samedi 13 octobre 2007

Un ouvrage décevant sur une division Waffen-SS

La Handschar
Amandine Rochas
L’Harmattan, 212 p., 19 e, ISBN 978-2-296-03117-3.

L’histoire est un métier et on ne s’improvise pas historien. Tel pourrait être la première conclusion de ce court volume consacré à la division Waffen-SS Handschar, une les plus originales de l’armée allemande. L’intérêt de cette unité ne réside pas dans la liste de ses victoires ou de ses défaites, son rôle militaire a été limité, mais dans la force du symbole : celui d’une unité musulmane combattant au sein des légions hitlériennes. La brièveté de l’existence de cette division, son manque de lustre, son recrutement dans un zone sous contrôle communiste après la guerre ont eu pour conséquence qu’à l’inverse des autres unités de la Waffen-SS, les études qui lui ont été consacrées sont rares. Raison de plus pour se réjouir a priori de la parution de cet ouvrage sous le double patronage Jean-William Dereymez, maître de conférences et de Roland Lewin, tous deux de l’IEP de Grenoble. C’est donc plein d’intérêt que l’auteur de cette recension s’est emparé du volume pour en commencer la lecture. Hélas, il a été arrêté dans son élan par les premières lignes de l’introduction générale où il est question du col de l’uniforme des soldats de la Handschar, arborant la cimeterre, emblème de leur division, et la croix gammée, emblème du IIIe Reich.

L'insigne de col de la Handshar.


L’auteur aurait gagné à être plus précis. La grande majorité des soldats de la Waffen-SS porte au col de son uniforme la double rune de la victoire, le SS de sinistre mémoire, et leur insigne de grade. Dans le cas de la Handschar, l’insigne de la division était le handschar ou yatagan en usage dans les pays musulmans. En revanche, l’insigne de col reprenait le yatagan en l’accompagnant, curieusement, d’une petite croix gammée dont la présence aurait gagné à être expliquée. La suite est de meilleure facture et l’auteur synthétise bien ses lectures sur le drame de l’identité bosniaque musulmane, né de la collaboration de Croates et de Serbes avec l’occupant ottoman. A juste titre elle replace l’histoire de cette division dans le cadre plus vaste des relations de l’Allemagne hitlérienne avec le Proche-Orient. Il est dommage qu’elle n’ait pas évoqué davantage les relations parallèles de Berlin avec les organisations sionistes, ne serait-ce que pour dire que le gouvernement allemand décida de repousser les offres d’alliance de certains groupes sionistes pour finalement choisir de soutenir les musulmans.
Les choses se gâtent à nouveau quand l’auteur affirme qu’elle a « voulu mener un travail d’histoire, fondé notamment sur des documents de première main en allemand ou en serbo-croate, collectés et traduits en anglais par l’historien américain George Lepre ».
C’est peut-être la vision de l’histoire que l’on privilégie à Grenoble, mais travailler à partir de documents de seconde main, sans jamais consulter un document d’archives, c’est probablement de l’excellente compilation scolaire, mais pas un travail de recherche en histoire.
Non sans talent d’écriture, Amandine Rochas déroule la triste histoire de cette division croate puis spécifiquement musulmane en s’appuyant largement sur Himmler’s Bosnian Division : the Waffen-SS Handschar Division 1943-1945, le travail novateur de l’historien américain George Lepre. L’exploitation intensive de ce volume ainsi que d’autres ressources bibliographiques a dispensé l’auteur de toute recherche personnelle de première main. Même l’épisode de la révolte de certains éléments de cette division en France n’est pas l’occasion d’une exploration des archives disponibles en français.
Pour un historien, à certains moments la lecture frise le grotesque, quand, par exemple, les textes, traduits en français par l’auteur, sont renvoyés en note aux originaux… en anglais, soit aux traductions de George Lepre ou à celles des traducteurs du tribunal militaire interallié de Nuremberg ! Quand on sait les libertés prises par les traducteurs, renvoyer les lecteurs d’une version française à une autre traduction n’a pas sens. Dans la même veine, on peut sourire en lisant l’annexe 5 qui reproduit le chant du régiment Sa Pjesmom u Boj, inspiré d’un chant allemand très populaire (Bomben auf Engeland) dont elle cite le nom et le texte… en anglais, alors que l’original est aussi facile à trouver que les paroles de Lili Marlène !
Enfin, pour la première fois dans un travail qui se veut universitaire, le lecteur ébahi trouve dans la bibliographie la note suivante accompagnant Mein Kampf, le best-seller de Hitler : « Cet ouvrage, qui fut à partir de 1933 le livre par excellence du national-socialisme, a été utilisé avec précaution et dans le seul but de démontrer le racisme de Hitler ». Ouf, on a eu peur ! On songerait à lire cette note à un chirurgien effrayé à la vue du sang.
On pourrait chipoter en passant au crible le reste de la bibliographie qui rassemble le meilleur, George Lepre, comme le pire, William Shirer, mais on aurait tort de juger ce livre et son auteur à l’aide de critères propres aux études d’histoire.
Ce n’est pas Amandine Rochas qui est à blâmer. Elle a fait honnêtement et scrupuleusement un travail de compilation qui lui a donné l’opportunité de révéler son bon sens et un talent d’écriture qui ne demande qu’à s’affirmer. Ce sont ses enseignants qui, en acceptant un sujet pour lequel elle n’avait aucune compétence linguistique (et donc aucun moyen de consulter des sources originales), portent toute la responsabilité de ce livre qui est tout ce que l’on veut, mais pas le fruit d’un travail d’historien.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Je viens de finir cet ouvrage, et je suis hélas, d'accord avec vous. Trop d'imprécisions, des sources de secondes mains et en résumé, un livre qui ressemble plus à la publication d'un mini-mémoire de Master 1, qu'à un vrai travail d'historien.

Dommage.

Anonyme a dit…

On ne s'improvise pas historien, ce livre vient le démontrer...Etre étudiant en hsitoire ne significe pas être un professionnel de l'Histoire...

Anonyme a dit…

vous avez peut-être raison! il faut cependant noter que cet ouvrage est issu d'un mémoire en science politique. il ne s'agit donc pas du travail d'un historien.