jeudi 28 février 2008

Collabos : la fin d'un mythe wallon...

Le 1er avril 1944, à 18 h, la brigade blindée Wallonie défile dans les rues
de Bruxelles sous les acclamations de nombreux habitants de la ville.
Durant plus d'une heure, les béhicules défilent sur l'avenue Anspach ornés
du drapeau à bâtons noueux de Bourgogne.


Dans les colonnes de la Libre Belgique, le journaliste Christian Laporte rend compte du dernier ouvrage de l'historienne Flore Plisnier qui remet les pendules francophones à l'heure : la Wallonie a été tout autant collaboratrice que la Flandre.



La Wallonie, très résistante face à une Flandre pro nazie ? Il faut pour le moins nuancer ! Flore Plisnier, une jeune historienne francophone tord le cou au mythe.

Lors des commémorations du 50e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités régionales wallonnes avaient souligné non sans quelque assaut lyrique l'engagement des Wallons dans la lutte contre le nazisme. Force est de constater que le mythe est ébranlé après la sortie d'une étude scientifique "pointue" d'une jeune historienne, Flore Plisnier, qui avait déjà consacré son mémoire de licence à l'ULB au rexisme à Charleroi. En fait, le Centre Guerre et sociétés contemporaines lui a demandé dans la foulée de faire un tour d'horizon aussi complet que possible de la collaboration armée francophone et le fruit de ses recherches, notamment sur la base des archives de l'Auditorat militaire, va à contre-courant de la "légende dorée" des Wallons hyperrésistants face à une Flandre fascistoïde et prête à s'offrir au Reich pour un plat de lentilles autonomistes.

On le savait évidemment déjà dans le monde des adeptes de Clio mais il n'y avait pas encore eu de démonstration étayée par une historienne digne de ce nom ! C'est désormais chose faite...

"En vérité, explique Flore Plisnier qui travaille aujourd'hui aux Archives générales du Royaume, aucune sphère socio-culturelle n'a été à l'abri de la tentation collaborationniste et celle-ci ne peut se résumer en Belgique francophone à la seule personnalité de Léon Degrelle."



Le monde ouvrier aussi...


L'originalité de sa recherche est de montrer comment tant la petite bourgeoisie catholique anticommuniste que - et là c'est plus décoiffant - le monde ouvrier principalement du Hainaut, se sont jetés peu à peu dans les bras de la collaboration armée. Les premiers souvent par idéalisme et par rejet du bolchevisme, avec l'appui d'une infime frange d'ecclésiastiques, les seconds parce que c'était une manière d'échapper à la misère. Nombre de jeunes ou de moins jeunes qui ont versé dans la collaboration armée avaient aussi un passé judiciaire.



En fait, les Wallons ne furent pas directement attirés par les sirènes du rexisme en 1940 mais commencèrent à le rejoindre entre la rupture du pacte germano-soviétique de juin 1941 et l'été de 1943 où la situation devint paroxystique à plus d'un égard : la Résistance s'organisa de plus en plus avec un Parti communiste qui choisit définitivement le camp des opposants au nazisme.

"Les collabos s'efforcèrent d'infiltrer les rouages de l'Etat, à tous les niveaux, poursuit Flore Plisnier. Mais le moment décisif se situa pendant la dernière année de guerre lorsque l'on assiste à une quasi-guerre civile en Belgique francophone entre les résistants et les rexistes. De véritables bandes se sont constituées et ont répliqué à tous les actes de la résistance dont l'objectif était d'éloigner les collaborateurs des lieux de pouvoir..."

Drapeau d'une des compagnies de la brigade Wallonie.

Une période très troublée qui isola de plus en plus les rexistes qui ne pouvaient pas compter sur des relais à l'échelon du pouvoir. Même des Belges attirés par l'Ordre Nouveau les rejetaient car ils ne pouvaient admettre le virage pro germanique définitif de Léon Degrelle. Certes, Flore Plisnier montre que ce dernier resta la figure de proue du rexisme mais il ne parvint plus à régenter ses troupes.

A la Libération, les rexistes qui s'étaient compromis furent sévèrement punis pour leur engagement politique mais davantage encore pour la violence qu'ils avaient semée. Ils ne furent jamais réhabilités et personne ne réclama l'amnistie pour leurs coupables égarements...

Ils ont pris les armes pour Hitler.
La collaboration armée en Belgique francophone

Flore Plisnier

Luc Pire et Ceges-Soma, 208 pp.

Une version néerlandophone est parue en même temps chez Meulenhoff/Meulenhoff.


De son exil espagnol, sous les portraits de monarques légitimes
des Pays-Bas, Charles Quint et Philippe II,
Léon Degrelle a poursuivi une discrète activité politique.

3 commentaires:

xray a dit…

L’injustice est un métier.
http://echo-europe.monblogue.branchez-vous.com/

LE DENONCIATEUR 2 a dit…

Bonjour,
Je souhaiterais avoir votre autorisation pour faire paraître votre article sur mon blog LE DENONCIATEUR 2 http://informateur@skynetblogs.be
Collabos: la fin d'un mythe Wallon... du 04.03.2008
Merci d'avance même si votre réponse est négative

Yannick a dit…

Le mythe de la Wallonie 100% résistante face à une Flandre 100% collabo est bien sure exagérée. Mais il ne faudrait pas non plus que l'exception Degrelle devienne la règle. La Wallonie a été majoritairement résistante alors que la Flandre a collaboré massivement.

Rééquilibrage, d'accord, réécriture et et exagération, non !