européen. Tout ceci n’entrait pas dans leur vision des choses parce qu’ils n’entendaient pas avoir une politique électoraliste, perdue d’avance aux Etats Unis, dans ce climat de Guerre Froide.

Le gambit du roi

Une fois éliminée la première stratégie consistant à déconsidérer le Congrès et ses Commissions, pour avoir les mains libres, une seconde option se présentait. De nombreux historiens, dont J.-P. Török, estiment « qu’en aggravant délibérément une situation déjà mauvaise, ils bâtissaient à leurs propres frais la réputation de martyrs qui allait leur coller à la peau. (…) Dans la vaste bataille que livrait à l’échelle du monde le communisme international, le petit parti américain, surveillé et contrôlé, risquait de ne plus servir à grand-chose ; à moins de s’immoler publiquement sur l’autel de la révolution mondiale en donnant à cette cérémonie toute la publicité que permettaient la démocratie américaine et ses puissants médias de masse ».
C’est ce que J.-P. Török appelle « le gambit du roi ». C’est-à-dire, en terme de jeu d’échecs, une combinaison visant à sacrifier un pion pour se mettre finalement en situation plus avantageuse par rapport à l’adversaire. Bien entendu, le pion est le CPUSA tout entier, et le joueur en position avantageuse, le Parti communiste international siégeant à Moscou.
En 1951, le sénateur Mac Carthy va entrer en scène et achever la section hollywoodienne du CPUSA, avant que le parti en entier ne se suicide collectivement au service et à la gloire du Kremlin. Mac Carthy n’aura finalement eu qu’une importance mineure dans la lutte anticommuniste aux Etats Unis. Sa célébrité en tant que symbole d’une soi-disant chasse aux sorcières n’est finalement due qu’à sa médiatisation par les Américains, et à la stratégie des communistes internationaux qui profitèrent du côté excessif et parfois caricatural du personnage, pour le mettre en scène comme l’incarnation d’une nouvelle « menace fasciste ». Ceci leur permit de créer de toutes pièces une « chasse aux sorcières », médiatisée et relayée par tous les partis communistes, et particulièrement en France.
Il est bon de noter pour conclure, que si le monde entier s’est ému et s’émeut encore de la « sombre période du maccarthysme », les victimes de cette répression furent très peu nombreuses, et après une période d’oubli et d’inactivité fictive (ils travaillèrent au noir durant leur proscription), les scénaristes purent réintégrer les studios et retravailler : le symbole de ce retour en grâce étant l’œuvre au service de la lutte des classes qu’est le Spartacus de Donald Trumbo, avec Kirk Douglas dans le rôle principal.
Les victimes du communisme n’ont pas eu cette chance.

Pour en savoir plus :


Pour en finir avec le maccarthisme Jean-Paul Török
L’Harmattan, 582 p., 250 F, ISBN 2-7384-8349-6. Disponible chez l’éditeur, 7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris (ajouter 30 F de frais de port).

Joseph McCarthy : Reexamining the Life and Legacy of America’s Most Hated Senator Arthur Herman 404 p., Free Press, The McCarthy Era in Perspective, Richard M. Fried, Oxford Univ. Press

McCarthyism in America Ellen Schrecker Princeton University Press, 608 p.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

bravo pour cet article mais le prénom de Trumbo est dalton et pas donald !

Balbino Katz a dit…

Merci pour votre post. Deux encyclopédies françaises du cinéma s'accordent sur Dalton. Il semble donc que vous ayez raison.

AmstraD a dit…

Merci d'avoir éclairé ma lanterne, la période MacCarthysme dans l'oeuvre de Walt Disney reste la plus intéressante à mes yeux.

Balbino Katz a dit…

Je ne suis convaincu du lien de cause à effet. Ne s'agit-il pas plutôt d'une coïncidence ?

UssTropicana a dit…

Comparez la situation de votre pays avec ceci.

Les dix plans du communisme

1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État.
2. Impôt fortement progressif.
3. Abolition de l'héritage.
4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
5. Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif.
6. Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport.
7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d'après un plan d'ensemble.
8. Travail obligatoire pour tous; organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture.
9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître l'antagonisme entre la ville et la campagne.
10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc.

source: http://users.skynet.be/roger.romain/mc.htm

Considérez que :
Certains plans sont temporairement soumis à des taxes progressives tel qu'à 1, 3 et 4.
L’inflation soit la dévaluation de votre pouvoir d’achat est un impôt caché sous 2.
Quelle note donnez-vous à votre pays?

Un petit jeu si vous lisez le manifeste: remplacer "bourgeois" par "ONU" et "prolétaire" par "pays" ou "nation"...


Déclaration des droits de l'homme version O.N.U.

Article 29
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.

(Ceci est du communisme pure.)

2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.

(Des droits limités par des "lois" sont des privilèges.)

3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

(Tous ces beaux "droits" énumérés dans les autres articles sont ici cancellés par du fascisme.)

Anonyme a dit…

En clair votre vision de l'histoire c'est que le McCarthysme n'était qu'une simple commission parlementaire qui se contentait de poser des questions et que les "rouges" ont eu une attitude outrageante en contestant cette commission et en refusant de témoigner ?

Belle interprétation ! Vu sous cet angle on peut dire aussi que le PC en URSS était un parti tout ce qu'il y a de plus démocratique et bienveillant à l'égard du peuple. C'est en tout cas comme ça qu'on peut l'interpréter "à froid" sur le papier.

Balbino Katz a dit…

Votre commentaire me suggère que l'article n'a pas atteint son but : casser le mythe construit autour du nom de McCarthy par l'appareil de propagande communiste.

Quant à la démocratie, l'Amérique nous a donné dans sa chasse aux conspirateurs communistes qui trahissaient leur pays au profit de l'Union sociétique un exemple à suivre.

Dans une démocratie, le parlement a des droits et le Congrès américain les a mis en pratique au sein de cette commission des activités anti-américaines.

Les libertés et les droits des personnes appelées à témoigner étaient garantis. Ce n'était pas le cas des opposants en Union soviétique.

Les communistes de Hollywood ont principalement pâti des erreurs de leur stratégie de défense qui n'en était pas une.

A tout prendre, je préfère McCarthy à Vichinsky. pas vous ?

Anonyme a dit…

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