mercredi 4 mars 2009

Cohabitation raciale


La Martinique, pour Noirs seulement ?

Voici quelques jours, au micro de France Inter, un universitaire martiniquais a déploré l'arrivée massive de Métropolitains (blancs) qui transformaient l'équilibre racial de certaines parties de l'île : « les Martiniquais [noirs] ne se sentent plus chez eux». Lire une critique de France Inter, ici.

Ce discours xénophobe est très répandu là où des populations noires sont majoritaires. Rien de neuf sous le soleil. En revanche, le silence des interlocuteurs de l'universitaire sur les ondes de la radio la plus politiquement correcte de France m'a laissé pantois.

Cette mansuétude contraste avec la sévérité dont a fait preuve la justice dans le cas de propos tout aussi xénophobes d'un béké cette fois. Le 9 février, le parquet de Fort-de-France a ouvert une information judiciaire pour "apologie de crime contre l'humanité et incitation à la haine raciale". rien de moins.

On peut en conclure tristement que les propos xénophobes et racistes sont autorisés quand ils sont tenus par des Noirs ou toute autre minorité « visible ». En revanche, les Blancs n'ont droit qu'au silence.

Avec cette politique du deux poids deux mesures, les Antilles vont au désastre.

L'avenir racial des îles dans l'hypothèse d'une future indépendance n'est pas rose pour autant.

Voici un intéressant papier publié par le site du Manifiesto qui révèle les tensions raciales dans l'Afrique du sud « arc en ciel ». Edifiant. Voici un extrait.

Los políticos negros propugnan hoy en día una nueva política que expropie a viejos y nuevos granjeros blancos de las tierras que sus ancestros europeos ocuparon e hicieron productivas. Robert Mugabe, que ha hundido en la absoluta miseria absoluta a Zimbabue, expropió de sus fincas a miles de pequeños y grandes granjeros, mientras que la sangre de aquellos que se negaron riegan de ignominia el suelo que habitaron. En Sudáfrica, país de paralelismos estremecedores con la antigua Rhodesia, la sangre no ha llegado al río, si bien la demagogia y la corrupción de los nuevos políticos del Congreso Nacional Africano (CNA), que jamás supieron estar a la altura de dos hombres vestidos de pragmatismo político y mano izquierda, que no de izquierdas, como fueron el afrikáner Frederik Willem de Klerk y el príncipe xhosa Nelson Rolihlahla Mandela, pudiera encender una mecha que sumiría al único país africano que supo torear al caos en la miseria.

La Nación del Arco Iris votará el próximo mes de abril entre seguir por el mismo camino a la perdición que inició el CNA tras retirarse Mandela y De Klerk de la política activa, con un candidato con causas abiertas por corrupción –Jakob Zuma−; un pastor protestante, candidato del nuevo grupo surgido tras la reciente escisión del CNA en dos –el llamado COPE, Congress of the People–; Hellen Zille, alcaldesa de Ciudad del Cabo, candidata por la Alianza Democrática, a priori la más capacitada, pero la que menos opciones tendrá por ser blanca.

El CNA tiene su principal fuente de votos en los guetos negros de las grandes ciudades, donde millones de personas viven hacinadas en chabolas, sin trabajo y con la plaga de una enfermedad como el Sida que se está llevando lo mejor –y lo peor– del país. El populismo de sus dirigentes y el uso de la memoria, enarbolada como trofeo, de Madiba Mandela hace que en guetos y zonas rurales –sobre todo en estas últimas– sea difícil que un cambio profundo se manifieste… salvo la posibilidad de que los pastores adoctrinen a sus ovejas en sus iglesias para que voten al nuevo partido, COPE, con un fuerte componente cristiano-protestante.

Lo cierto es que la radicalización en el discurso del CNA y la soberbia zulú de candidato y seguidores, capaces de derramar sangre si Zuma es procesado por corrupción y no alcanza el ansiado trono presidencial –tal es el caso de las continúas declaraciones del presidente de las juventudes del CNA, Julius Malema, instando a matar por la elección de su presidente−, podrían sumir a Sudáfrica en una total devastación tras la marcha del mundialito, similar a la de Mr Marshall, si se repitieran y se acrecentaran los salvajes ataques xenófobos ocurridos el pasado mayo, en los que se quemaron vivos a inmigrantes y hasta a verdaderos ciudadanos sudafricanos de la zona de Limpopo, provincia fronteriza con Zimbabue, cuyo color de piel es más oscuro que el prototípico sudafricano y no hablan zulú.

No en vano, entre exaltados y desesperados, ya se dice que tras la muerte de Mandela, respetado hasta por las alimañas, todo cambiará, y a los blancos que en su día vinieron del norte −como los propios zulúes hicieron, conquistando con sangre toda la zona oriental del país– se les despellejará su piel rosada.

mardi 3 mars 2009

La prison comme outil de gestion sociale

En bavardant récemment avec le président d'un centre d'aide aux prisonniers et à leurs familles, j'ai découvert qu'il ne suffisait pas qu'un prisonnier ait accompli la moitié de sa peine pour qu'il soit mis en liberté conditionnelle.

Le principal obstacle est la bureaucratie pénitentiaire et judiciaire à laquelle il doit faire face. S'il ne dispose pas de contacts à l'extérieur et de solides qualités d'écriture, il ne sera jamais en mesure de remplir les conditions requises par l'administration pour le libérer.

Tout le monde n'est pas Bernard Cantat qui n'est resté derrière les barreaux que le strict minimum (quatre ans sur huit), à peine quelques semaines de plus que la moitié de sa peine. La grande majorité doivent multiplier les démarches. Un condamné à perpétuité pour un attentat qui n'a fait ni victimes ni dégâts, a fait deux années de plus en raison de l'hostilité de l'Administration pénitentiaire.

Certes l'enfermement des populations susceptibles de verser dans la délinquance a des conséquences heureuses, une baisse du taux de la criminalité. Mais le prix à payer est élevé si on ne clarifie pas les règles du jeu.

Il n'est pas anormal de garder en prison une personne dangereuse pour la société. Mais la société doit également chercher à réinsérer le plus grand nombre de ces condamnés et à les faire bénéficier des libéralités accordées par la loi.

Un intéressant article de Salomon Moore du New York Times sur l'emballement de la machine répressive ou ce qui se passe lorsque la logique de l'enfermement prime sur toute autre. Il est intéressant de constater que 1 Noir américain sur 11 se trouve, soit en prison soit en liberté conditionnelle. Le chiffre correspondant pour les Hispaniques est de 1 sur 27 et pour les Blancs de 1 sur 45. Si de telles statistiques étaient disponibles pour la France, il est possible que les résultats seraient bien douloureux pour les tenants du politiquement correct.



Prison Spending Outpaces All but Medicaid

One in every 31 adults, or 7.3 million Americans, is in prison, on parole or probation, at a cost to the states of $47 billion in 2008, according to a new study.
Criminal correction spending is outpacing budget growth in education, transportation and public assistance, based on state and federal data. Only Medicaid spending grew faster than state corrections spending, which quadrupled in the past two decades, according to the report Monday by the Pew Center on the States, the first breakdown of spending in confinement and supervision in the past seven years.

The increases in the number of people in some form of correctional control occurred as crime rates declined by about 25 percent in the past two decades.

As states face huge budget shortfalls, prisons, which hold 1.5 million adults, are driving the spending increases.

States have shown a preference for prison spending even though it is cheaper to monitor convicts in community programs, including probation and parole, which require offenders to report to law enforcement officers. A survey of 34 states found that states spent an average of $29,000 a year on prisoners, compared with $1,250 on probationers and $2,750 on parolees. The study found that despite more spending on prisons, recidivism rates remained largely unchanged.

Pew researchers say that as states trim services like education and health care, prison budgets are growing. Those priorities are misguided, the study says.

“States are looking to make cuts that will have long-term harmful effects,” said Sue Urahn, managing director of the Pew Center on the States. “Corrections is one area they can cut and still have good or better outcomes than what they are doing now.”

Brian Walsh, a senior research fellow at the conservative-leaning Heritage Foundation, agreed that focusing on probation and parole could reduce recidivism and keep crime rates low in the long run. But Mr. Walsh said tougher penalties for crimes had driven the crime rate down in the first place.

“The reality is that one of the reasons crime rates are so low is because we changed our federal and state systems in the past two decades to make sure that people who commit crimes, especially violent crimes, actually have to serve significant sentences,” he said.

Over all, two-thirds of offenders, or about 5.1 million people in 2008, were on probation or parole. The study found that states were not increasing their spending for community supervision in proportion to their growing caseloads. About $9 out of $10 spent on corrections goes to prison financing (that includes money spent to house 780,000 people in local jails).

One in 11 African-Americans, or 9.2 percent, are under correctional control, compared with one in 27 Latinos (3.7 percent) and one in 45 whites (2.2 percent). Only one out of 89 women is behind bars or monitored, compared with one out of 18 men.

Georgia had 1 in 13 adults under some form of punishment; Idaho, 1 in 18; the District of Columbia, 1 in 21; Texas, 1 in 22; Massachusetts, 1 in 24; and Ohio, 1 in 25.

Peter Greenwood, the executive director of the Association for the Advancement of Evidence Based Practice, a group that favors rehabilitative approaches, said states started spending more on prisons in the 1980s during the last big crime wave.

“Basically, when we made these investments, public safety and crime was the No. 1 concern of voters, so politicians were passing all kinds of laws to increase sentences,” Mr. Greenwood said.

President Bill Clinton signed legislation to increase federal sentences, he said.

“Now, crime is down,” Mr. Greenwood said, “but we’re living with that legacy: the bricks and mortar and the politicians who feel like they have to talk tough every time they talk about crime.”

Mr. Greenwood said prisons and jails, along with their powerful prison guard unions, service contracts, and high-profile sheriffs and police chiefs, were in a much better position to protect their interests than were parole and probation officers.

“Traditionally, probation and parole is at the bottom of the totem pole,” he said. “They’re just happy every time they don’t lose a third of their budget.”

Barack Obama, le doute persiste

Le certificat de naissance publié par Barack Hussein Obama.


Dans un article médiocre d'Alex Spillius, le journaliste du Daily Telegraph fait un point orienté et partial sur les différentes procédures judiciaires qui concernent le statut juridique du nouveau président des Etats-Unis.

Le journaliste se garde bien de préciser à ses lecteurs que le principal responsable de cette situation est le président lui-même (BHO) en refusant de rendre public l'original de son extrait de naissance. Il a seulement publié un certificat de l'Etat de Hawaï lequel n'est pas en mesure de clore le débat car il ne précise pas son lieu précis de naissance.


Exemple d'un extrait de naissance complet.


Nous ignorons, par exemple, dans quel hôpital il est né, quel a été son médecin, etc. Qu'a-t-il donc à cacher ?

Barack Obama fights presidential eligibility claims

Barack Obama is being forced to repel a series of writs challenging his presidential eligibility, as conspiracy theories claiming he is not an American citizen refuse to go away.

Officials in Hawaii have confirmed Mr Obama was born in Honolulu Photo: Reuters
The most common allegation lawyers are having to refute is that a certificate of Mr Obama's birth in Hawaii is false, leading accusers to conclude that he was born outside the country and is therefore disqualified to fill the highest office in the land.
Other challengers have contended that his Kenyan father was British, even though that would not exclude him from occupying the White House.
Both claims are untrue. Officials in Hawaii said they had viewed Mr Obama's original certificate and confirmed it stated he was born in Honolulu on Aug 4, 1961. A certified version of the certificate released by his campaign last summer when the theory began circulating showed the same. Birth notices in Hawaii papers record a birth to his mother and father on the same day.
But that has not stopped the theorists, who have been dubbed "the Birthers" and who see Mr Obama as a fifth columnist. Their accusations are often tinged with racism and antipathy to Islam, the religion of his father. During his campaigns Mr Obama faced an online rumour mill that he was a Muslim, though he has worshipped at a Christian church for 20 years.
The conservative website WorldNet Daily claims to have received 300,000 signatures for an online petition challenging Mr Obama's legitimacy.
Orly Taitz, a California dentist and lawyer, who was herself born overseas, is representing soldiers challenging Mr Obama's right to be president, including retired Maj Gen Carroll Childers, who compared the Democrat to "Hitler, Stalin, Saddam, Mao, and Kim Jong Il".
"He is an interloper, a usurper, a fake, a scam artist, a Chicago crook, a recipient of bribes and gratuitous income for which he paid no tax, a socialist (perhaps only a communist or Marxist), and a grave danger to the future of the America that I love and have protected since I was 17 years old," Maj Gen Childers wrote in a statement on the website for Ms Taitz's Defend Our Freedoms Foundation. The rumour got closest to the mainstream when Richard Shelby, an Alabama senator, gave it credibility during a recent meeting with constituents.
Asked for his views on the notion, the Cullman Times, an Alabama paper, quoted Mr Shelby as saying: "Well his father was Kenyan and they said he was born in Hawaii, but I haven't seen any birth certificate. You have to be born in America to be president."
The White House regards the claims as an irritant and is not responding to questions about them, but lawyers for the Democratic National Committee and Mr Obama himself have spent considerable time and money combating a steady supply of lawsuits at every court level up to the Supreme Court. The exact cost to Mr Obama himself is not known.
The hubbub over the president's place of birth, which is aided and abetted by the internet, seems likely to last for some time, if not his entire presidency.
Other presidents have been victims of wild conspiracy theories.
Bill and Hillary Clinton were submitted to accusations that they were involved in the "murder" of White House counsel and old friend Vince Foster. Three investigations by different arms of authority ruled he had committed suicide.
President George W Bush still faces conspiracy theorists who claim that he and Dick Cheney were responsible for the September 11 attacks, as a way of drumming support for future wars. His botched response to Hurricane Katrina was supposedly designed to take the city out of the control of the poor and the black community, some theorists allege.
In the recent past there have been theories that Bill Clinton was the anti-Christ and Al Gore was a vampire.
Evan Harrington, a professor of social psychology who has studied conspiracy theories at the University of Chicago, Mr Obama's home town, said that they were essentially rumours writ large by people with a thirst for publicity.
"Thinking that you are on to information that no one else has got really makes you feel important," said Prof Harrington, who has himself been accused by conspiracy theorists of being part of a campaign to hide information about mind control of the public.
"For a conspiracy theory to exist you have to have a willingness to suspend belief or ignore evidence that doesn't fit. It's a rare individual who believes them but they are the ones who get the attention."

lundi 23 février 2009

L'évasion fait-elle partie de la vie ?

Le 18 février dernier, Ondine Millot a publié dans les colonnes de Libération un intéressant papier sur l'absurdité du renforcement des conditions d'enfermement dans les prisons françaises pour tenter de réduire encore davantage un nombre d'évasions réussies déjà remarquablement faible.

L’évasion face à l’absence d’avenir

Allongement des peines et durcissement de la vie en prison poussent les détenus à des tentatives désespérées.

Un «acte de guerre». C’est ainsi que le directeur de l’administration pénitentiaire, Claude d’Harcourt qualifie l’évasion de Christophe Khider et d’Omar Top El Hadj de la centrale de Moulins-Yzeure (Allier). Lors d’une conférence de presse organisée hier, il a donné le ton de la riposte : «mettre en œuvre de meilleurs mécanismes de surveillance et de contrôle pour que cela ne se reproduise pas». Mais les évasions de prison sont déjà rarissimes (5 en 2008, 12 en 2007, 11 en 2006, 12 en 2005), et les évadés presque toujours repris. Est-il alors nécessaire de durcir encore les conditions de détention ? Est-ce la seule piste de réflexion face à l’allongement de la durée des peines, qui encourage ces tentatives désespérées ? Pour Christophe Khider, la sortie de prison était prévue en 2045. Peut-on faire semblant d’ignorer que pour ces hommes condamnés à la perpétuité de fait, l’évasion est la seule chance de sortie réelle ?

Voilà un bon moment que, face à ces questions, la réponse de l’administration pénitentiaire se résume à une spirale sécuritaire. Année après année, les efforts consacrés au renforcement des contrôles sont toujours plus importants, au détriment de ceux pour la réinsertion. Deux nouveaux établissements ultrasécuritaires ouvriront leurs portes en 2012, à Alençon (Orne) et Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). «Les fouilles se durcissent et deviennent de plus en plus humiliantes pour les détenus et leurs familles, les portes des cellules en maison centrale ne sont plus ouvertes pendant la journée, les déplacements se réduisent… En filigrane se construit une prison qui enferme toujours plus, et prépare toujours moins à la sortie», relève Patrick Marest, porte-parole de l’Observatoire international des prisons. Symbole de cette logique : le braqueur Antonio Ferrara, placé à «l’isolement total» depuis 2003 dans des conditions inhumaines (fenêtre de sa cellule obstruée, cour de promenade couverte sans lumière du jour, fouille complète quotidienne, aucun contact avec d’autres détenus). Et «l’appel de Clairvaux», par lequel, en janvier 2006, dix prisonniers de cette centrale condamnés à de très longues peines, demandaient pour eux-mêmes le rétablissement de la peine de mort, plutôt que «l’hypocrisie de la mort lente».

«Soupape». Mais l’objectif évasion zéro est-il réalisable, voire souhaitable ? Un bref retour en arrière montre que l’obsession sécuritaire n’a pas toujours été de mise. En 1971, Paul Amor, ex-directeur de l’administration pénitentiaire devenu membre du Conseil supérieur de l’administration pénitentiaire tenait un discours beaucoup plus moderne. «Pourquoi dramatiser une évasion ?J’ai toujours considéré une évasion comme une soupape de sûreté. Vouloir prendre des mesures trop rigoureuses pour les prévenir serait un non-sens, d’autant que neuf fois sur dix l’évadé est repris.»

Las, la «soupape» ne semble plus d’actualité et le combat contre les évasions, au lieu de les rendre impossibles, les rend de plus en plus violentes. «Pour sortir, il n’y a plus qu’un seul moyen : la prise d’otage», note le docteur Philippe Carrière, psychiatre des prisons pendant de nombreuses années. «Le sécuritaire est devenu l’obsession qui régit tout, avec des architectures invivables, des emplois du temps insupportables. A cela s’ajoute l’allongement des peines. Aucun être humain ne peut se projeter à plus de dix ans. Quand on dit à quelqu’un: tu sors en 2045, cela revient à dire : "tu n’as pas d’avenir. Donc plus rien à perdre".»

Suicides. Face à cette «absence d’avenir», exacerbée par la loi sur la rétention de sûreté (qui permet de maintenir enfermés sans limites des condamnés «dangereux» après leur peine), «certains réagissent par l’évasion, d’autres par le suicide», dit le docteur Carrière. Entre 2007 et 2008, le nombre de suicides a augmenté de 20 %. Seule l’administration pénitentiaire ne semble pas voir le lien. «Ne faut-il pas se reposer la question des longues peines ?» demandait hier un journaliste à Claude d’Harcourt. «Absolument pas, répondait ce dernier. Le problème, c’est celui d’un petit nombre de détenus, comme Christophe Khider, qui ne reconnaissent pas la gravité de leurs actes, n’acceptent pas leurs peines, nient leur responsabilité, et sont en plus encouragés par leur famille. Ce n’est pas un problème de longues peines, c’est un problème de déni de responsabilité.»

Il y a du vrai dans les propos de Claude d'Harcourt. Il est possible qu'une nouvelle génération de déliquants ne perçoivent pas la gravité de leurs actes à la suite d'un long processus d'irresponsabilisation commencé avec la justice pour mineurs, aggravé par une pression sociale favorable au crime. Toutefois, le directeur de l'Administration pénitentiaire se garde bien d'aborder le point crucial, celui des périodes de sûreté.



dimanche 22 février 2009

Une association pour le soutien aux familles des prisonniers

Vidéo de Claude Charles-Catherine le 16 octobre 2008 à l'occasion de l'assemblée générale de l'ARPPI, association pour le respect des proches de personnes incarcérées.

Sacrée bonne femme !



Cette vidéo, qui résume bien les revendications des familles, est aussi éclairante sur la sociologie des milieux d'origine des prisonniers de droit commun.

Ce sont des hommes

Christophe Kidher.

La récente évasion mouvementée de deux repris de justice, Christophe Kidher et Omar Top El Hadj, emprisonnés à la maison centrale de Moulins-Yzeure dans l'Allier, devrait inciter la société à réfléchir sur la situation des personnes condamnées à de très longues peines de prison, appelées tristement en France les « périodes de sûreté » qui sont, dans les faits, pires que la peine de mort.

Il est facile de considérer que des personnes coupables d'actes de délinquance avec violence méritent qu'on les enferme et que l'on jette la clef de leur cellule au fond d'un puits.

Cela ne fait pas disparaître pour autant les condamnés de la surface de la terre. Ils s'entassent dans des maisons centrales où ils doivent gérer une vie nouvelle face à une administration pénitentiaire pas toujours accommodante.

J'ai eu l'opportunité, voici quelques mois, de me rendre au parloir d'une de ces maisons centrales pour rendre visite à l'un de mes lecteurs. J'y suis resté tout un après-midi au milieu des familles venues maintenir les liens familiaux avec des pères, des fils ou des maris.

Au milieu des cris d'enfants, des embrassades ou des rires, on se rend compte que ces « détenus particulièrement dangereux » dont parle la télévision sont aussi des hommes comme les autres. Ils sont aimés tout comme ils sont capables d'amour pour les leurs.

Comment expliquer autrement que Cyril, le frère de Christophe Khider, ait voulu libérer son frère en organisant une évasion par hélicoptère ? Ce geste d'amour fou comme le précise leur mère Claude Charles-Catherine n'est en rien différent de celui de la compagne de Khider qui lui a fourni les moyens de son évasion.

Dans son édition d'hier, le quotidien Libération publie un entretien avec Claude Charles-Catherine qui mérite d'être lu. Non seulement parce qu'il rappelle les grandes heures de cette feuille pour gauchiste enrichis quand elle défendait le criminel contre la société, mais aussi car il est bon de prendre conscience de la réalité humaine derrière un homme en prison.

Il est malgré tout pathétique de lire des phrases comme :

Christophe, l’aîné, est jugé pour une série de braquages dans des agences de voyage «avec un flingue factice», dit-elle
Ce n'était donc qu'un jeu ? La condamnation est injuste ?

Suite au braquage d’un Crédit lyonnais, il a mis une balle dans la tête d’un homme qui a refusé d’abandonner son véhicule. «On m’a enterré vivant», dit-il.
Laquelle des deux morts est la pire ? L'artifice de la phrase sous-entend que le sort de Kidher est plus injuste que celui de sa victime.

mais il voulait «payer une grande maison à sa grand-mère et à sa mère». Sur la Côte-d’Azur,«il n’a jamais étendu une serviette. On a toujours été sur des plages privées. Je ne me rendais pas compte que j’étais en train de le faire adhérer à la société de consommation.»
Truc habituel des journalistes : les crimes de Kidher n'en sont pas parce qu'il voulait simplement offrir un petit cadeau à sa maman ! Et, au finish, c'est la faute à la société de consommation. Je fais des vœux pour que cette journaliste de Libération ne rencontre pas un jour une de ces « victimes de la société » au coin d'un bois.

Je ne pense pas que les criminels soient des irresponsables, victimes innocentes d'une société bourgeoise qui les pousse à délinquer. Bien entendu, j'exclus de mon propos ceux qui soufrent d'une pathologie mentale.

A l'image de ces durs à cuire que j'ai rencontrés au parloir de la Maison centrale, ce sont des hommes qui ont fait des choix rationnels et qui ont pris le risque de enfreindre les règles de fonctionnement de la vie sociale en échange d'un gain financier immédiat. Leur arrestation, leur condamnation et leur emprisonnement sont donc parfaitement justifiés. Ces prisonniers sont d'ailleurs les premiers à le comprendre et à l'accepter.

Quel est donc alors mon propos ?

La gestion de ces hommes en détention doit être repensée. Il est inhumain de jeter en prison des êtres humains pour des périodes de temps qui échappent à la compréhension. La peine de mort les respectait davantage!

Comment donner encore un prix à sa propre vie lorsqu'on est condamné à rester en prison toute une vie d'adulte sans espoir de sortie ? Cette situation transforme des hommes en fauves incontrôlables ou en épaves, ce ne sont pas les personnels de l'administration pénitentiaire qui diront le contraire.

La première chose à faire n'est pas de réduire les peines de prison mais de réserver les périodes de sûreté aux condamnés auxquels une pathologie mentale interdit un retour à la vie normale. Ainsi, faire bénéficier de remises de peine aux condamnés qui font des efforts pour se réinsérer : études, travail, etc. L'important est de maintenir ouverte la porte de la sortie.

En outre, faciliter davantage les contacts familiaux et amicaux, étendre la pratique des parloirs conjugaux, réduire l'arbitraire dans l'obtention de permis de visite, ne plus interdire l'envoi de livres aux prisonniers, etc.

Voici le texte de l'entretien accordé par Claude Charles-Catherine au quotidien Libération :


Claude Charles-Catherine

La cavaleuse

Claude Charles-Catherine. Mère de Christophe Khider, l’évadé de Moulins repris mardi, cette ancienne toxico, 55 ans, se dresse contre les longues peines subies par son fils.

Elle porte un pendentif autour du cou : un hélicoptère en or. «C’est le symbole de l’amour entre Cyril et Christophe.» En 2001, Cyril, son fils cadet a tenté de faire évader son frère, Christophe Khider, de la prison de Fresnes en prenant en otage une jeune pilote. Dimanche dernier, Christophe Khider a réussi à s’échapper de la maison d’arrêt de Moulins, dans l’Allier. Il est sorti grâce à des explosifs et un pistolet Glock que sa compagne et une amie auraient introduit au parloir. Après 36 heures de cavale, Christophe a été repris mardi. Sous un pont de l’A86, près de Paris, il a reçu une balle qui lui a «perforé le poumon». La police l’a annoncé mort, il est vivant. «Il n’a pas ouvert le feu , note sa mère dans un sourire. Le procureur a été obligé de le dire du bout des lèvres.»

Lorsqu’on la rencontre, Claude Charles-Catherine, dite «Catherine», sort d’une parfumerie. Avant la photo, elle insiste pour se remaquiller. «J’ai toujours pris soin de moi, même quand j’étais au plus bas.» Depuis cinq jours, elle ne dort plus. «Je suis désolée, je n’arrive plus à aligner deux mots. Mes yeux se ferment.» Chez elle, une affiche de Beckett côtoie celle de Bob Marley. Elle a envie de raconter pourquoi «les longues peines n’ont que trois solutions : la folie, le suicide ou l’évasion». Elle dit : «Je ne suis pas une militante, je suis une résistante.»

Catherine naît à Paris d’une mère bourguignonne et d’un père martiniquais, «entre le bon vin et le rhum, en plus, un 11 septembre. Un cocktail explosif». Son père «ultra-violent» a la mauvaise habitude de la «désosser». Sa mère, à qui elle voue une franche admiration, finira par le virer, un jour où la gamine «refuse de plier». Hyperactive - «à l’époque, on disait caractérielle» -, Catherine est bourrée de cachetons, de l’«Epanal 3 et du Théralène». Son parcours scolaire s’arrête en sixième. Elle se souvient que quand elle écrit «albatros», la maîtresse lui dit que ça n’existe pas. Elle se rebiffe. L’instit lui répond : «Depuis quand les Noirs connaissent mieux le français que nous !» Elle conclut : «C’était une autre époque.» La jeune fille rencontre un premier psychiatre. «Il m’a demandé d’enlever ma culotte, m’a fait subir un attouchement et m’a dit : "Il ne faut pas en parler." J’avais 12 ou 13 ans.» Elle s’arrête. «Tu vas pas me faire un truc misérabiliste, hein ? J’ai pas envie qu’on dise "oh, la pauvre", qu’on s’apitoie. Je veux qu’on comprenne.»

A «17 ans et demi», Catherine accouche de Christophe. Deux ans et demi plus tard, voilà Cyril. Leur père la frappe. «A 20 ans, je me suis tirée.» Elle vient de perdre sa sœur cadette.«J’avais, rien dans le crâne. On m’avait toujours interdit de sortir. Pour moi, une mobylette, c’était une Harley. Je ne savais pas comment on élève un enfant.» Elle confie ses fils à sa mère et part un mois en Sardaigne. Au retour, elle rencontre «un garçon». «J’étais super amoureuse de lui.» Il est musicien. «C’était les années 70, les acides, les expériences. Je faisais la fête, des conneries.» L’héroïne et la cocaïne s’ajoutent au LSD. Elle est pickpocket pour payer sa «came», fait des «allers-retours» en taule (huit fois, dit-elle), roule en «allemande». «En 76-77, je participe aux premiers programmes méthadone» [un produit de substitution, ndlr], mais dès qu’on lui enlève les produits, le «mur de coton» s’écroule.«Je ne supporte pas la société, les gens»

Elle lève un peu le pied, écrit. Elle a toujours aimé les livres. «Quand j’étais petite, à côté de mon lit, il y avait un cosy avec des polars : Hadley Chase, Raymond Chandler… Mes parents étaient obligés d’enlever les ampoules la nuit pour que j’arrête de lire.» Elle est fascinée par le personnage du «privé».«Ce que je préfère, c’est quand il carotte la mafia.» Elle insiste : «J’ai toujours été curieuse, je posais des questions. Plus tard, j’ai eu le complexe de la culture.» Catherine est scotchée par les gens qui ont «la science infuse» et puis elle comprend qu’en fait, ils sont «hyper normés», qu’ils n’ont «rien qui leur appartienne vraiment». Catherine est une «autodidacte».

De ses années de came, Catherine a récolté le sida qu’elle a transmis à sa fille et à Tijani, l’un de ses compagnons avec qui Khider a fait un braquage. Elle en parle sans complexes. «S’il n’y avait que le sida… Je ne prends pas de médicaments. Pas un Doliprane.» Vers 1985, elle part dans le Lubéron, se plaît bien dans la nature. Elle y vit dix ans, gère son addiction.

En 1997, Christophe, l’aîné, est jugé pour une série de braquages dans des agences de voyage «avec un flingue factice», dit-elle. Déjà, il essaie de s’évader en sautant par-dessus le box. Ses chaussures sans lacets l’empêchent d’aller bien loin. Il a 24 ans. Il écope de six ans de taule. Catherine est revenue à Paris, a tout arrêté, «jusqu’à la cigarette». En 1999, Christophe est condamné à perpétuité. Suite au braquage d’un Crédit lyonnais, il a mis une balle dans la tête d’un homme qui a refusé d’abandonner son véhicule. «On m’a enterré vivant», dit-il. Selon sa mère : «Il ferait sa perpétuité si ça pouvait le ramener à la vie.»

Petit, Christophe a vu «l’argent facile» . «Vers 12 ou 13 ans», il récolte une baffe parce que devant un fourgon blindé, il lance, bravache : «Un jour, je m’en ferai un.» «Ce n’est pas un capitaliste» , mais il voulait «payer une grande maison à sa grand-mère et à sa mère». Sur la Côte-d’Azur,«il n’a jamais étendu une serviette. On a toujours été sur des plages privées. Je ne me rendais pas compte que j’étais en train de le faire adhérer à la société de consommation.»

La mère ne tarit pas d’éloges sur son fils. «Il est brillant, s’exprime tellement bien qu’on l’appelle "XVIIIe siècle". Un expert qui l’a examiné a dit que c’était une erreur de parcours. Il aurait pu être autre chose s’il avait grandi dans un autre environnement.» Elle ne s’étend pas plus : «J’en ai fini avec la culpabilité. Ça engluait.»

Au parloir, Catherine n’ose pas regarder son fils dans les yeux. Il s’énerve : «Tu nous as toujours appris à ne pas être faibles.» Elle se reprend. J’étais «dans le subir». Aujourd’hui, elle assure vivre des 700 euros mensuels de sa pension d’invalidité. Loin de ses belles années.

En 2001, Cyril échoue à faire évader son frère. «C’était un acte d’amour.» «L’acte d’amour» vaut dix ans à Cyril. Selon Catherine, les gardiens lui mènent la vie dure : «Cinq ans en isolement, on lui a cassé trois côtes, deux fois le pied. On a tenté de l’empoisonner.» Elle fait condamner l’administration pénitentiaire, écrit un livre, parle aux prisonniers dans l’Envolée, une émission de radio anticarcérale. Elle lit Nietzsche, Foucault et cite Pascal :«On peut tout enlever à un homme, sauf l’espoir.» Catherine se rend aux dîners du «groupe Mialet», un espace de réflexion sur la réforme des institutions judiciaires et pénitentiaires. Il y a là d’anciens préfets, des procureurs. Elle en profite pour se former à la communication.

Aujourd’hui, elle a sa propre émission sur Radio Libertaire, a créé un blog et l’Arppi, l’Association pour le respect des proches des personnes incarcérées. Alors, lorsque Christophe s’est évadé, elle était prête à raconter que ce qu’on «propose aux longues peines, c’est une perfusion d’oubli». Lorsque l’avocate est allée voir Khider à l’hôpital, il aurait dit : «J’espère que ça n’a pas servi à rien.» Maman y veille.


Je ne partage pas grand choses des opinions et des analyses de Claude Charles-Catherine, mais nous nous retrouvons sur un point : les prisonniers sont aussi des hommes et ils méritent qu'on les respecte comme tels.

samedi 21 février 2009

L'état-major se défend comme il peut

Légionnaire français en Afghanistan, photographié par l'USMC.

J.-D. Merchet se prête à nouveau à son rôle de porte-voix préféré de l'état-major. Il publie sur son blog un entretien avec Louis Pichot de Champfleury, commandant de la Légion étrangère, lequel tente de limiter les dégâts après les révélations de Michel Bavoil, patron de l'ADEFDROMIL.

«La Légion étrangère n'est pas une zone de non-droit» nous dit son commandant

L'association de défense des droits des militaires (Adefdromil), présidée par le capitaine en retraite Michel Bavoil, vient de publier un "Rapport sur les droits de l'homme dans l'armée française", dans lequel elle s'en prend très violemment à la Légion étrangère. Parlant de "quasi-servitude" des Légionnaires, le capitaine Bavoil expliquait ainsi au Figaro.fr que "la Légion fonctionne sur un système de pression. Les gars sont retenus par la force et la menace, il faut le savoir : sinon, 85% d'entre eux se sauveraient".

Secret-Défense a demandé au général Louis Pichot de Champfleury, commandant de la Légion étrangère (COMLE) de répondre à ces accusations graves. Voici l'entretien exclusif avec le "Père Légion".

Vous êtes accusé par l'Adefdromil de violer les droits de l'homme au sein de votre institution. Pour beaucoup, la Légion est un univers opaque. Qu'en est-il ?

Lorsque je lis les propos du capitaine Bavoil, j'ai l'impression que le droit commun ne s'applique pas chez nous, que les légionnaires sont soumis au bon vouloir de leur chef. Rassurez-vous: je ne suis pas un général qui fait ce qu'il veut. Nous ne sommes pas une zone de non-droit. D'abord parce que la Légion est partie intégrante de l'armée de terre et que nous sommes régis par les mêmes textes, à savoir le statut général des militaires qui date de 2005. Il y a en effet un statut particulier pour les hommes qui servent chez nous "à titre étranger". Leur statut a fait l'objet d'un décret pris en Conseil d'Etat en septembre 2008. Or, le Conseil d'Etat n'a pas la réputation de traiter avec légereté les règles de la République...

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes? Le rapport cite pourtant des cas particuliers douloureux...

Le rapport contient beaucoup d''affirmations approximatives, voire erronées. Ainsi lorsqu'il affirme que devant un conseil d'enquête, le légionnaire n'a pas le choix de son défenseur. C'est simplement faux. Mais, attention, je ne dis pas que dans une collectivité de 7600 hommes, nous n'avons pas de temps en temps une part de responsabilité dans des erreurs administratives ou de gestion.

L'Adefdromil s'en prend particulièrement à "l'identité déclarée" sous laquelle s'engage tous les légionnaires et qui les placerait dans une situation de "quasi-servitude" par rapport à la hiérarchie. De quoi s'agit-il ?

Depuis que la Légion étrangère existe (1831), on s'y engage sous une identité déclarée, c'est-à-dire une autre identité que la sienne. Si nous avons maintenu ce principe, ce n'est pas par respect des traditions mais pour de bonnes raisons, que le Conseil d'Etat a reconnu. D'abord le principe d'égalité entre les engagés. Nous ne voulons pas de discrimination entre les "francophones" [citoyens français - ndlr] et les autres. En effet, pour des raisons de sécurité, nous vérifions l'idendité réelle des gens qui s'engagent chez nous. Il nous faut en moyenne un an pour nous assurer de la véracité des déclarations faites lors de l'engagement. Nous vérifions par exemple que l'engagé n'est pas recherché par la police de son pays pour un crime commis à la veille de la signature de son contrat. Cela prend du temps, car cela se passe souvent dans des pays lointains. Pour nous, l'identité déclarée est une phase d'entrée. Au bout de trois ans, 80% des légionnaires ont repris leur vraie identité. Dans l'ensemble de la Légion, nous n'avons qu'une cinquantaine de légionnaires avec plus de cinq ans d'ancienneté qui servent sous "identité déclarée". Retrouver son identité est un processus long car nous demandons des papiers fiables, certifiés, pas des photocopies. Il faut des traducteurs habilités, etc... Pour nous, la simplicité, c'est que les engagés servent sous leur identité réelle.

Avez-vous des difficultés de recrutement ?

En 2008, nous avons recruté 1000 légionnaires et nous avons eu 8000 candidats. Donc, huit candidats par poste. Les meilleurs agents recruteurs sont les anciens légionnaires rentrés dans leur pays d'origine.

Quelle est l'origine des légionnaires ?

Un tiers d'Europe occidentale, dont la France, un tiers d'Europe de l'Est et un tiers du reste du monde - qui se décompose entre 10% d'Amérique latine, 10% d'Asie et 10% de l'ensemble Maghreb, Afrique, Moyen-Orient. Nos effectifs sont de 7600 dont 7200 servent "à titre étranger", parmi lesquels on compte 40 officiers et 1700 sous-officiers.

La Légion est connue pour la fréquence des désertions. Qu'en est-il ?

Les chiffres sont stables. En moyenne, j'ai 250 déserteurs sur l'année, soit une quinzaine en permanence, sur un effectif de 7600 légionnaires. Mais c'est un phénomène compliqué : des jeunes partent parce qu'ils ont un coup de cafard, qu'ils doivent rentrer chez eux pour soigner leur mère, etc. Et parfois, ils reviennent ensuite.

La Légion a récemment été secouée par l'affaire de Djibouti, avec la mort d'un légionnaire et la mise en examen de son lieutenant. Beaucoup dans l'institution militaire accuse la hiérarchie - donc vous - d'avoir lâché cet officier. Que leur répondez-vous ?

Je souhaite rester neutre dans cette affaire afin de ne pas influer la justice qui doit faire son travail en toute indépendance. Ce que je peux dire, c'est que le conseil d'enquête - c'est-à-dire les pairs du lieutenant Bertaud - a proposé sa mise à pied et sa radiation des cadres, non pas parce qu'il a été jugé coupable, mais parce qu'il a gravement transgressé les réglements militaires.