samedi 14 mars 2009

William Henry Waddington croqué par fanity Fair pendant le congrès de Berlin.


Quand un Anglais gouvernait la France

Durant un peu moins d’un an, au tout début de la IIIe République, William Henry Waddington, un Anglais naturalisé, a gouverné la France et a largement contribué à établir la république dans un pays encore tenté par la monarchie.

William Waddington est des personnages injustement sombrés dans l’oubli le plus total. Qui se souvent encore que cet Anglais, n’ayant opté pour la nationalité française qu’à sa majorité, et après ses études à Cambridge, a joué un rôle important à un moment crucial de l’histoire de France ?

À un moment où une première génération de Britanniques, nés ou élevés en France, arrive à l'adolescence, la vie de W. Waddington est un miroir dans lequel ils peuvent se reconnaître. Comme lui voici un siècle et demi, de plus en plus de jeunes d'origine insulaire s'interrogent sur leurs études, sur leur avenir.

Une famille anglo-écossaise en France

Comme de nombreux jeunes et talentueux industriels du textile, William Waddington s'établit en France en 1780 et épouse en 1792 la fille d’Henry Skyes, fondateur d’une filature de coton à Saint-Rémy-sur-Avre. Gérée avec talent, cette manufacture va prospérer et assurer la fortune de la famille jusqu’en 1932.

Petit-fils du fondateur, William Henry Waddington naît au château de Saint-Rémy en 1826. Garçon intelligent et précoce, il joue avec les autres enfants de son âge avec lesquels il parle français. En revanche, en famille, tout le monde parle anglais et se rend au culte protestant en compagnie d’ouvriers et de contremaître britanniques des filatures paternelles.

Après des études secondaires au lycée Saint-Louis à Paris, W. Waddington poursuit ses études en Angleterre. Il est tout d’abord inscrit à la Rugby School puis au Trinity College de Cambridge où il décroche second-class honours and won the chacellor’s medal. He rowed in the first race of 1849 in a Cambridge crew of Trinity men. A 23 ans, il est un jeune Anglais typique, grand élancé et élégant que tout prédispose à poursuivre une brillante carrière britannique comme l’y invite his cousin Waddington, then dean of Durham.

À la stupéfaction de ses camarades, le jeune William choisit de rentrer en France pour devenir archéologue. Comme son grand-père avant lui en 1816, il sollicite et obtient la naturalisation en 1850. Quelques années plus tard, son frère cadet Charles renonce à une prometteuse carrière militaire au Royaume-Uni pour revenir à son tour en France s’occuper de la manufacture familiale.

Protestant, libéral de tempérament, britannique d’éducation, William s’intègre néanmoins avec aisance dans le monde universitaire et rejoint progressivement l’opposition à Napoléon III. Abandonnant les affaires de la filature à son frère, il se consacre à plein temps à l’archéologie, multipliant les voyages au Proche-Orient, relevant les inscriptions et collectionnant les monnaies. William publie de nombreuses et très érudites études qui lui ouvrent en 1865 les portes de l’Académie des inscriptions et des belles lettres. Bien installé dans un château de l’Aisne, Waddington mène la vie confortable d’un grand bourgeois. Il ne connaît qu’une déception, deux échecs consécutifs aux élections législatives.

La guerre le conduit au pouvoir

La défaite de la France en 1870 change la donne. En février 1871, William Waddington est enfin élu député à l’Assemblée nationale qui doit faire la paix avec l'Allemagne et doter la France d'un nouveau régime. Au Parlement, le nouveau député est convaincu que la république est le moins mauvais des régimes et qu’il est le seul à permettre aux Français de vivre ensemble.
Cet engagement résolu en faveur du nouveau régime est récompensé en août 1872 par un éphémère ministère de l’Instruction publique qui dure à peine cinq jours. W. Waddington attend quatre ans avant de retrouver le même portefeuille en 1876. L’année suivante, il devient ministre des Affaires étrangères avant de recevoir la difficile mission de présider le gouvernement en 1879. Durant près d’une année, il sera amené à jouer un délicat travail d’équilibre entre un sénat conservateur et une chambre plus à gauche. Le bilan de son gouvernement est notable : amnistie partielle pour les insurgés de la Commune, adoption de la Marseillaise comme hymne national, retour des chambres de Versailles à Paris, développement des chemins de fer, création d'une école normale par département, l'adoption d'un budget en équilibre. Mais la présence de nombreux protestants dans son ministère (cinq sur dix !), des mesures hostiles à l'église catholique comme l'abrogation de l'interdiction du travail le dimanche et une épuration des fonctionnaires pas assez républicains suscitent l'hostilité de la droite et finalement, Waddington démissionne le 27 décembre 1879.

Homme d’Etat d’expérience, polyglotte, W. Waddington reçoit en mai 1883 la mission de représenter la France au couronnement du tsar Alexandre III. À son retour, il accepte sa nomination au poste d’ambassadeur à Londres où il restera de juillet 1883 à mars 1893. Appartenant à la meilleure société anglaise par sa naissance, le nouvel ambassadeur voit toutes les portes s’ouvrir devant lui. Il retrouve aux plus hauts postes du gouvernement ceux qui furent ses camarades d’université. La reine Victoria le juge « plus anglais que ses ministres » et ne se lasse pas de l'écouter raconter ses souvenirs d'étudiant à Cambridge. Grâce à cet unique entregent, il gère sans heurts les relations entre les deux pays au point que des journaux l’accusent d’être plus anglais que français: « M. Waddington n’aurait qu’à se déguiser en Français pour être sûr de n’être pas reconnu », lisait-on dans le journal de droite l’Union. Ces accusations totalement infondées vont constituer une note amère sur la fin de sa carrière politique car ces médisances joueront un rôle dans sa défaite aux élections sénatoriales du 7 janvier 1894. Fatigué, malade et découragé par cet échec, W. Waddington meurt à Paris une semaine plus tard.

Détesté par une droite qui lui reprochait son soutien à la République, boudé par la gauche qui ne comprenait pas sa modération, protestant dans un pays catholique, anglais parmi des Français, aujourd’hui oublié de tous, W. H. Waddington a néanmoins contribué à faire de la France le pays que nous connaissons aujourd’hui, méritant la gratitude et le souvenir de ses compatriotes tant Britanniques que Français.


Une version traduite et réduite de ce texte est parue dans les colonnes de Brit'Mag.

1 commentaire:

Kebel-touseg a dit…

Je n'ai effectivement jamais vu son nom dans un manuel d'histoire étudiant pourtant cette période. Je me demande pourquoi on en parle pas... parce qu'il est né anglais ? Pourtant, Mac Mahon est d'origine irlandaise... Les absurdités des conformistes et de l'Education Nationale m'étonneront toujours !