dimanche 19 avril 2009

ETA : une longue agonie



Jurdan Martitegi.

Selon les informations parues dans la presse ce matin, Jurdan Martitegi (Arlas), que la police espagnole considère être le nouveau chef militaire d'ETA depuis l'arrestation d'Aitzol Iriondo (Gurbitz) le 8 décembre 2008 à Gerde (Hautes-Pyrénées), a été interpellé hier, près de Perpignan. L'opération a été menée conjointement par les services antiterroristes français (SDAT) et des fonctionnaires de la police nationale espagnole présents sur le territoire français.


Selon des informations diffusées hier en début de soirée, Jurdan Martitegi a décliné son identité aux policiers venus l'arrêter. Deux autres membres présumés d'ETA ont été arrêtés au même moment, dont l'un, aux dires de la police espagnole, servait de garde du corps au dirigeant présumé. Les forces de l'ordre sont intervenues à l'occasion d'un rendez-vous entre deux membres clandestins et une troisième personne pas encore identifiée et probablement membre d'un des commandos actifs au Pays basque. Le processus utilisé par la police aurait été comparable à celui employé lors de l'interpellation de « Gurbitz » à Gerde, où les policiers précédèrent les membres d'ETA sur le lieu du rendez-vous.


Commando Vizcaya


Âgé d'une trentaine d'années, originaire de Durango (province de Biscaye), « Arlas » était l'un des etarras les plus recherchés du moment. Il vivait dans la clandestinité depuis 2006. La police espagnole l'accuse d'avoir bâti l'infrastructure du commando Vizcaya après la rupture du dernier cessez-le-feu d'ETA. Un commando qui aurait perpétré de nombreux attentats, dont celui survenu le 14 mai 2008 à Legutiano, contre une caserne de la garde civile, où un policier trouva la mort.


Initié au combat violent dans les rangs de la kale borroka (guérilla urbaine), Jurdan Martitegi fut interpellé à deux reprises, il y a une dizaine d'années, par la police basque espagnole pour « désordres publics ».


L'opération d'hier, dans les Pyrénées-Orientales, a trouvé un prolongement en territoire espagnol. On indiquait hier soir que trois autres personnes avaient été interpellées dans la foulée en Alava, en Euskadi.


Ce nouveau coup porté à ETA survient à un moment crucial, quelques jours seulement après la diffusion du communiqué où ETA disait que le prochain gouvernement basque serait son « objectif prioritaire ». L'élection du nouveau président du gouvernement régional basque étant prévue au tout début du mois de mai, l'imminence d'un « gros » attentat était redoutée de toutes parts.


Dans un article publié ce matin par le quotidien socialiste El Pais, Luis R. Aizpeolea développe un analyse intéressante sur les causes de l'agonie de l'ETA.


Il insiste notamment que les facteurs qui expliquent la désintégration de l'ETA avaient été prévus voici cinq ans par certains de ses chefs historiques en prison, comme Francisco Mujika et Ignacio Aracama, dans une lettre envoyée à la direction d'alors de l'ETA. 


Le journaliste explique que jamais la police n'a eu une connaissance aussi intime de l'ETA, certains des policiers chargés de la lutte contre la bande la connaissent probablement mieux que nombre de ses propres pistoleros.


Ensuite, la collaboration entre les polices frrançaise et espagnole atteint des niveaux rarement connus en matière de collaboration entre deux entités étatiques différentes. Elle se traduit en particulier par la présence de nombreux policiers espagnols en territoire français.


Enfin, l'ETA a perdu une grande partie de ses appuis, tant à l'intérieur du Pays Basque parmi les franges de la gauche radicale que dans les pays qui lui servaient jadis de refuge, de l'Irlande au Venezuela.


Quel peut être l'avenir de la bande ? Il dépend étroitement de l'intelligence politique de ses futurs chefs. Une option pourrait être la poursuite de sa stratégie actuelle qui la condamne à une plus grande marginalisation et une attritition permanente de ses effectifs par l'action de la police.


Une autre pourrait se révéler le meilleur moyen d'assurer la survie de ses hommes et de ses réseaux à défaut d'assurer la permanence de son intervention dans la vie politique espagnole. Une offre de paix des braves qui conduirait à la fin de l'activité armée en échange d'une réinsertion et d'une libération progressive des prisonniers.


Le gouvernement socialiste, et son président Zapatero, auraient bien du mal à résister à cette offre et seraient capables d'offrir des conditions exceptionnelles pour pouvoir se targuer d'avoir ramené la paix au Pays Basque.


Mais il est fort à parier que le jusqu'auboutisme des despérados de la clandestinité l'emportera sur le réalisme des chefs emprisonnés et celui de la gauche politique qui se désespère de ne pouvoir se battre à armes égales sur le terrain électoral.


Le quotidien de la gauche basque proche de l'ETA rend compte des arrestations à Perpignan et au pays Basque avec plus de détails que la presse.


Descomposición anunciada y acelerada

El vaticinio que hace ya cinco años hicieron sobre la descomposición de ETA sus dirigentes históricos encarcelados, Francisco Mujika Garmendia, Pakito, e Ignacio Aracama Mendía, Makario, en la carta que enviaron a la dirección de la banda terrorista se está cumpliendo a rajatabla. "La lucha armada que hoy desarrollamos es morir a fuego lento", escribían, en agosto de 2004, para concluir: "Nunca en la historia de la organización, ETA se había encontrado tan mal".

Desde luego, nunca en la historia de ETA había sucedido que en el plazo inferior a un año hayan sido detenidos sus cuatro jefes sucesivos: Javier López Peña, Thierry, en mayo del año pasado; Garikoitz Aspiazu, Txeroki, en noviembre; su sucesor, Aitor Iriondo, Aitzol, en diciembre, y el sucesor del sucesor, Jurdan Martitegi, ayer mismo. Los tres últimos eran jefes del aparato militar de ETA, el único existente, tras la detención en mayo de Thierry, que fue el último jefe político-militar de la banda.

La descomposición de ETA obedece, en primer lugar, al profundo conocimiento que de su interior tienen las Fuerzas de Seguridad del Estado. Es el resultado de muchos años de trabajo y de una experiencia profesional acumulada de unas Fuerzas de Seguridad que se han formado en la democracia, y que muy poco, por no decir nada, tienen que ver con las que heredó el régimen democrático del franquismo. En segundo lugar, a la creciente colaboración de Francia, que permite trabajar in situ a las Fuerzas de Seguridad españolas. Esto les permite acosar con mayor eficacia a personajes muy escurridizos, como, por ejemplo, Jurdan Martitegi, que se había convertido desde la detención de Aitzol en el enemigo público número uno de la policía española.

Otro factor no menos importante de la descomposición de ETA es la pérdida de su apoyo social, incluso en ámbitos de la izquierda abertzale. ETA ya no cuenta con la infraestructura ni las posibilidades de camuflarse que hace veinte años, y aún hace diez años, disponía por los apoyos que le ofrecían en el interior miembros de la izquierda radical y en el exterior, sobre todo en Francia, plataformas de simpatizantes de la banda.

Esos apoyos sociales han remitido en muy buena parte por el abandono que sufre ETA desde los ámbitos políticos internacionales -Cuba, Suráfrica, Irlanda...- y los propios partidos democráticos vascos. Todos pregonan la necesidad de que ETA se quite de en medio. A los propios Gobiernos nacionalistas vascos no se les ha ocurrido, como sucedía hace 25 años, oponerse a que Francia extraditara a etarras. Y ese clima político ha incidido en la izquierda abertzale, cuya mayoría desea, también, que ETA deje las armas porque ha comprobado en su carne, además, que el terrorismo les impide desarrollar su actividad política.

Esta opinión se ha extendido al interior de ETA y a su dirección que asiste, en estos momentos, a un duro debate sobre la utilidad del terrorismo. En este sentido, la detención, ayer, de Martitegi refuerza la posición de etarras históricos, como Josu Urrutikoetxea, Josu Ternera, que a su regreso a la dirección de ETA pretende buscarle un punto final.

samedi 18 avril 2009

Archives en danger ?

Le déménagement du site des Archives nationales dans une zone à risque a des conséquences sécuritaires qui ne semblent pas avoir été prises en considération.

Comme on peut le voir sur le site des archives, les nouveaux bâtiments se trouvent au beau milieu d'ensembles d'habitation, sans la protection qu'offrait le centre de Paris.

Voici ce qu'en dit le projet officiel :


Mai 2005 – concours d’architecture – texte de Massimiliano Fuksas

Le site des Tartres est un lieu de frontière, dans lequel différentes réalités se frôlent, chacune porteuse de ses propres échelles, caractéristiques et contraintes.

La cohérence du projet dépendra de sa façon de concilier les différentes échelles identifiées.

Ces zones périurbaines ont une âme, une culture et une expression qui n’appartiennent qu’à elles. Une âme aux marges de la ville, une âme née d’une culture qui voit coexister surtout des jeunes et des anciens, contrairement au centre ville où vit désormais une population qui a entre trente et cinquante ans, généralement sans enfant. La ville d’aujourd’hui expulse les enfants et les plus âgés! Les banlieues a
britent donc les enfants et les plus âgés, le futur et la mémoire, raison pour laquelle elles sont plus vivantes, plus fortes que les centres villes.

Mais le problème est beaucoup plus crucial: ces espaces n’ont plus d’identité. Nous détruisons le monde non seulement en abattant les arbres mais aussi en oubliant de préserver l’identité de notre territoire.
On peut partir de là pour travailler : la géographie des lieux.

La réponse du projet dans ce cas ne peut pas être de l’ordre du « design » ou du «maquillage» urbain.
L’étude de son fonctionnement, le positionnement de ses accès, son orientation urbaine, sa lisibilité morphologique sont des enjeux importants afin que cet équipement ne soit pas conçu comme un énième élément isolé et introverti qui se juxtapose ou s’ajoute à la ville, mais qu’il devienne un véritable « générateur d’urbanité ».

Redonner à l’architecture son rôle et sa fonction d’origine, être à la fois le produit représentatif et l’accompagnement fonctionnel de l’activité humaine (fonction éthique).

Dans nos divers travaux d’architecture et d’urbanisme la préoccupation majeure est de percevoir et de concevoir le territoire comme un lieu cherchant à être doté de son identité spécifique ainsi que de révéler au Lieu sa géographie. Ainsi tous nos projets sont conçus comme des entités vivantes qui viennent s’insérer dans l’organisme que représente la nature ou la ville.
Cette démarche oblige l’investigation du contexte et permet l’intégration du projet dans le paysage sans tomber dans l’excès stérile. Dans la continuité de cette position se situe notre volonté de redonner à l’Architecture un impact humain se situant dans la réalité du présent. L’éthique remplace l’utopie.
La première chose à faire est donc de fabriquer un paysage, une géographie.
Géographie comme identité d’un lieu physique.

Mais, au-delà de la réalité, au-delà des contraintes, il faut doter un projet d’une dimension poétique.

Une architecture capable de créer des émotions …

La présence du rêve aussi est importante. Mais dans quelle mesure peut-on faire rêver les gens ? Peut-être en leur racontant des histoires, en employant des images : la figuration n’est peut-être pas le moyen le plus efficace de parler aux gens.

La société, comme la ville, sont faites de conflits. Autant en prendre acte et travailler avec les matériaux qui sont à notre disposition. (suite à lire sur le site).

En d'autres termes, l'architecte a complètement négligé la question de la compatibilité de l'objet à préserver avec son environnement humain.

Au cours des prochaines éruptions de violences urbaines, quel peut être l'exutoire de la colère des émeutiers ? Tout ce qui va représenter à la fois l'Etat et le pays dont ils haïssent l'identité nationale, l'histoire, la culture, qu'ils associent avec leur marginalisation sociale.

Les archives peuvent constituer la cible préférentielle de ces petits épisodes d'intifada banlieusarde. Contrairement aux affirmations irénistes et irréelles de la journaliste du Figaro Claire Bommelaer, la présence des Archives au milieu d'une poudrière sociale et ethno-religieuse ne risque en rien d'apaiser les tensions mais au contraire des les aviver.

Comme le chiffon rouge devant les yeux d'un bête de combat dans l'arène. Belle corrida en perspective dont risquent d'être les victimes les archives et notre mémoire collective.

Ce n'est pas d'une caserne de pompiers dont le site a besoin, mais d'une caserne de gendarmes mobiles dotés des blindés légers.





Qaund le Figaro fait dans le gnan-gnan

La journaliste Claire Bommelaer a consacré ce matin un article intéressant, mais à la conclusion particulièrement gnan-gnan, sur le déménagement des archives nationales à Saint-Denis.


Quand la mémoire de la France déménage


Le déménagement des Archives nationales vers le nouveau site de Pierrefitte-sur-Seine se prépare dans le silence et le sérieux qui sied à cette vieille institution. Fin 2011, l'affaire devra être bouclée, sans que l'on ait perdu un précieux parchemin ni que les chercheurs aient été incommodés par le chamboulement de leurs habitudes. Vu de l'extérieur, cela semble à portée de main. Mais dans le saint des saints, un vrai plan de guerre a été mis en place.

À l'aide d'un curieux schéma, la Direction des archives explique ce qu'elle appelle «le chantier des fonds». D'abord, le décompte de millions d'archives, puis leur bilan sanitaire. Ensuite, leur conditionnement, la désinfection éventuelle, la restauration, le microfilmage ou la numérisation. Le tout s'étalant sur des années. Des mois et des mois passés en sous-sol à aspirer la poussière, à recoller des tranches, à mettre des documents dans de nouvelles chemises en carton, à photographier des millions de pages, puis à apposer des codes-barres.

Dès que l'on retire un dossier d'une étagère pour le reconditionner, il faut organiser une traçabilité, puisque rien ne ressemble plus à une boîte qu'une autre. Certains documents seront traités à Paris, au palais Soubise dans le Marais, mais la numérisation ne peut se faire qu'à l'extérieur. Et dès que l'on déplace une boîte entre deux sites, il faut un transporteur spécialisé, obligatoirement accompagné d'un fonctionnaire des Archives pour des raisons de sécurité.

D'ici au déménagement, dont la préparation aura nécessité près de 5 ans, 7 millions d'images auront été numérisées, 4 millions microfilmées. Pendant le déménagement, qui s'étalera, lui, sur 14 mois, 180 kilomètres de rayonnages seront déplacés. Une mission titanesque qui coûtera la bagatelle de 245 millions d'euros, dont 190 pour la construction du nouveau bâtiment. «Nous préparons la mémoire de demain : rien ne doit se perdre», résume Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France (*).

Le testament de Louis XIV
Pour l'instant, les archives publiques nationales - 300 km de dossiers, en plus ou moins bon état - sont stockées sur deux lieux : dans le quartier du Marais, à Paris, et à Fontainebleau, où sont entreposées les archives postérieures à 1958.

À Paris, une splendide salle Napoléon III, en bois avec escaliers en métal, abrite les archives de la monarchie, celles du Parlement, le trésor des chartes, ainsi que la fameuse armoire de fer. Bardée de trois portes, elle renferme des documents exceptionnels, comme le journal de Louis XVI ou le testament de Louis XIV, dans lequel il indique qu'il «a trop fait la guerre». Consultables au compte-gouttes, ces pièces uniques ne sont manipulables que par un conservateur ganté. Elles resteront à Paris, pour des raisons de sécurité et de prestige, avec les archives datant d'avant 1790 et le minutier central des notaires.

Après un parcours dans les dédales du bâtiment parisien, on débouche sur des rayonnages en métal gris façon Castorama. Ils hébergent sur des milliers de mètres des milliers de boîtes en carton aux codes mystérieux. «Toute cette partie du bâtiment n'est plus aux normes : les hausses ou les baisses brutales de température mettent ces archives en péril, explique Isabelle Neuschwander, directrice des Archives nationales, et, curieusement, ce sont les documents les plus récents qui s'abîment le plus. Les archives de Vichy, par exemple, se dégradent et ne survivront pas au temps qui passe.» Rédigées en encre violette, les minutes de la police de Vichy pâlissent de jour en jour. Elles ne sont, qui plus est, pas photocopiables, et doivent impérativement être microfilmées.

Depuis 1790, le service des Archives récolte tout ce qui a trait à la vie de l'État et de la nation. S'y sont ajoutés des fonds privés, comme les archives de la maison de France, celles de d'Antoine de Saint-Exupéry ou encore, celles de Maurice Thorez. Bercy et le Quai d'Orsay ont leur propre système de conservation. Pour le reste, à chaque élection ou chaque remaniement, président et ministres doivent remettre leur prose. Par goût du secret ou par négligence, les archives ministérielles ne sont pas toujours impeccablement tenues. Et depuis l'avènement du courriel et des SMS, une partie disparaît purement et simplement, en dépit des copies faites sur CD-ROM.

Mais l'administration française a les défauts de ses qualités : son pointillisme légendaire s'avère in fine précieux pour l'archivage. Les archives de Valéry Giscard d'Estaing représentent 4 500 cartons, les deux septennats de François Mitterrand près de 14 500 cartons !

Tous ces documents sont gardés pour la postérité, mais aussi et surtout pour les citoyens. C'est un principe fondateur des Archives : chaque Français a le droit à un accès libre et gratuit à l'histoire et à sa propre histoire. Si tant est que les délais légaux sont passés (75 ans pour les dossiers judiciaires et d'état civil, 50 ans pour ceux couverts par le secret-défense), les fonds sont en général consultables à la demande. par ailleurs, 100 millions de pages, notamment les actes d'état civil, sont déjà mis en ligne. Quant aux demandes de dérogation, elles aboutissent positivement «dans 95 % des cas», surtout depuis la loi de 2008 qui a réduit considérablement les délais et les procédures.

Système de brumisation
Chaque année, 10 000 lecteurs viennent ainsi plancher dans la salle de lecture. Des chercheurs, des thésards, des écrivains, des particuliers. Les fonds les plus prisés sont ceux des ministères de la Justice ou de l'Intérieur. Depuis les lois mémorielles des années 1990, les Français s'intéressent aux fonds sur les dommages de guerre, qui restaient jusque-là intouchés, à la Seconde Guerre mondiale, à leurs propres origines. Depuis peu, les questions d'environnement, des gens du voyage et les Tsiganes captent l'attention. Ces lecteurs, quels qu'ils soient, seront prioritaires même pendant le déménagement.

«On ne peut pas avoir deux salles de lecture, c'est trop compliqué et cela ne respecterait pas les règles de sécurité : nous garderons celle de Paris tant que le déménagement ne sera pas fini. Et les boîtes feront des allers et retours entre les deux sites», explique Isabelle Neuschwander. Limiter les sorties permet d'ailleurs de limiter les éventuels vols. À l'entrée, le lecteur est prié de laisser ses effets personnels et de se munir d'un sac en plastique transparent. Il doit remettre sa carte d'identité, s'inscrire dans un registre. En dépit de ces précautions, parfois, une page disparaît. D'autres sont dégradées : par souci de «véracité», il arrive qu'un indélicat corrige au crayon un détail ou une date.

Le futur site de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) fera justement la part belle à la sécurité. Conçu par l'architecte italien Massimiliano Fuksas, il sera un mélange de boîte noire et d'ouvertures. Situé dans une banlieue sensible - c'était un des paris de cette délocalisation décidée en 2004 par Jacques Chirac -, il sera soumis, bien sûr, au plan Vigipirate et sera fermé la nuit. Une caserne de pompiers sera construite à proximité, et un système de brumisation, moins dévastateur que l'eau en cas d'incendie, sera mis en place.

Les Archives ont organisé une série de communications à l'adresse des habitants de Pierrefitte, et tenté de les sensibiliser en recevant des scolaires de La Plaine-Saint-Denis dans les salles historiques de Paris. La RATP s'est par ailleurs engagée à réaménager la sortie de la station de métro, qui dessert pour l'instant le quartier et l'université Paris-VIII. Elle pourrait ouvrir un centre commercial à côté du nouveau bâtiment d'archives, afin de faire de ce quartier un véritable lieu de vie.

«Avec ce déménagement, le sanctuaire de la monarchie va se télescoper avec la France sensible, la France mélangée avec la France de la Basilique», s'est ainsi réjoui l'historien Pierre Nora. Du rôle du vieux papier comme pacificateur du 9-3 !

[Peut-on imaginer de conclusion plus stupide ? L'art du novlang appliqué au politiquement correct pour en plus dire des inepties. Comme si les délinquants mineurs de ce département pouvaient trouver un intérêt à la mémoire historique du pays hôte ? A tout prendre, ils trouveraient avantage à visiter les archives d'Aix en Provence.»]

(*) Les Archives de France regroupent les Archives nationales, le réseau des archives départementales, les archives du monde du travail et celles d'outre-mer.

vendredi 17 avril 2009

L'histoire oubliée de vingt-deux sauveurs de l'humanité

Les grandes nations aiment leur histoire et par la force des choses nous imposent la leur.

Nous connaissons la Seconde Guerre mondiale par les yeux des Américains et l'histoire navale par ceux des historiens britanniques. Comme nous l'avons souvent démontré ici, ils nous rabattent les oreilles avec l'Invincible Armaba et Trafalgar, mais se gardent bien de se souvenir e l'échec de Carthagène ou de la Chesapeake.

De même, l'histoire du monde hispanique est encore le reflet des préjugés des protestants bataves ou anglo-saxons, toujours méprisants et souvent ignorants.

Ainsi, on nous répète sans cesse le détail des crimes affreux qu'auraient commis les Espagnols sur les populations indigène de l'Amérique. On insiste sur le fait que ce sont les Espagnols qui ont introduit la variole en Amérique, maladie qui a causé des millions de victimes.

Or, non seulement les recherches les plus récents indiquent que ce sont les Anglais qui ont contaminé le Nouveau Monde, mais que les Espagnols sont à l'origine de la première tentative mondiale d'éradication de la maladie, à une époque où les Anglais ne songeaient qu'à s'enrichir.

En 1803, une expédition financée par le roi d'Espagne a quitté la Péninsule avec à son bord un important personnel médical pour répandre la lutte antivariolique au moyen de la vaccine dans les possessions espagnoles d'outre-mer.

Comment transporter le principe actif ? Pour ce faire, ils ont embarqué vingt-deux enfants auxquels on a inoculé à intervalles réguliers le virus de sorte qu'il y ait toujours un enfant en mesure de le transmettre.

Les enfants et les médecins ont été accueillis formidablement tant en Amérique qu'en Asie, contribuant ainsi à sauver des millions d'êtres humains d'une terrible maladie.

Voici le récit qu'en a fait Alfredo Amestoy dans les colonnes du quotidien El Mundo :

LA PRIMERA MISION HUMANITARIA

LA ODISEA DE LOS 22 NIÑOS DE LA VIRUELA

Tenian entre 3 y 9 años. Todos eran huérfanos. Procedían de varios puntos de España. Su misión: llevar la vacuna en sus cuerpos hasta América. El barco partió hace hoy 200 años



El historiador de América con más rigor científico, que es don Francisco Guerra, resume el hecho con tal precisión y brevedad que no tiene sentido corregir o ampliar su versión: «España cerró su periodo colonial con la más grande empresa sanitaria de la historia: la expedición de la vacuna, 1803-1806, para acabar con la viruela en América y en Filipinas. Salió de La Coruña el 30 de noviembre de 1803 en un barco con 22 niños expósitos que se fueron vacunando uno a otro hasta llegar el 9 de febrero de 1804 a Puerto Rico; de allí se viajó a Cuba, México y Suramérica y, finalmente, saliendo en un galeón a Manila desde Acapulco comunicaron la vacuna a Filipinas y al resto de Asia. Los niños, de 3 a 9 años, eran madrileños y gallegos; los médicos que les acompañaron fueron Balmis, de Alicante, y Salvany, catalán. Y los marineros en su mayoría montañeses, vizcaínos y andaluces.En aquella expedición memorable estaban representadas todas las regiones de España. Ni que los hubiera seleccionado una Comisión de Estatutos».


No exagera el historiador cuando dice que la expedición de la vacuna coincide con el final de nuestro periodo colonial. Más mérito para una metrópoli que en 1803 no inspira a Goya nada mejor que los Caprichos y que Godoy ha llevado a un callejón donde la única salida terminará siendo Trafalgar. A pesar de todo, la no tan atrasada España da muestras con esta Real Expedición Filantrópica de la Vacuna de una diligencia y una eficiencia que superan a las de Inglaterra.

BRAZO A BRAZO

Ante la dificultad de hacer llegar la vacuna de la viruela hasta América si no era en el interior de un organismo humano, el médico Francisco Xavier Balmis promovió este viaje. Durante los nueve o diez días siguientes a la inoculación de la vacuna se formaba en el brazo del vacunado una pústula. Si en ese periodo se pinchaba en esa pústula e inmediatamente y con la misma lanceta se pinchaba el brazo de otro crío, la vacuna se transmitía. Se eligió a niños porque en la España de comienzos del siglo XIX era muy probable que a partir de la adolescencia ya se hubiese pasado la viruela y desarrollado la inmunidad.
Transcurrido ese intervalo aproximado de diez días posteriores a la inoculación, el niño, pese a estar inmunizado, dejaba de ser útil como transmisor de la vacuna. Pero para entonces ya había sido transmitida a otro. Por eso dicen los historiadores que la vacuna se transmitió brazo a brazo a bordo de la corbeta María Pita, el barco en que se inició la vuelta al mundo.
Hasta Humboldt, en aquella época viajero por América, testigo de la expedición de la vacuna, da cuenta de las ceremonias emocionantes que se producían a la llegada del navío a cada puerto: «Los obispos y los gobernadores militares, las personas más distinguidas acudían al puerto, tomaban en sus brazos a los niños que iban a ser portadores de la vacuna para los indígenas de América y para la raza malaya de las Indias Filipinas, seguidos de las aclamaciones públicas colocaban al pie de los altares a aquellos inestimables depósitos de un suero bienhechor y daban gracias al Ser Supremo de haber sido testigos de un acontecimiento tan feliz».

Pocos años antes, sólo en México capital, habían muerto de viruela 9.000 personas. Naturalmente, la alarma estaba justificada. En 1766 la mortalidad en Caracas había sido aún mayor. Según Madariaga, «en las Indias este germen solía adquirir virulencia cada 17 o 18 años». En el siglo XVIII fallecieron 60 millones de personas en el mundo víctimas de la viruela.
No habla Madariaga de que la viruela fuera introducida en México por las tropas de Pánfilo Narváez, llegadas para arrestar a Hernán Cortés, y a las que se atribuye la gran matanza que la viruela produjo entre los indios en 1520. Este pasaje pertenecería a la leyenda negra que llega adjudicar a España el exterminio del 90% de los indígenas americanos tras varias epidemias.
Hay argumentos poderosos que muestran que la responsabilidad de España como vehículo de enfermedades al Nuevo Mundo es relativa.

Salvo el sarampión que pudo entrar en México llevado por los niños españoles que llegaron con sus madres, las esposas de los conquistadores, en 1531, la fiebre amarilla y el paludismo fue llevada por los primeros esclavos africanos que, como demostró el mexicano José Vasconcelos, llegaron en 1562 en la primera expedición de trata de negros realizada por el pirata inglés Hawkins, el padre, que en 1562 desembarcó su primer cargamento de esclavos en la costa brasileña.

Lo que ocurrió es que frente a la viruela, el sarampión o la escarlatina, los indígenas americanos carecían de defensas. Más aún. Como explica el profesor Guerra, «fueron los españoles los que descubrieron el tratamiento del paludismo con la quina, cuyo comercio estuvo muchos años en manos de los jesuitas".

La aparición el año pasado del estudio The Backbone of History (Cambridge University Press), donde se estudia la salud de los americanos precolombinos tras analizar 12.500 esqueletos, confirma esta tesis de la absoluta carencia de defensas de los indígenas americanos en 1492. Se asegura que hacía 1.000 años que los pobladores americanos no disfrutaban de buena salud, vivían en una espiral de miseria y enfermedad y sus esqueletos descubren enfermedades degenerativas que afectan a la estatura, las articulaciones, anemia, traumas e infecciones innumerables.

Cuando los niños de la expedición de la viruela llegan a América y son tratados como angelitos que van a realizar el milagro de erradicar esa plaga en el Nuevo Mundo, aún Inglaterra nos atribuye a los españoles la introducción de la viruela en aquel continente.

Aquellos 22 niños que tal día como hoy hace 200 años salieron de La Coruña salvaron, con su vacuna -cuerpo a cuerpo-, millones de vidas. La expedición no consistió sólo en la vacunación masiva.También en el establecimiento de centros de vacunación, ensayo de puestos de la futura Cruz Roja Internacional y la instrucción de «médicos, barberos, cirujanos y personas inteligentes» en los métodos de vacunación. Como cuenta Madariaga, «en las ciudades más importantes de los reinos de ultramar se habían creado juntas de vacuna».

HÉROES NACIONALES

Era la primera gran misión humanitaria de la Historia. La realizaba un país con no demasiados recursos, pero con vocación y espíritu solidario fuera de lo común. Hace 200 años, tal día como hoy, 22 niños españoles comenzaron a escribir una página única de altruismo y generosidad. Veintidós niños expósitos, sin apellidos, pero con nombre: héroes nacionales.

Uno de ellos murió en la travesía. El resto recaló en el Real Hospicio de México y, más tarde, en la Escuela Patriótica, con desigual suerte. Algunos fueron con el tiempo acogidos en sus casas por comerciantes mexicanos. Hubo uno que, acogido por un cura, acabó fugándose. Entretanto, críos americanos, y cuando no se encontraron chavales, esclavos comprados ad hoc, continuaron junto a Balmis la cadena que ellos habían iniciado y llevaron la vacuna por toda América, Filipinas e incluso China. Se les debe un monumento.


LA ENFERMEDAD
Viruela. Enfermedad infecciosa muy contagiosa y con un índice de mortalidad elevado (hasta el 30% de los casos). Se conoce desde la antigüedad. A América llegó en 1518 y mató a millones de personas. La vacuna se descubrió en 1798. La OMS la dio por erradicada en 1979.

EL MÉDICO
Fco. X. Balmis. Nacido en Alicante en 1753, y con prestigio ganado en la Corte, estudió el tema de la vacunación y llegó a traducir un libro de la materia. Tras varios viajes a América, dirigió la expedición de la vacuna, de la que José Salvany fue subdirector.Falleció en 1819.

LA EXPEDICION
El «María Pita». Un grupo de 22 huérfanos de tres a nueve años, todos varones, zarpó en la corbeta «María Pita» con la tripulación y 11 personas entre médicos, enfermeros y la responsable de los críos. Se fue transmitiendo la vacuna contra la viruela de uno a otro para que llegara a América.

LOS LOGROS
500.000 vacunas. Según una estimación conservadora, la transmisión en cadena que empezó con los críos españoles permitió inmunizar a medio millón de personas. Aunque no se erradicó la enfermedad, se salvaron numerosas vidas y se establecieron centros de vacunación.

EL ITINERARIO
Hasta China. Partieron de La Coruña el 30/11/1803. Llegaron a San Juan de Puerto Rico en febrero de 1804. De allí, a Venezuela, donde se dividieron para diseminar la vacuna más rápidamente.Un año después, Balmis partió de Acapulco a Filipinas y Asia. Llegó a Madrid el 7/9/1806.



ETA, le front des prisons se fissure


Le combat contre une organisation terroriste ne se résuma pas aux mesures policières prises contre elle, mais elles constituent l'arme principale contre elle.

Les erreurs commises par le gouvernement Zapatero (celui-là même que le président Sarkozy estime ne pas être très intelligent) sont typiques de ceux qui croient aux vertus de la politique gnan-gnan, quand il suffit de prononcer de bonnes paroles et être gentil pour résoudre les problèmes.

Il est loin le temps où le premier ministre espagnol considérait que les victimes des attentats étaient le fait d'accidents de parcours regrettables. Zapatero a fini par se rendre à l'évidence: on ne peut pas intégrer une organisation terroriste dans un calcul de politique politicienne, du type de ceux qui se décident dans les urnes.

En d'autres termes, une négociation directe avec l'ETA ne peut contribuer à des succès électoraux au pays Basque ou dans le reste de l'Espagne.

En revanche, une politique de fermeté, non seulement peut lui valoir des dividendes au Pays Basque mais aussi dans l'ensemble de l'Etat en réduisant la distance sur la question du terrorisme avec la majorité de l'opinion publique. Il prive aussi d'arguments ses plus féroces critiques de la COPE, Jimenez Losantos, et du quotidien El Mundo, PJ Ramirez.


Le féroce critique des politiques socialistes, Féderico Jimenez Losantos, vu par le caricaturiste du quotidien socialiste Publico.

Ne fermant plus les yeux sur les activités de l'ETA et sur celles de son entourage politique, le gouvernement a écarté la gauche indépendantiste violente de l'échiquier électoral, privant le Parti nationaliste basque au pouvoir (PNV) de toute chance d'obtenir la majorité nécessaire pour se maintenir au pouvoir. Aujourd'hui, les partis « espagnolistes » sont au pouvoir au parlement de Vitoria.

Les arrestations continuelles des responsables de l'ETA cachés en France, le mesures de fermeté prises en Espagne contre les participants à la guérilla de basse intensité, vivier des futurs terroristes (la kale boroka), le lent grignotage de leur position sociale dans le Pays basque a fini par porter ses premiers fruits là où la bande terroriste est la plus faible, le front des prisonniers.

A ce jour, il y a 608 prisonniers de l'ETA à des titres divers en prison (dont 153 en France). Sur ce total, moins de 3% se trouvent reclus au Pays Basque, les autres sont dispersés entre la région parisienne et Algesiras. Voir une carte ici.

Une récente enquête interne conduite par l'ETA auprès des prisonniers et que le quotidien El Mundo révèle ce matin apporte des informations intéressantes sur l'évolution de ce front.

Alors que le moral des terroristes prisonniers était au plus haut durant la phase de négociation entre le gouvernement de Madrid et l'ETA, il est aujourd'hui au plus bas en raisons du reversement de la situation politique. L'échec électoral et ses conséquences (interdiction de tout soutien aux familles de prisonniers de l'ETA), le durcissement de l'action de la police et de la Garde civile désespèrent les détenus.

Face au manque de capacité de résistance de la gauche violente face à l'appareil de l'Etat, les prisonniers suggèrent l'adoption d'un profil plus bas, notamment en payant les cautions demandées par la justice ou même en niant toute activité politique devant les juges.

Ils s'interrogent même sur leur capacité à résister aux arrestations plus longtemps :

Viendo la cantidad de gente que cae, no podemos seguir trabajando públicamente y dejando a los militantes en manos del enemigo. ¿Cuánto tiempo podemos seguir a ese ritmo?

¿En manos de quién quedará la preparación de las generaciones futuras y el proyecto político?

Le document contenait également des critiques très dures à l'égard de la politique générale de la bande et de la stratégie de l'organisation, mais elles n'ont pas été incluses dans le document.





Un regard féminin sur la France

Mary Alsop King, future épouse du premier ministre de la France.


Une jeune Américaine à la découverte de la France

Quand on évoque le sort des expatriés venus travailler en France, on s'intéresse à l'intégration du mari dans son milieu professionnel ou à celle des enfants à l'école. En revanche, on s 'intéresse moins au sort de l'épouse. Mais il arrive que celle-ci ait une vengeance… posthume !

Mary Alsop King est une jeune américaine qui débarque en Europe en 1866, au lendemain de la sanglante guerre civile qui a déchiré son pays. Après un long séjour à Rome, elle s’installe à Paris où elle rencontre William Henry Waddington, un jeune veuf, anglais naturalisé français, qui a abandonné l'Université pour se consacrer à la vie publique. Après de brèves fiançailles, ils se marient en 1874 pour devenir un des couples les plus en vue de la haute société française.

Et pourtant, par un savoureux paradoxe, si William H. Waddington n’est plus aujourd'hui qu’une note de bas de page dans les livres d’histoire, en revanche son épouse Mary reste connue grâce aux lettres qu’elle a écrites durant sa vie et qui ont servi de base à un grand nombre de livres traitant de sa vie en France.

Grande bourgeoise parisienne, Mary appartient à un petit monde que l'on a dû mal à imaginer, celui d’une classe sociale privilégiée vivant en vase clos où les femmes ne parlent que le français et ne connaissent que la capitale et leur château familial à la campagne. Un jour, en parlant de Rome à un visiteur étranger, Mary prend à témoin une de ses amies : « Je crois qu’on est très bien à l’hôtel d’Angleterre à Rome », s’attirant aussitôt la réponse courroucée : « Mais je n’en sais rien, Madame, je n’ai jamais quitté Paris et je n’en vante ! »

Dans ses lettres, la jeune Américaine rend compte des bizarreries de la vie française. Par exemple, elle s’étonne de l’intérêt que ses amies portent à l’éducation de leurs enfants. Elle rapporte, stupéfaite, que plusieurs de ses connaissances s’impliquent dans les études de leur progéniture au point d’étudier les matières du baccalauréat et de rédiger même certaines compositions. Elle ajoute « la nurse qui élève seule les enfants, qui ne tolère aucune interférence, présentant les enfants à leurs parents à heure fixe, est inconnue en France. ».

Comment recevoir un prince ?

Venant de la société new-yorkaise, où les seuls rois sont ceux de la bourse, elle ne sait comment faire pour accueillir dans ses réceptions des rois, des princes ou des grands aristocrates. Apprenant que le duc d’Orléans (le prétendant au trône de France) viendra à une de ses réceptions, Mary se précipite chez le duc Decazes, un des amis de son mari et ministre des Affaires étrangères, pour lui avouer son ignorance et lui demander conseil.
Le duc est décontenancé par sa demande :

—Une réception au ministère, c’est tout comme chez vous. Faites comme vous avez toujours fait.
—C’est là le problème, je n’ai jamais rencontré une altesse royale de ma vie !
—Ces Américaines, elles sont incroyables s’exclame le duc. Puis, reprenant son sérieux, il lui explique par le menu comment s’adresser au prince :
—Vous n’avez pas besoin de s’adresser à lui en l’appelant « Altesse royale » à chaque fois que vous lui adressez la parole. Utilisez la troisième personne : « Monseigneur veut-il me permettre ? »

Grâce à ces conseils et à l’aide précieuse de son personnel, elle accueillera ses hôtes de marque comme si elle n’avait fait que cela toute sa vie et ses réceptions compteront parmi les plus prisées de Paris.
La place éminente qu’occupe son mari permet à Mary de faire des rencontres passionnantes. Elle est ainsi présentée avec son mari à la reine Victoria de passage à Paris. La jeune femme assiste amusée à l’émerveillement de la souveraine découvrant que ce ministre français est aussi anglais qu’un de ses propres sujets : « She was much interested in his beginnings in England at Rugby and Cambridge – and was evidently astonished, though she had too much tact to show it, that he had chosen to make his life and career in France, instead of accepting the proposition made to him by his cousin Waddington, then Dean of Durham, to remain in England and continue his classic and literary studies under his guidance ».

Des protestants français… très différents !

Si l'épiscopalienne Mary Waddington est frappée par l’ignorance de ses amies à l’égard du protestantisme qu’elle professe ainsi que son mari, la mentalité des protestants français est tout autant une inépuisable source d’étonnement : 

« They are almost a separate class in France--are very earnest, religious, honourable, narrow-minded people. They give a great deal in charity and good works of all kinds. In Paris the Protestant coterie is very rich. They associate with all the Catholics, as many of them entertain a great deal, but they live among themselves and never intermarry. I hardly know a case where a French Protestant has married a Catholic. I suppose it is a remnant of their old Huguenot blood, and the memories of all their forefathers suffered for their religion, which makes them so intolerant. » 

Leur comportement plonge parfois notre jeune Américaine dans des abîmes de perplexité. A Paris, une de ses amies protestantes venue en visite se régale de petits croissants et, voulant connaître le nom du fournisseur, lui dit : « votre boulanger est bien sûr protestant ».

Découvrant avec horreur que Mme Waddington ne se soucie pas de la religion de son fournisseur : 

she gave me the address of an excellent Swiss protestant baker and begged me to sever all connection with the catholic at once. I asked her if she really thought dangerous papist ideas were kneaded in with the bread, but she would not listen to my mild persiflage and went away rather anxious about my spiritual life.

Un siècle et demi après l’arrivée de Mary Waddington en France, le pays a tellement changé qu’il serait méconnaissable à ses yeux. Pourtant, les expériences qu’elle a vécues au contact des Français peuvent être partagées par tous les Anglophones qui liront dans ses livres que, bien souvent en France, plus ça change, et plus c’est la même chose !.

Les ouvrages de Mary King Waddington sont facilement accessibles ici. Signalons notamment My first years as a Frenchwoman 1876-1879, Chateau and Country Life, Letters of a diplomat's wife.

jeudi 16 avril 2009

Les Anglo-Saxons capitulent en Irak



En Mésopotamie, un cavalier de l’armée des Indes et un fantassin britannique.

La victoire anglo-américaine sur l’Irak semble la démonstration éclatante de la supériorité militaire anglo-saxonne. Toutefois, cela n’a pas toujours été vrai. Voici quelques dizaines d’années, le général sir Charles Townshend se voyait déjà entrer à Bagdad en vainqueur. Il se retrouva prisonnier à Istamboul après un siège où les troupes turques, comptant des Arabes irakiens et encadrés par des Allemands, contraignirent une division britannique à capituler sans gloire.

Dans un ouvrage aussi remarquable que la Grande Guerre 1914-1918, de la tourmente à la victoire, publié en 1989 par les historiens militaires Philippe Conrad et Arnaud Laspeyres, sur 300 pages, il est vrai richement illustrées, l’on doit se contenter dans l’annexe « la Grande Guerre au fil des événements » de ces mentions laconiques :

12 décembre : Townsend est bloqué dans Kut-el-Amara (1915).

29 avril : Townsend capitule à Kut-el-Amara en Mésopotamie (1916).

Ce qui est déjà beaucoup, car qui connaît cette bataille oubliée (1)? Nous avons tenu à combler cette lacune, alors que cette région du globe est de nouveau sous les projecteurs de l’actualité. Car à défaut de se répéter, l’histoire souvent bégaie.

Dans cette tâche, nous avons principalement été aidés par les mémoires du général de division sir Charles Vere Ferres Townshend, rédigées d’après son journal personnel et publiées sous le titre : Ma campagne de Mésopotamie (1915-1916). (Nouvelle revue critique, Paris, sans date).

Comme tous les officiers généraux, le héros malheureux de Kut-el-Amara (Southwarh, 1861; Paris, 1924) impute son échec aux autres et, dès les premières pages, dit ce que lui aurait fait à leur place, ajoutant modestement : « Bonaparte lui même eut échoué en de semblables conditions ». L’auteur fait d’ailleurs souvent référence aux campagnes napoléoniennes.

Néanmoins le témoignage du général Townshend reste irremplaçable. Abordé avec un esprit critique et en mettant entre parenthèses l’aspect « plaidoyer pro domo », il permet de se faire une opinion sur les événements, d’autant plus qu’il est rédigé avec la minutie d’un rapport militaire. Sauf indication contraire, les citations entre guillemets lui sont empruntées.



L’armée des Indes débarque en Irak


Le 5 novembre 1914, le Royaume-Uni déclarait la guerre à la Turquie. L’Empire ottoman s’étendait alors, à partir de la pointe sud-est de l’Europe (Istamboul, ex-Constantinople), sur l’ensemble du Proche-Orient. Dès octobre, des troupes britanniques avaient quitté Bombay en Inde et leurs premiers éléments débarquaient dans le golfe Persique, à Fao, le 14 novembre (c.f. carte à la page suivante).

Elles remontaient le Chat el Arab (2) et occupaient Bassorah le 22 novembre sans coup férir. Après quelques engagements à Mazera, les Turcs se repliaient en laissant 1 200 prisonniers et 9 canons : les Britanniques tenaient ainsi Kurna, « place de haute valeur stratégique au confluent du Tigre et de l’Euphrate ».

Le corps expéditionnaire se composait alors de la 12e division arrivée d’Egypte et de la 6e venue des Indes, l’ensemble étant placé sous le commandement du général sir John Nixon.

Le 23 avril, arrivant de Rawal Pindi dans le Penjab, le général Townshend prenait le commandement de la seconde de ces grandes unités, en remplacement de son chef atteint par la maladie. Il rejoignait immédiatement Kurna, avec pour mission de repousser les forces turques vers le nord.

Bien que partisan inconditionnel du « fixer-déborder », après avoir observé les positions ennemies et pris en compte la crue du fleuve Tigre, il dut se résoudre à lancer une attaque frontale avec deux de ses trois brigades d’Infanterie renforcées par de l’artillerie et appuyées par une flottille de rivière. Originalité de la manœuvre : l’infanterie deviendrait amphibie grâce à l’utilisation de « bellums », petites embarcations arabes emportant dix hommes qui lui permettraient de franchir l’obstacle constitué par les marais et zones inondées. Comme l’écrit Townshend : « à la place du général turc j’aurais infligé une sanglante défaite aux Britanniques. Nous ne dûmes la victoire qu’à sa pusillanimité… il s’enfuit dès que nous eûmes réduit ses premiers ouvrages ». Le 1er juin, l’affaire était réglée.








Une carte française des différentes populations vivant au Porche-Orient. Remarquons que les Kurdes n’y figurent pas (remplacés par les Arméniens) et que la voie de chemin de fer ne dépasse pas Bagdad, contrairement à ce qui figure sur cette carte.


D’Amarah à Kut-el-Amara en suivant le Tigre


Profitant de son succès, le général Townshend avait l’intention d’entrer à Amarah sur les talons des troupes turques en retraite. Embarqué à bord du sloop l’Espiègle et par une chaleur épouvantable, il remonta le fleuve avec sa flottille, sans attendre les troupes terrestres qui progressaient à leur rythme. Poussé par l’intrépide commandant de cette petite force navale, il abordait le 3 juin à Amarah où le gouverneur et le commandant des troupes l’accueillirent pour se rendre : la place avait été prise avec vingt-cinq matelots et soldats britanniques.

D’après le service de renseignement du Grand Quartier-Général, les forces ennemies disponibles à Bagdad, à Kut et en retraite vers cette agglomération, étaient peu nombreuses et en partie désorganisées. En tout cas elles n’étaient pas en mesure d’inquiéter sérieusement la 6e division, appuyée par de l’artillerie lourde et disposant d’avions d’observation et de moyens de liaison par TSF (3), plus sa flottille d’accompagnement. C’était tentant.

Cependant, le général ayant été, comme ses troupes, fort éprouvé par les conditions climatiques, il dut retourner en Inde pour s’y refaire une santé.

Entre temps, la 12e division du général Gorringe avait remonté l’Euphrate et pris Nasiriyeh. L’originalité géographique de la région est qu’un cours d’eau transversal, le Chat el Hai, partant de cette localité rejoint le Tigre à Kut-el-Amara : d’où l’intérêt de s’assurer de ce second confluent.

Il fallait pour cela que Townshend déloge le général turc Nurredin de ses retranchements d’Essinn, qui protégeaient la ville et étaient tenus par trois divisions. Ce chiffre ne doit pas faire croire à une disproportion des forces : l’effectif turc global n’excédait pas celui de la 6e division britannique et l’une de ces grandes unités était de réserve, l’autre composée de troupes arabes.

Le 23 août, le quartier général du corps expéditionnaire indien donnait à Townshend l’ordre d’occuper Kut-el-Amara avec sa division, cette fois au complet et même renforcée, l’effectif total étant d’environ
3 000 combattants. Le général visait même plus loin, il écrit : « J’étais prêt à endosser la responsabilité d’entrer dans Bagdad ». Mais le même se plaint dans une lettre à son supérieur sir John Nixon, datée du
 septembre, de « la faiblesse de mes moyens de transport, autre que les bâtiments de rivière ».

Des reconnaissances de cavalerie mais aussi aériennes, nouveauté dans l’histoire militaire, sont lancées à la mi-septembre. Elles déterminent que l’ennemi remue beaucoup de terre de part et d’autre du fleuve. En compensation, une route et, entre les marais, un terrain résistant large d’environ trois kilomètres, doivent permettre l’approche des troupes britanniques.

Cette fois Townshend va pouvoir satisfaire sa passion pour le « fixer-déborder », engageant dans la bataille des 27 et 28 septembre 1915 une colonne B, ou « force minimum » et une colonne A constituant sa masse principale, qui se mettant en place dans la nuit allait emporter la décision. Mais non sans peine et sans souffrance : la 6e division avait 1229 tués et blessés contre environ 1700 Turcs, auxquels s’ajoutaient 1289 prisonniers. Ce fut un soulagement lorsqu’à l’aube du troisième jour les Britanniques découvraient les défenses ennemies abandonnées.

Parmi les morts se trouvait le brave commandant Cookson, chef de la flottille, qui s’était élancé hache au poing pour couper un câble afin de permettre le passage de ses canonnières.





Le général Townshend en compagnie de son état-major. 


De Kut à Ctésiphon et retour


On ne peut s’empêcher de constater que le général Townshend avait un double langage : un tantinet matamore vis-à-vis de sa hiérarchie, il confiait à son journal ses doutes. Ainsi au 3 octobre, il écrivait : « Tenter un coup de main sur cette place (Bagdad) avec ma seule division, à 380 milles de la mer, en pays hostile qui se soulèverait à notre premier échec serait, à mon avis, une erreur impardonnable aux points de vue tactique, stratégique et politique ». Il dira par ailleurs « qu’un général est irrémédiablement perdu, qui permet aux raisons politiques d’influer sur ses motifs stratégiques ». Townshend évoque aussi le spectre de Kaboul (4) « de triste mémoire ». Mais il écrit, cette fois dans son livre : « Voyant que je doutais du succès des opérations futures, j’estime qu’il (le général Nixon) aurait dû prendre le commandement et me garder en sous-ordre ».

Toujours est-il que la 6e division renforcée par la 30e brigade d’infanterie de la flottille et des non-combattants, s’apprête à marcher sur Bagdad via Ctésiphon à l’effectif de 17 000 hommes dont 14 000 combattants. Townshend déplore n’avoir que
 500 fantassins. l écrit : « Pour vaincre, je ne comptais que sur l’infanterie ».

Dans le plan d’opération qu’il soumet le 8 novembre à Nixon, on relève :

« Objectif principal : mon but est d’attirer le gros des forces ennemies en rase campagne, de le détruire et d’occuper Bagdad » (5). Etc.

Dans le même document, Townshend avoue que sans des « circonstances défavorables » il serait entré dans Bagdad dans la foulée de sa victoire de Kut-el-Amara. Plus loin, il estime l’effectif turc devant Ctésiphon, clé de la ville : 11 000 fantassins. Cependant, dans la partie « Mémoires », le général écrit : « Mais je veux établir les faits; nous n’aurions jamais dû prendre l’offensive sur un front secondaire sans gros renforts ». C’était en effet un partisan acharné de « l’économie des forces », formule qui revient souvent sous sa plume. Puis il se retranche derrière le devoir d’obéissance.

Dans la nuit du 21 au 22 novembre, les troupes britanniques prennent leurs positions d’attaque sur la rive gauche du fleuve, face à la cité antique, mais aussi ville sainte de l’Islam (6).

Au jour, le combat s’engage, sans l’appui de la flottille tenue à distance par l’artillerie lourde turque. L’infanterie anglaise s’illustre, à la manière de la red thin line à Balaklava :

« De toute ma longue carrière militaire, je n’ai jamais vu progression sous le feu plus magistralement exécutée que celle de cette faible ligne de Dorsets, si mince, avançant au sud de VP (Vital Point) » écrit le commandant de la division.


Talonnés par les Turcs, les Britanniques décident de mettre 

en défense Kut el Amara et d’y attendre une force de secours.


Les Turcs se replient sur l’arc de Ctésiphon. La 30e Brigade d’infanterie enfonce l’ennemi à la baïonnette, et Townshend peut rendre compte à Nixon de l’évolution favorable de la bataille.

C’est alors que la brigade de cavalerie qui commençait à déborder les secondes lignes ennemies est contre-attaquée de flanc : le corps d’armée Khalil, qui est arrivé du Caucase par le fleuve sans être détecté, vient d’intervenir.

A partir de ce moment les troupes de Nureddin reprennent courage et contre-attaquent à leur tour. L’artillerie turque se déchaîne. Privés de leurs officiers tués, les troupes indiennes qui constituent le gros des effectifs de la 6e division, refluent. La victoire change de camp.

Les officiers d’Etat-major eux-mêmes doivent intervenir pour empêcher la déroute. Townshend écrit : « Malgré nos lourdes pertes je décidai de tenir sur la position initiale et de bivouaquer sur le champ de bataille ». Car celui qui couche sur le champ de bataille est réputé vainqueur.

Amère victoire, car si « les Turcs ont dû perdre beaucoup de monde », les troupes britanniques ont 4 000 tués et blessés sur 8 500 fantassins « ce qui est toujours le cas lorsqu’il s’agit d’enlever d’assaut une position fortifiée » écrit leur chef.

Au soir du 23 novembre, les Turcs repartent à l’assaut, lançant dans la nuit six attaques qui sont repoussées. Au jour, l’aviation informe que l’ennemi retraite sur Diala.

Considérant que sa division « avait atteint les limites extrêmes de l’endurance » Townshend se replie le 26 en deux colonnes de chacune deux brigades d’infanterie, la brigade de cavalerie restant indépendante.



Caricature de cavalier britannique combattant démonté dans le désert mésopotamien.



Le général adresse alors un ordre du jour à ses troupes indiennes, où il dit reculer « pour une seule raison : la difficulté d’approvisionner la division » ajoutant : « De nombreuses troupes venant de France vont arriver à Bassorah dans huit à dix jours. Elles viendront nous renforcer et nous prendrons Bagdad » (!). Dans son ordre du jour aux troupes britanniques, il reconnaît « nous étions trop peu nombreux pour mettre les Turcs en déroute ». Ajoutant : « Quand on vous parlera de Ctésiphon, vous pourrez dire : j’y étais! » Toujours l’ombre de Bonaparte.

Commence une retraite éprouvante, sous la menace de la VIe armée turque dont une reconnaissance aérienne a découvert l’avant-garde estimée à 12 000 fantassins et 400 cavaliers.

Les 28 et 29 novembre, la 6e division « souffle » à Azizieh où elle est recueillie par le 14e Hussards et un demi-bataillon détaché de la 12e division. Les blessés sont évacués par voie d’eau.

Le 30, la retraite se poursuit sur une distance d’une quinzaine de kilomètres seulement : aller plus loin serait revenu à abandonner la flottille qui, compte-tenu des méandres du fleuve et des hauts-fonds, n’aurait pu suivre le rythme des troupes terrestres, dit Townshend.

Entre temps le général Nixon avait approuvé le mouvement et, annoncé l’arrivée de renforts venant d’Inde. La réponse du commandant de la 6e division était optimiste malgré la situation : « Si l’ennemi me suit jusqu’à Kut, tant mieux. Nous pourrions, dans ce cas, espérer le détruire… » Pour l’instant il talonnait Townshend, qui s’apprêtait à faire face avec les moyens qui lui restaient.

Le 1er décembre, des forces turques qu’il estime à 12 000 hommes se présentent à environ deux kilomètres des Britanniques et entreprennent de les envelopper. Le commandant de la 6e division fait donner son artillerie et ordonne aux brigades Delamain et Hamilton de faire face. La cavalerie charge le flanc ennemi. Les troupes peuvent décrocher par échelons, manœuvrant comme à l’exercice. Mais outre 500 hommes, deux navires ont été perdus.

Commence une longue marche de plus de cinquante kilomètres, les cavaliers arabes harcelant la troupe en retraite. A la nuit, les hommes harassés s’endorment sur la route sans manger : il n’y a rien à leur donner.
 l’aube du 2 décembre, la division reprend la direction du sud-est, suivant toujours le Tigre et, après une dernière halte, atteint Kut le 3 décembre, sans avoir revu les Turcs.

« Jamais, à mon avis, troupe britannique n’a exécuté de marches plus épuisantes que celles des 1er et du 2 décembre 1915 » écrit le général Townshend.

La mise en défense de Kut-el-Amara


Avec l’accord de sa hiérarchie, Townshend décide de se retrancher à Kut en avançant deux raisons principales.

L’une à caractère défensif : la place étant située au confluent du Tigre et de la rivière Hai qui joint celui-ci à l’Euphrate à un autre point-clé, Nasiriyeh, la tenir permettait de bloquer l’avance de la VIe Armée turque, dépendante elle aussi des transports par voie fluviale. Ceci était d’autant plus nécessaire que le maréchal von der Goltz venait d’arriver à Bagdad avec un état-major pour prendre le commandement des forces en Mésopotamie.

L’autre à caractère offensif, ou plus exactement dans l’espoir d’une proche offensive : en couvrant la basse Mésopotamie la 6e division britannique devait permettre au commandant du corps expéditionnaire, sir John Nixon, de concentrer les renforts qui lui arrivaient progressivement au nord d’Amarah (7).




Le maréchal von der Goltz avait fait les campagnes de 1866 et de 1870 avant d’être chargé en 1883 de réorganiser l’armée turque.



L’attente de cette intervention sert de justification au général Townshend qui, faisant comme il en a coutume appel à des exemples pris dans l’histoire militaire, déclare que sinon « une armée ne doit pas s’enfermer dans un camp retranché… » Il voit la défense de Kut comme une « manœuvre autour d’une position centrale », déplorant que l’ennemi ne lui ayant pas laissé le temps de jeter un pont sur le Tigre, sa défense ne puisse être « active ». Il prête à von der Goltz, « bon stratège », l’intention de le fixer à Kut-el-Amara avec une force minimum et de déborder par le nord avec le gros de ses moyens pour attendre la colonne de secours à Essinn, position antérieurement tenue par les forces turques (c.f. plus haut).

De toute façon, les troupes de l’empire britannique avaient rejoint Kut dans un tel état d’épuisement qu’il n’était pas envisageable de poursuivre plus loin.

Enfin, un télégramme du 6 décembre envoyé par le commandant d’armée faisait état de la progression des Russes en direction de Bagdad : von der Goltz se trouvait ainsi menacé sur ses arrières et risquait d’être pris en tenaille.

Il allait donc falloir valoriser les défenses de la ville, qui se limitaient jusque-là à quelques blockhaus situés à un peu moins de deux kilomètres de l’agglomération, la couvrant face au nord, seule direction non-protégée naturellement par le fleuve (c.f. plan). Townshend commencera par les faire raser, estimant qu’ils n’étaient bons qu’à servir de repères à l’artillerie ennemie. Il existait aussi un « fort » en pisé situé au bord du Tigre, à l’extrémité nord-est du périmètre défensif et que les défenseurs allaient s’efforcer d’améliorer. Les blockhaus étaient de même remplacés par une triple ligne de tranchées et, faute de mieux, un pont de bateaux permettait de joindre la rive droite du cours d’eau. Son débouché sur celle-ci était bien sûr tenu par les Britanniques, qui sur la même rive, au-dessus du confluent du fleuve avec la rivière Hai, occupaient aussi le « Village de la presse à laine ».



Le général Townshend s’étant séparé de la brigade de cavalerie jugée inutile et dont la nourriture des chevaux aurait soulevé des difficultés insurmontables, les moyens disponibles étaient les suivants au 6 décembre : 7 411 fantassins, dotés de 800 cartouches par homme, répartis en quatre brigades, plus une brigade d’artillerie. our l’artillerie, « mes canons ne manquaient pas d’obus » précise le général (8).

Approvisionnements : soixante jours de vivres pour les troupes, 30 jours de grain et 57 de farine, mais seulement 17 jours de fourrage pour les animaux. Moyens nautiques : la canonnière Shaitan et une barge.

Ces forces se trouveront opposées au début du siège à quelque
2 000 Turcs appuyés par 33 canons.

Il est intéressant de relever que Townshend considérait ses effectifs comme insuffisants, d’après les critères de l’époque, pour tenir la ligne de front (9). Alors que de notre côté nous sommes surpris de voir que si l’on ajoute aux troupes les 5 à
 000 habitants de la ville, c’est près de
5 000 personnes qui vont se trouver concentrées sur quelques kilomètres carrés.

Le commandant de la 6e division avait cependant pris des mesures préventives vis-à-vis de la population : il avait renvoyé les Arabes non-domiciliés en ville, organisé une police militaire et pris vingt notables en otage, annonçant qu’ils seraient fusillés « au premier indice de trahison ». Cette menace était crédibilisée dès les premiers jours du siège où le général Townshend faisait passer en conseil de guerre et exécuter une douzaine d’indigènes pris en flagrant délit de pillage. Il dit avoir voulu évacuer l’ensemble des civils, mais que le commandement aurait pour des raisons humanitaires refusé son accord, considérant que chassés de la ville, les femmes et les enfants risquaient de mourir de faim ou d’être massacrés par les Arabes des tribus.

Dès le 4 décembre, les avant-gardes turques étaient en vue. Progressivement, l’ennemi investissait les deux rives du fleuve et se positionnait face au front nord de Townshend, malgré les tirs de l’artillerie britannique. Les Ottomans mettaient en batterie leurs propres canons et creusaient des tranchées, alors que leur adversaire avait à peine commencé les siennes. Une division franchissait le Chott-el-Hai dans un mouvement tournant, enveloppant Kut par le sud et coupant l’éventuelle ligne de retraite britannique vers l’est.

Le 9 décembre, après une préparation d’artillerie, les Turcs rejetaient de l’autre coté du Tigre le détachement qui tenait la tête de pont et ne s’était pas retranché. Le capitaine Gribbon, qui commandait les deux compagnies du 67e Punjabis chargées de la défense du pont de bateaux, se faisait tuer sur place. Il ne restait plus qu’à faire sauter celui-ci, mission accomplie dans la nuit par des équipes de destruction commandées par deux officiers, un fantassin et un marin, dans un coup de main d’une audace folle.

La journée avait coûté 199 tués et blessés aux Britanniques qui, sur la rive opposée à Kut, ne tenaient plus désormais que la distillerie et le village. L’étau se resserrait.

Le 10 décembre, les Turcs repartaient à l’attaque du front nord de Townshend, subissant de lourdes pertes. Le 11, les Ottomans se contentaient de bombarder violemment les positions britanniques, auxquels ces deux journées coûtèrent 200 tués et blessés. Ils repartaient à l’assaut le 12 décembre au matin. L’assaillant renonçait au bout d’une heure, puis lançait une nouvelle tentative le soir, sans plus de succès. Cette fois les pertes des assiégés se limitaient à 88 tués et blessés : les attaques n’étaient jamais menées jusqu’au bout. Redoutable dans la défensive, « le Turc n’est pas bon à l’assaut » remarque Townshend en se référant à l’avis de Russes. Le 13 décembre, sans que l’artillerie turque, qui avait déjà tiré quelque 5 000 obus, se manifeste, les Britanniques accusaient encore des pertes s’élevant à 122 hommes.

Cette fois, les tranchées ottomanes ne se trouvent plus qu’à 50 mètres du nord-ouest du dispositif britannique.

Avec un cynisme sans doute inconscient, le général Townshend déclare qu’à partir de ce moment le problème des munitions d’infanterie ne le préoccupe plus, dans la mesure où il perd 100 à 200 hommes chaque jour. En revanche « le nombre, si restreint, d’officiers blancs » dans les bataillons indiens l’inquiète très fort, ainsi que le moral « bien ébranlé » de certaines de ces unités. Il va même jusqu’à parler à leur sujet de « bandes armées ». De petites sorties nocturnes sont néanmoins effectuées, permettant de faire quelques prisonniers. De l’interrogatoire de ceux-ci, il ressort que Kut est assiégé par quatre divisions et que deux autres sont attendues ce qui devrait porter l’effectif des assaillants à 40 000 hommes, selon Townshend. Si les renforts britanniques étaient promis dans un délai inférieur à deux mois, les Russes eux ne semblaient pas se presser. En compensation, les défenseurs ne perdent plus qu’une cinquantaine d’hommes par jour dans cette période d’accalmie. Et leur chef a eu le plaisir de recevoir du commandant d’armée un télégramme répercutant un message de métropole disant que « Toute l’Angleterre et la France vantent votre étonnant succès et vos hauts faits ». Mais à la fin de 1915 les pays alliés avaient-ils vraiment les yeux tournés vers la Mésopotamie? Le laconisme de la presse de l’époque permet d’en douter.

Le 24 décembre, les Turcs dirigeaient sur les positions britanniques de la rive droite du Tigre des tirs d’artillerie et d’infanterie pendant trois heures. Le fort situé à l’extrémité nord des défenses anglaises était également pris à partie et ses murailles endommagées. Il était ensuite soumis à un premier assaut, repoussé. Le second était lancé dans la nuit de Noël, le 25 à deux heures du matin. Après avoir pénétré dans un bastion, les Turcs étaient contraints de se retirer. Ils y auraient perdu environ deux mille hommes pour 315 tués et blessés chez les défenseurs, plus 67 autres dans les différents secteurs. Les pertes des « Oxford and Bucks », envoyés pour renforcer la défense du fort, atteignaient 70% de l’effectif.

Le lendemain, les Turcs faisaient passer deux divisions sur la rive droite du fleuve et le 29 demandaient une suspension d’armes pour enterrer leurs morts.

Les forces ottomanes avaient beaucoup souffert, mais la position des Britanniques n’était pas plus enviable pour autant.




Le camp retranché de Kut était étroitement encerclé par un puissant dispositif turc.


Les secours approchent!


A Kut-el-Amara, on prépare l’arrivée de l’armée de secours, en vue d’« avancer sur Bagdad, toutes forces réunies ». Celle-ci doit se composer de deux divisions d’infanterie et d’une brigade de cavalerie. En revanche, les Russes, dont on espérait qu’ils prennent Bagdad à revers, n’ont manifestement pas envie de quitter la Perse voisine (10) et s’y installent.

Autour de la place, le cercle se referme et les Arabes à la solde des Turcs font des « cartons » avec des balles creuses sur les femmes et enfants arabes qui sortent pour puiser de l’eau dans le fleuve.

La guerre psychologique est déclenchée : de la « littérature de propagande » rédigée en hindoustani est retrouvée dans les barbelés protégeant les retranchements britanniques. On y engage les troupes indiennes à se mutiner, assassiner les officiers anglais et rejoindre leurs « frères Turcs ». La conséquence sera que la 1er janvier une sentinelle cipaye tire sur un officier (indien) et tente de passer à l’ennemi. Elle devait être reprise, jugée et fusillée le jour même.

Cependant l’optimisme règne : c’est ce même 1er janvier 1916 qu’Aylmer, devenu général immédiatement supérieur de Townshend, lui envoie son plan d’opérations : l’armée de secours se rassemblerait à Ali-al-Gharbi et, « si l’ennemi ne résistait pas », son avant-garde pourrait être à Kut le 4, le reste du corps d’armée rejoignant le 9 janvier.

Or l’ennemi allait y mettre de la mauvaise volonté : le 2, il bombardait « vigoureusement » le camp retranché et, dès le 3, il entreprenait de descendre le fleuve pour faire face aux renforts britanniques en aval. Dans les jours suivants c’était plusieurs milliers de combattants ottomans qui se dirigeaient vers Essinn. Les estimations du GQG britannique portent sur 11 500 fantassins et 41 canons sur la rive droite, plus 12 000 fantassins et 18 canons vers Essinn.

L’effectif total des troupes turques dans le secteur aurait été de 30 000 combattants avec 83 canons environ.

Outre la 6e division renforcée encerclée dans Kut, les Britanniques pouvaient aligner dans leurs forces de secours deux divisions indiennes soustraites au front de France, les 3e et 7e : il y avait donc parité quant aux effectifs, et un avantage aux Britanniques quant à leur qualité, connaissant la formation médiocre des combattants ottomans et leur pénurie d‘équipement (11), que la pugnacité du mehmetçik (« biffin ») ne suffisait pas à compenser.

Le premier accrochage entre les Turcs et la colonne de secours, en l’occurrence la division du général Younghusband, eut lieu le 8 janvier. On ne peut pas dire que ce fut un succès britannique. Le corps d’armée demanda alors à Townshend s’il était susceptible de l’aider par une sortie : l’assiégé n’était pas très chaud, et resta derrière ses barbelés.

Il fait alors le bilan de ses réserves, au même 8 janvier : 30 jours de vivres, une semaine de fourrage, et seulement 15 jours de thé, ce qui suppose qu’au delà les troupes de Sa Majesté britannique ne pouvaient plus combattre. En fait, elles devront se priver et tenir bien plus longtemps.

C’est aussi à la même date que sir John Nixon sera mis en congé pour raison de santé, passant son commandement au général Aylmer, et proposant Townshend pour remplacer celui-ci à la tête du corps d’armée du Tigre. C’est du moins l’intéressé qui l’affirme.

Il semble qu’après les pertes subies lors du premier contact avec la colonne de secours britannique, les Turcs se soient repliés vers Essinn, et qu’a ce moment le maréchal allemand von der Goltz, reprenant les choses en main, aurait remplacé Nureddin par Khalil Pacha qui aurait reçu pour consigne de se retrancher et ne plus reculer.

Les 13 et 14 janvier, le corps d’armée britannique attaquait les Ottomans, qui ayant subi de lourdes pertes, semblaient se replier.

De son camp retranché, Townshend faisait des supputations : vu la lenteur de la progression des secours, parviendraient-ils à le dégager avant que les Turcs se renforcent ou non? En attendant, ceux-ci renforçaient leurs circonvallations autour de Kut pour lui rendre impossible toute tentative de tendre la main au corps qui tentait de le joindre.

Et ce qui n’était pas bon signe, le 16 le feld-maréchal von der Goltz en personne, accompagné d’un état-major majoritairement allemand, venait inspecter les lignes.

C’est là que prend place un épisode caractéristique de l’esprit chevaleresque avec lequel on menait encore les guerres d’alors. Un canon britannique ouvrit le feu sur le groupe repérable que constituaient le chef allemand et son entourage, l’obligeant à s’abriter : l’officier ayant déclenché le tir se fit réprimander « sévèrement » par le général Townshend. Celui-ci explique : « J’avais un grand respect pour cet homme, le meilleur stratège d’Europe à mon sens ».

Ce même 16 janvier, la 6e division recevait la copie d’un message radiotélégraphique adressé par le général Aylmer, commandant le corps d’armée censé la délivrer, au Grand Quartier-Général. Il n’était rien moins que rassurant : le chef de la colonne de secours constatait qu’il n’était pas en mesure de faire sauter le verrou constitué par une division turque renforcée et bien retranchée, d’autant plus que la saison des pluies favorisait la défensive. Il suggérait que les forces du général Townshend franchissent le fleuve de nuit en abandonnant Kut pour se porter à sa rencontre. « L’occasion ne se représentera peut-être pas » précisait l’expéditeur.

Le lendemain, le GQG donnait un autre son de cloche : il considérait l’évacuation de Kut-el-Amara comme une « solution extrême », et à mi-mot accusait le général Aylmer de manque de pugnacité. De son coté Townshend rappelait qu’en une nuit il ne pouvait faire franchir le Tigre qu’à la moitié de ses troupes, laissant le reste derrière lui, plus les non-combattants, blessés, malades, animaux et tout le matériel lourd.

Un dialogue de sourds s’établissait alors entre le commandant du Corps d’armée et celui de la 6e division encerclée, qui lui disait ce qu’il devait faire. Ce qui de subordonné à supérieur hiérarchique est généralement mal perçu. Toujours est-il que le général Townshend n’avait aucune envie de tenter une sortie qu’il jugeait suicidaire, et références historiques à l’appui commençait à parler de « capituler à des conditions honorables ».

Enfin, le 18 janvier un message du GQG, à l’aide de calculs typiquement « Etat-major », établissait qu’au début février la totalité des forces britanniques dans le secteur, assiégés plus secours plus renforts attendus, atteindrait presque quatre divisions, et que par conséquent l’offensive pourrait être reprise, permettant non seulement de dégager les troupes encerclées à Kut, mais de tenir fermement la position.

Il était donc urgent d’attendre.


En dépit de leur infériorité matérielle, les Turcs réussirent à bloquer les secours anglais.


Kut sera-t-il dégagé?


Le 21 janvier 1916, le Corps d’armée lançait une nouvelle attaque afin de percer en direction de Kut-el-Amara. Nouvel échec sanglant. Seule la célèbre Black Watch écossaise avait réussi à pénétrer dans le dispositif ennemi, sans pouvoir s’y maintenir. Les éléments s’en mêlaient, le Tigre sortant se son lit pour envahir les premières lignes de défense de Townshend. Les vivres diminuant, celui-ci décidait de mettre ses hommes à la demi-ration et à effectuer des réquisitions dans la ville. Les perquisitions se révélèrent fructueuses, et le général y ajouta un « système de primes à la dénonciation » qui en accrut l’efficacité.

De son côté, de fait des pluies ayant entraîné la crue du fleuve dans un pays déjà marécageux, le corps d’Aylmer se trouvait littéralement englué. Ceci, ajouté à la fermeté de la défense turque, avait atteint le moral de ses troupes. Arrivés à presque un kilomètre des Ottomans, les Britanniques se trouvaient incapables de continuer la progression. Ils se résignaient donc à se mettre à leur tour en défensive dans l’attente de nouveaux renforts.

De son côté, le défenseur de Kut se déclarait toujours hors d’état de tenter une sortie, et le 23 janvier il adressait un télégramme à l’Armée et au Corps, dans lequel il envisageait trois hypothèses :

A. Tenter quand même de se dégager par la rive droite du fleuve, et marcher sur Sheikh Saad pourvu que l’on vienne à sa rencontre. Ceci supposait d’abandonner blessés et malades ainsi que le matériel.

B. Résister jusqu’à épuisement des vivres ou des munitions.

C. Négocier pour obtenir la liberté des hommes en échange de la remise de la place.

Townshend disait pencher pour la première solution, mais le commandant d’armée espérait toujours le dégager. En revanche, celui qui était sur le terrain, c’est-à-dire le général Aylmer, câblait au GQG qu’il confirmait « être dans l’incapacité d’atteindre Kut… ». Et ceci même après l’arrivée de renforts, compte tenu de l’état physique et moral de ses troupes : il signalait des cas de mutilations volontaires dans ses unités indiennes. Le commandant du Corps disait que « le mieux serait d’adopter le plan de Townshend, suggéré par moi et repoussé par le commandant d’armée » : toujours le souci de rejeter la responsabilité sur un autre, mais ici c’est l’échelon supérieur! Il demandait par ailleurs de pouvoir régler les modalités de l’opération directement avec le chef des troupes encerclées. On se dirigeait donc vers l’hypothèse « A » suivie d’un repli de l’ensemble des forces britanniques, assiégés et « libérateurs ».

L’opération était dans tous les cas hasardeuse, et dans l’immédiat Townshend faisait ses comptes de nourriture : 34 jours, plus 3 000 chevaux et mules qui étaient sa dernière ressource. Manifestement, il n’était toujours pas enthousiaste pour tenter de percer les lignes turques, arguant de risque présenté par le franchissement du fleuve grossi par les pluies. Le commandant de la place dit s’être alors laissé convaincre par son adjoint, le général Mellis, d’opter en définitive pour le plan B : résister sur place (12). Ceci d’autant plus que les dernières visites domiciliaires avaient permis de saisir des approvisionnements permettant de tenir 84 jours.

Le 25 janvier, Townshend radio-télégraphiait dans ce sens au GQG, mettant en valeur le fait que sa résistance bloquait toute avance turque, et que s’il abandonnait la place rien n’empêcherait ceux-ci de pousser jusqu’à Amarah et de prendre Nasiriyeh. Il disait aussi que tant qu’il tenait Kut, les Russes pouvaient « sérieusement menacer Bagdad ». Enfin il concluait sobrement : « La défense de Kut sauvera la province de Bassorah. Je donnerai ainsi au commandement le temps de se renforcer et de transformer en victoire un désastre menaçant ».

Le général Aylmer, qui n’était sans doute par très chaud non plus de repartir à l’assaut des positions turques, se ralliait rapidement à cette solution. Il devait de plus recevoir dans la première quinzaine de février des renforts qui porteraient ses forces à « 20 000 fusils, 1 300 sabres et 74 canons ».

De son coté Townshend faisait aussi ses comptes : depuis le début du siège, la 6e division avait perdu 2 225 hommes « sans compter les morts de maladie ».

Il allait donc s’installer dans la défensive en attendant des temps meilleurs.





Les Britanniques tentèrent à plusieurs reprises de venir en aide au camp retranché de Kut. 

Mais la résistance que leur opposaient les Turcs les condamna à l’échec. Ainsi, les forces commandées par le général Aylmer subirent de lourdes pertes en janvier et mars 1916.




Le siège de Kut se poursuit


Cette phase correspond à ce que Townshend appelle « la période des demi-rations ».

Sur le plan des effectifs il disposait encore au 27 janvier de 8 356 combattants, dont 6 430 fantassins, sur un total de 10 513 hommes, blessés inclus. La 6e division avait de plus à son service 2 908 porteurs indigènes, soit un effectif rationnaire total de 13 421. Ces chiffres ne tiennent pas compte, bien sûr, de la population civile de Kut-el-Amara.

En ce qui concerne les munitions, il restait 750 cartouches par fusil, soit presque autant qu’au début du siège. Il est vrai que le nombre des tireurs avait diminué.

Ne négligeant pas le facteur moral, le commandant de la place assiégée demandait au GQG de faire envoyer à ses troupes indoues un message d’encouragement de leurs chefs coutumiers. Dès le 3 février, il en recevait un du vice-roi des Indes, qui se concluait ainsi : « l’Inde pense à vous et à vos troupes ». C’était bien nécessaire, d’autant plus que le scorbut avait fait son apparition dans les rangs des Indiens, ceux-ci refusant de manger de la viande de cheval.

En revanche, l’arrivée en Mésopotamie de la 13e division britannique, éprouvée sur le front des Dardanelles, était espérée.

De son côté le général Aylmer télégraphiait le 6 février 1916 son plan d’opérations : dès l’arrivée des renforts, fixer les Turcs sur place et les déborder par la rive droite du Tigre avec environ 12 000 « baïonnettes » appuyées par plusieurs brigades de cavalerie et une « forte artillerie ». Si tout allait bien, il était envisagé de poursuivre les Ottomans au-delà de la rivière Hai, et dans le cas le plus défavorable de les y fixer pour permettre le repli de l’ensemble de la garnison qui passerait sur la rive droite du Tigre. La encore, un problème de franchissement serait à résoudre avec des moyens limités.

Townshend répondait le 7 : il promettait l’appui de ses canons à la manœuvre du Corps d’armée, et disait encore au commandant de celui-ci ce qu’il devait faire, tout en précisant « Veuillez ne pas prendre en mauvaise part les suggestions que je me permets de vous offrir ». Parmi celles-ci figurait l’éventualité de ne rien faire en attendant l’arrivée de la 13e division, concluant « la prudence s’impose ».

En effet, cette division ayant transité par l’Egypte n’était attendue à Bassorah que pour la fin de février. Ce qui voulait dire qu’elle ne pourrait rejoindre sa zone d’engagement qu’à la mi-mars. Date à laquelle une nouvelle division turque était attendue à Bagdad, car l’ennemi bien sûr ne restait pas inactif.

Si sur ce plan le général Townshend se montrait pessimiste : « Je savais, d’expérience, que les renforts turcs devançaient toujours les estimations de notre Service de Renseignement », sur un autre il était plutôt optimiste. En effet, apprenant l’arrivée prochaine de la 13e division, il télégraphiait au GQG « pour poser ma candidature au commandement du nouveau corps d’armée ». La suite des événements allait cruellement le décevoir.

Ceci d’autant plus que des messages adressés par le commandement au Corps d’armée le 12 février, il ressortait qu’il faudrait encore attendre pour disposer des la division britannique comme des troupes devant être acheminées depuis l’Inde. On « raclait les fonds de tiroirs » sur place en rassemblant tous les isolés disponibles. Mais ce n’est pas ainsi que l’on fait des unités opérationnelles. En conclusion la hiérarchie hésitait entre reprendre l’offensive sans plus tarder, ou attendre les renforts annoncés au risque de voir les Turcs se renforcer également. Finalement elle laissait la décision au général Aylmer « mieux placé ».

Le général Townshend se faisait donc du mauvais sang, outre le fait que les plus grandes crues, imminentes, n’allaient pas favoriser les opérations. Et l’on assistait de nouveau à un dialogue de sourds : le commandement avec le général Aylmer décidant finalement que celui-ci devait « attendre tous les renforts qui pourraient lui parvenir, dans les limites de résistance de Townshend » tandis que ce dernier répondait que « Si l’on veut délivrer Kut, il faut le faire au plus vite avec les moyens les plus puissants ».

Or c’est deux divisions turques renforcées d’artillerie qui étaient annoncées. Et le 13 février, élément nouveau, un monoplan bombardait la ville, récidivant le lendemain. Compte tenu des moyens aériens d’alors, si ce bombardement était peu redoutable sur le plan des dégâts matériels qu’il pouvait causer, l’impact psychologique a dû être énorme. La 6e division se trouvait ainsi assaillie par les trois dimensions.

Seul point positif : le même 13 février 1916, un télégramme annonçait au commandant de la place que l’imam de Delhi autorisait la consommation de la viande de cheval, à condition que les animaux soient égorgés rituellement.

Le général Townshend recevait par ailleurs des réconforts : le 16 février un message du Roi-Empereur, dont il faisait un ordre du jour spécial, parlant de la « vaillante lutte des troupes placées sous vos ordres… »; et le lendemain c’était au tout du général Baratoff de câbler : « Je suis heureux de partager avec vaillant corps d’armée anglaise en Mésopotamie la joie de la prise d’Erzeroum par notre armée ».

Il n’est pas inutile de préciser que le chef russe avait rédigé ce texte en français. De même lorsque les Britanniques s’entretenaient avec des officiers turcs, c’était dans notre langue, Townshend signalant le cas unique d’un de ceux – ci qui comprenait l’anglais. Et lui-même répondra à Baratoff en français.

Malheureusement ceci ne changeait matériellement rien à la situation des assiégés : à la fin-février, les Turcs disposaient d’environ 30 000 hommes, dont 10 000 tenaient toujours en respects le corps d’armée de secours depuis leurs positions d’Hannah. Celles-ci auraient-elles été perdues ou tournées, les Ottomans pouvaient retenir l’assaillant sur les retranchements d’Essinn, qui on s’en souvient, dataient de la bataille de septembre 1915. D’ailleurs les conditions météorologiques avec les inondations qu’elles avaient provoquées, limitaient strictement les mouvements.

Lueur d’espoir : le 21 février, Aylmer prévenait Townshend qu’il allait avec tous ses moyens lancer une attaque-surprise le lendemain sur les positions d’Hannah, en aval d’Essinn.

Le 22 au matin, les assiégés entendaient le bruit d’une « forte canonnade » vers l’est, écrivait leur chef dans son journal. Mais les Turcs allaient s’accrocher au terrain « leurs officiers derrière eux, revolver au poing, abattant tout homme faisant mine de se replier » selon le commandant de la 6e division. Et dans la nuit suivante, c’était les Ottomans qui attaquaient le village de la distillerie, sans néanmoins aller au corps à corps, si bien que les Britanniques tenaient toujours la position au lever du jour.

Mais c’est pour « assurer ses arrières » que le général Townshend radio-télégraphiait le 26 février au GQG : il demandait à celui-ci de ne pas repousser en appendice de son rapport ses instructions générales lors de la bataille de Ctésiphon, car elles montraient « que j’avais attiré l’attention de mes chefs sur le danger d’une avance avec des effectifs aussi faibles que les miens ». Avec des moyens supérieurs, il aurait dispersé l’ennemi et occupé Bagdad, disait-il.

Pour l’instant la 6e division et son commandant se trouvaient toujours encerclés à Kut tandis que le corps d’armée se préparait à faire de nouveaux efforts désespérés pour les délivrer, cette fois en attaquant directement les positions turques d’Essinn.

Au 1er mars, Townshend faisait de nouveau ses comptes : il avait perdu 2 929 hommes depuis le début du siège. De son coté Aylmer annonçait que le mauvais temps l’obligeait à différer son attaque au
 mars.

C’est finalement le 8 mars 1916 au matin que le corps faisait donner son artillerie. Puis tentait d’enlever la redoute Dujailah d’où des tranchées rejoignaient la rivière Hai. En vain, les Turcs renforçant le point menacé. De son côté, Townshend attendait de voir les premières troupes britanniques apparaître, pour franchir le Tigre et les appuyer. Son attente fut bien sûr déçue, et il se contenta d’observer les mouvements ottomans.

Le 9 au matin, un avion anglais survolait Kut et larguait un message : le corps annonçait son échec accompagné de lourdes pertes, et concluait « nous serons obligés de rétrograder sur Wadi ».




En dépit de 108 canons et de 29973 combattants, les forces de secours britanniques ne purent s’ouvrir un chemin jusqu’à Kut pour délivrer 

les assiégés.


Kut-el-Amara tiendra t-il?


Compte tenu des circonstances, le général Townshend décida alors de faire abattre mille bêtes pour assurer la subsistance de la garnison. Simultanément, il envoyait un message au commandant du Corps d’armée, l’accusant en termes à peine voilés de s’être laissé intimider et de ne pas avoir fait tout le nécessaire pour le secourir. Il concluait par ces mots : « J’espère que le prochain effort tenté pour notre délivrance sera décisif ».

Le 10 mars, Aylmer faisait savoir qu’il avait rejoint Wadi sans problème, tandis que l’Armée lui annonçait l’arrivée de renforts, en fonction des bateaux qu’il pourrait faire descendre sur Bassorah.

Mais le même jour Khalil Pacha « commandant des troupes ottomanes d’Irak, gouverneur de Bagdad » adressait une lettre – rédigée en français – au général Townshend. Il y faisait un bilan de la situation et rendait hommage à son adversaire : « vous avez héroïquement accompli votre devoir militaire ». Ceci pour conclure qu’il avait le choix de résister « ou bien vous rendre contre mes forces, qui se multiplient de plus en plus ».

Le Britannique répondait tout aussi courtoisement qu’il espérait « un prompt secours ». Mais il était conscient de la situation, et que la famine le forcerait à capituler. Il évoque alors à titre de « cas concret » la défense de Belfort par Denfert-Rochereau qui avait obtenu de quitter la place avec armes et bagages : il aurait voulu obtenir les mêmes conditions. Le GQG, toujours optimiste, ne l’entendait pas de cette oreille, mais fit suivre au ministère de la Guerre. Et le 12 celui-ci remplaçait à la tête du Corps d’armée Aylmer par le général de division Gorringe. Ceci ressemblait à un limogeage sans gloire.

De son côté le commandant de la
e division ne semblait pas mieux en cour aux échelons supérieurs : le 16, l’Armée lui transmettait un message du chef d’état-major général de l’armée des Indes où celui-ci disait : « Jusqu’à quelle date Townshend peut-il tenir?.. Il a modifié trois fois ses prévisions et toutes nos opérations sont fonction de cette date ».

L’intéressé répondait : « Le 15 avril est la date définitive ».

Le nouveau commandant du Corps faisait alors son bilan : l’attaque du 8/9 mars avait coûté 513 tués, 2 508 blessés et 455 disparus, ce qui donne la mesure des efforts faits pour dégager Kut. Il restait cependant au général Gorringe 29 973 combattants appuyés par 108 canons.

Dans la place assiégée, la situation empirait du fait des ravages de la maladie : dans son message du 29 mars, Townshend dénombrait 580 cas de scorbut chez les Indiens et annonçait des vols « commis par les soldats et les Arabes ». Et il s’impatientait manifestement.

L’attaque de la dernière chance


Le 31 mars 1916, le général Gorringe adressait un message qui se voulait rassurant. De son côté Townshend faisait valoir qu’avec les effectifs dont celui-ci disposait il ne devrait pas avoir besoin du soutien de la garnison, affaiblie par quatre mois de siège et littéralement à bout de forces. Mais il ferait de son mieux.

On en était en effet à faire cuire de l’herbe pour la manger, ce qui provoquait des diarrhées parfois mortelles. Un général de brigade succomba ainsi. Et il restait dans la place une population d’environ 6 000 individus désormais persuadée de la victoire turque. Townshend la tenait en respect « en en fusillant un, de temps en temps, pour espionnage ou vol… »

Enfin, le 1er avril, la 13e division britannique arrivait pour relever la 7e dans ses tranchées face à Hannah, la 3e étant positionnée sur la rive droite du Tigre.

Le 5 avril au matin, l’attaque décisive était lancée. Les premières lignes turques étaient enlevées. Les assiégés soutenaient l’opération du tir de leurs canons qui prenaient pour cible les ponts et bacs permettant aux Ottomans de franchir les deux cours d’eau. Sans grand effet. Les combats se poursuivaient le 6, et l’eau montait, envahissant les tranchées amies et ennemies. La radio-télégraphie fonctionnait mal, du fait des « interférences atmosphériques ».

Le 7 avril, les assiégés apprenaient enfin que le Corps d’armée avait obtenu quelques succès dans son offensive, et en entendant rouler le canon reprenaient courage. Le même jour Townshend envoyait un long message de justification au sujet de son offensive manquée sur Bagdad…

Le 8, Gorringe lui télégraphiait : « L’attaque aura lieu demain à l’aube et nous espérons nous emparer de la position de Sannaiyat ».

Le 9 à l’aube, l’attaque était lancée comme prévu par la 13e division. Elle était bloquée à moins de 300 mètres des positions ennemies. Et les Britanniques s’installaient alors en défensive.

Cette fois la partie semblait jouée.

Le commandant de la 6e division proposait, si les Turcs se refusaient à toutes concessions, de tenter une sortie désespérée avec quelques centaines d’hommes « les plus utiles », soit état-major et spécialistes. Et dans le même temps il réduisait encore les rations alimentaires.

C’est alors que fut effectuée ce qui est sans doute la première tentative de ravitaillement d’une place assiégée par voie aérienne. Mais les besoins de la garnison étaient disproportionnés par rapport aux moyens disponibles : Townshend demandait quotidiennement 5 000 livres d’approvisionnements. De plus les conditions atmosphériques s’en mêlèrent. Cependant le 15 avril 3 350 livres de vivres étaient larguées, mais seulement 1 333 le lendemain. Le commandant de la 6e division demandait alors qu’on lui envoie 50 tonnes d’approvisionnement par un vapeur qui devrait forcer le passage.

Le 17 avril, le Corps d’armée recevait des renforts qui portaient ses effectifs à
 29 000 baïonnettes, 1 500 sabres et 133 canons ». Il repartait alors à l’attaque, mais sans guère d’autre succès que de prendre le contrôle des canaux d’irrigation qui avaient permis aux Ottomans d’aggraver l’inondation des environs : malgré des pertes effrayantes, conduits par des officiers allemands les Turcs contre-attaquaient à chaque fois.

Si bien que le 22 avril, le GQG radio-télégraphiait :

« Regrette vous informer qu’attaque de la position Sannaiyat a été repoussée par l’ennemi, Gorringe poursuit ses efforts ».




Entrée des troupes britanniques et de leurs prisonniers à Badgag en mars 1917.


La reddition de Kut-el-Amara


Le dernier espoir de la garnison était d’être ravitaillée par le fleuve.

A minuit, entre le 24 et le 25 avril, le vapeur « Julnar » appareillait. Il portait 270 tonnes de vivres. Rapidement décelé, il était canonné sur tout son parcours. Les Turcs avaient tendu une chaîne en travers du Tigre : elle se prit dans l’hélice du bateau qui s’échoua. Le lieutenant de vaisseau Firman de la Navy était tué, le capitaine de corvette de réserve Cowley qui l’assistait mourra de ses blessures. Certains prétendront : fusillé par les Turcs.

Le même jour Townshend était autorisé à entrer en pourparlers avec l’ennemi.

Dès le lendemain il rencontrait Khalil Pacha sur le Tigre.

Celui-ci connaissait les ravages du scorbut dans les rangs des défenseurs et savait qu’ils étaient près de mourir de faim : il n’admit aucune condition, proposant seulement au général britannique de le laisser partir seul s’il livrait son matériel intact.

Celui-ci refusa évidemment, et après avoir fait détruire ses canons, munitions, matériels et postes de TSF, il rendait la place le 29 avril 1916.

Pour le reste le chef turc fit preuve d’une grande courtoisie, comme en témoigne le général Townshend :

« Enfin, je priai Khalil Pacha d’envoyer Spot, mon fidèle fox-terrier, aux lignes britanniques, à mon ami sir Wilfred Peek, qui se chargera de le ramener chez moi… Il avait tué plus d’un rat durant le siège.
l rentra sain et sauf en Angleterre, j’eus le plaisir de le retrouver dans ma maison de Norfolk, à mon retour ».

Trois pages plus haut, le même écrivait : « Vingt hommes mourraient de faim chaque jour ». Cette insensibilité aux souffrances de la troupe choque aujourd’hui. n revanche, à l’époque personne n’aurait imaginé que l’on puisse envisager une guerre « zéro morts ». ’ailleurs, n’est-ce pas une simple formule de propagande?


Louis-Christian Gautier