mardi 10 mars 2009

De mauvaises victimes

Le vice-premier ministre croate Jadranka Kosor se recueille devant l'entrée du puits de la mine de Huda Jama.

La nouvelle de la découverte d'un charnier attribué au régime communiste en ex-Yougoslavie ne semble intéresser personne. A la différence de la presse en Espagne ou au Royaume-Uni, la France ne veut rien savoir. Les seules victimes qui comptent sont celles de la barbarie nazie, comme à Oradour.

En revanche, les victimes de la barbarie communiste, elles peuvent repasser !

J'ai tout de même relevé un article dans le Courrier des Balkans traduisant un papier paru sur le site de Dnevnik.si.

La découverte du charnier de Huda Jama ravive les déchirures de la société slovène

Un charnier, qui pourrait contenir les cadavres de 200 à 300 personnes tuées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, vient d’être mis à jour à Huda Jama, près de Laško, dans l’est de la Slovénie. Même si l’identité exacte des victimes n’est pas encore établie, il s’agit probablement de collaborateurs tués par les partisans communistes. Cette macabre découverte relance le débat sur les crimes commis à la fin de la guerre, qui n’en finit par de diviser la société slovène.


C’est une macabre vision qui s’est offerte aux mineurs de Trbovlje-Hrastovink lundi 2 mars, lorsqu’ils ont abattu la dernière cloison qui bloquait la galerie Barbara dans la mine de Huda Jama, près de Laško : un charnier datant de la Seconde Guerre mondiale et contenant les restes de 200 à 300 personnes.

Les travaux d’exploration de la galerie avaient commencé en juillet 2008, car le site en question figurait sur la liste de la commission gouvernementale pour le recensement des charniers et sépultures dissimulés, mais personne ne s’attendait à une découverte d’une telle ampleur. Les ossements recouverts de chaux vive étaient entassés dans une partie de la galerie, à quelques 500 mètres de l’entrée dont ils étaient séparés par six parois en béton. Pour l’instant, il est impossible d’accéder aux deux puits qui se trouvent également dans cette partie de la galerie mais chacun redoute d’éventuelles nouvelles découvertes.

Une longue procédure d’enquête en perspective

L’enquête sera menée dans le cadre de l’action « Réconciliation », en collaboration avec la direction générale de la police, l’institut médico-légal de la Faculté de médecine de l’Université de Ljubljana et le Musée de l’histoire récente de la Slovénie. C’est une longue procédure qui s’engage.

« Toutes les recherches menées jusqu’à présent sur les charniers, se sont heurtées non seulement à des obstacles techniques et financiers mais aussi au tabou que représente encore ce thème au sein de la société slovène », souligne Marko Štrovs, responsable du secteur des cimetières de guerre auprès du ministère du travail et des affaires sociales. « Jusqu’à l’année dernière, le ministère dont je dépends, et qui a en charge à l’échelle nationale ce dossier sensible, n’avait ni les moyens financiers ni les compétences humaines nécessaires pour relever pleinement le défi », ajoute-t-il.

« Nous ne sommes qu’au début des découvertes. Il ne faut pas oublier qu’il y a en Slovénie quelque 600 charniers répertoriés, et que chaque enquête nécessite au préalable le feu vert du gouvernement ». Dans le cas de Huda Jama, les prémices de l’enquête policière remontent au milieu des années 1990, quand la préfecture de Celje a décidé elle-même d’enquêter sur le camp de Teharje dans lequel furent internés à partir de 1944 les opposants au régime communiste. Mais il n’y a pas eu d’aboutissement concret à cette époque car seules des informations non vérifiables avaient pu être récoltées.

« Ce sont uniquement ceux qui ont participé à ces massacres qui peuvent nous apporter aujourd’hui les informations dont nous aurions besoin, et non les familles des victimes », rappelle Pavel Jamnik, qui dirige l’action « Réconciliation ». « Si aucune action en justice n’a pu être entamée dans les autres cas de charniers découverts, notamment à Zaplana, Maribor ou Celje, ce n’est pas parce que la police a mal fait son travail mais bien parce qu’aucun nom de coupable n’a été mis en évidence. Ces massacres ont été réalisés de manière calculée. Toutes les preuves qui auraient pu accabler un exécutant ont été détruites ou bien ne sont plus utilisables. Les témoignages oraux ne suffisent pas pour lancer une procédure pénale contre d’éventuels responsables. Nous n’avons pas de preuves écrites et c’est bien là tout le problème ».

Un des corps retrouvés dans la mine.

Qui sont les victimes et qui sont les coupables ?

L’expert judicaire Jože Balažič précise que l’identification des ossements sera difficile parce qu’ils ont été recouverts de chaux vive, ce qui rend incertain l’usage des tests ADN. Sur l’identité des victimes, on ne sait pas grand-chose pour l’instant. Aucune hypothèse officielle n’a été émise. « Il faut attendre les résultats des expertises sur l’âge, le sexe et la façon dont les victimes ont été tuées et surtout, il faut éviter de se lancer dans des spéculations macabres », souligne Jože Balažič. Si la nationalité des victimes reste incertaine, il semblerait d’après certains indices, tels les chaussures ou des bouts de tissus, qu’il s’agisse de militaires. En ce qui concerne les coupables, on n’en sait pas davantage.

La solution serait peut être de faire jouer la corde sensible de la conscience des bourreaux et d’appeler ces derniers à se confesser avant qu’il ne soit trop tard. Car c’est bien là la plus grande crainte de tous ceux qui cherchent une réponse : que les aveux ne disparaissent à jamais.

Un débat qui ne cesse pas

Les partis politiques et la société civile se sont emparés de la découverte du charnier de Huda Jama pour alimenter un peu plus le débat - ou la fracture ? - qui divise la société slovène depuis plus de soixante ans et qui porte sur les torts et les responsabilités des vainqueurs dans les événements des derniers mois de la guerre et de l’immédiat après-guerre.

Ainsi, l’ancien Procureur général Anton Drobnič, membre du parti conservateur Nouvelle Slovénie, n’a pas hésité à déclarer la semaine dernière que les auteurs des massacres ont été les partisans slovènes qui agissaient directement sous l’emprise du parti communiste. Les victimes de Huda Jama seraient, d’après lui, les victimes d’une sauvage guerre civile.

Cette déclaration a évidemment provoqué une contre-réaction immédiate de la part de l’Union des défenseurs des valeurs de la Lutte pour la Libération National. Pour le président de cette dernière, Janez Stanovnik, ce ne sont pas les partisans slovènes les coupables, mais bien l’armée yougoslave issue des troupes partisanes slovènes et autres. L’accent est tout de suite mis sur des « autres », ce qui permet d’élargir le débat sur les responsabilités et d’éviter l’assimilation des massacres à une guerre civile.

Il y a quelques années, l’historien Mitja Ferenc disait dans une interview accordée à notre journal que la réconciliation nationale ne serait envisageable que lorsque les deux partis accepteraient d’assister côte-à-côte à l’exhumation d’un charnier ou à des commémorations communes. « Tous ceux qui ne sont pas prêts à faire un pas vers cette réconciliation bafouent la dignité des victimes ».

Certes, il n’est pas facile d’admettre que ce qu’on glorifiait il y a encore peu de temps puisse également porter une part sombre de l’histoire, mais le repentir n’est sincère que lorsque l’on accepte d’avoir un regard objectif sur les événements et de punir les vrais coupables indépendamment de toute idéologie. Toutefois, admettre les torts des uns ne signifie pas donner raison aux autres.

L’historien rappelle que tous ceux qui veulent réduire les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale aux seuls crimes, dont les charniers sont la preuve, ne respectent pas le contexte historique des événements et déforment la vérité.

Les réactions médiatiques provoquées par la découverte du charnier de Huda Jama montrent que les Slovènes ont fait bien peu de pas vers cette réconciliation et réagissent encore comme si la guerre venait à peine de se terminer.

Les autorités politiques ne cherchent pas réellement à apaiser la situation. Ainsi, en mai 2008, la proposition faite par les commissions ecclésiastiques bosniaque, croate et slovène Justice et Paix d’accorder par avance l’immunité à tous ceux qui confesseraient leur participation aux crimes de l’immédiat après-guerre n’a pas rencontré de grand écho. Alors que le philosophe Slavoj Žižek affirme qu’un pas vers la réconciliation aurait pu être fait au début des années quatre-vingt dix, si la gauche slovène, alors au pouvoir, avait présenté des excuses nationales aux familles des victimes, les médias se demandent si le président Türk franchira ce pas aujourd’hui.

1 commentaire:

Kebel-touseg a dit…

Peut-être que pour trouver un coupable, il faut identifier sa (ou ses en l'occurrence) victime(s)... ce n'est qu'une idée en l'air, je ne suis pas enquêtrice, mais bon, un peu de bon sens ne fais de mal à personne.