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vendredi 7 mai 2010

Retour à Djibouti

Des légionnaires héroïques. Le lieutenant de Montfalcon du 6e Régiment étranger d’infanterie en décembre 1940 à Homs en Syrie. 

Un de mes lecteurs réguliers m'a informé d'un rebondissement dans une affaire qui nous avait bien occupés l'an passé : la mort accidentelle en 2008 d'un légionnaire lors d'un exercice à Djibouti qui a abouti à la mise en examen du jeune lieutenant commandant la section du de cujus.

Des sources proches de l'instruction ont communiqué à la presse les résultats du rapport d'experts qui conclut à la mort du légionnaire par « coup de chaleur » en excluant toute responsabilité directe du lieutenant commandant la section.

Ces décès au cours d'exercices sont inévitables si l'on cherche à reproduire les conditions du combat. On peut seulement les réduire autant que possible en veillant à la forme physique et mentale des participants. Cela explique qu'en temps de paix, les morts de cette nature son rares.

À l’époque, l'affaire avait attiré mon attention en raison de l'attitude de la hiérarchie à l'égard du lieutenant qui commandait la section. L'institution militaire avait fait l'impossible et même un peu plus pour transformer le jeune officier en bouc émissaire.

A la notable exception de Valeurs Actuelles, les porte-voix du ministère dans les médias ont relayé à fond la bonne parole de l'Etat-Major. Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans la chose militaire, a même commis un article de deux pages dans les colonnes de Libération démolissant le jeune homme dans un exercice d'attaque ad hominem particulièrement répugnant.

Voici ce que j'écrivais :

Pour l'Armée, la situation devient difficile à gérer. A l'appui de la version officielle, le journaliste de Libération Jean Dominique Merchet a publié le vendredi 9 janvier un long article dans lequel ont comprend qu'il a eu accès non seulement à des informations venues en droite ligne du dossier d'instruction, mais qu'on lui a ouvert en grand les portes du 2e REP où des mous du genou triés sur le volet ont avalisé la fable d'un lieutenant marginal, mal intégré, pleurant dans son coin, instable et capable de tout. Ce flingage à vue, dans lequel le point de vue de l'incriminé est expédié en deux lignes est très inhabituel et semble un exercice imposé.

De quoi je me mèle, peut-on m'objecter. Ce blog n'est-il pas en priorité consacré à des questions historiques et culturelles ?

Je ne suis pas militaire et mon expérience de la guerre se limite à un court séjour en zone d'opérations en Afrique et un autre sur un front du Moyen Orient. Pas de quoi me vanter mais assez pour savoir ce que l'on ressent sous le feu.

J'ai plutôt réagi en pensant à mes ancêtres. A ce gabier qui balançait des grenades sur l'ennemi à la bataille d'Ouessant, à ce canonnier qui a étrillé l'Anglais à la Chesapeake, à ce fusilier à pompon rouge qui a enrayé l'assaut des bataillons d'étudiants allemands dans les marais des Flandres, à celui qui s'est arc-bouté sur le Grand Couronné de Nancy pour bloquer l'avance ennemie, à ce poilu qui a tenu le coup à Verdun ou sur la Marne ou, plus récemment, à cet aviateur qui s'est battu contre la Luftwaffe en 1940 ou encore à ce marsouin qui a connu un sort tragique le long de la RC4.

C'est en ayant à l'esprit tous ces hommes dont le sang coule dans mes veines que j'ai pris la plume pour défendre l'idée que je me fais de l'armée et du rôle des officiers.

Très bref rappel des faits. Le 5 mai 2008, la 2e section de la 1re compagnie du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP), en tournante à Djibouti, détachée auprès de la 13e DBLE, prend part à l'exercice Bour Ougoul 2008 sur le terrain désertique de l'ancien territoire des Afar et des Issas, ce petit bout d'enfer où l'Armée française fait ses classes.

Au cours de l'exercice, le légionnaire Jozef Svarusko refuse de poursuivre la progression en prétextant une douleur au genou. Il ne s'est pas fait mal en marchant et son genou semble fonctionner parfaitement. Verdict des gradés qui en ont vu d'autres : c'est un simulateur. Les sous-officiers forcent le légionnaire à reprendre la mission car il est impossible d'abandonner un homme seul au milieu du désert ni de renoncer à l'objectif fixé par le commandement. Deux cents mètres plus loin, il s'arrête une fois de plus. Il est remis en route d'autorité mais il parcourt une courte distance avant de s'arrêter à nouveau. Ce petit jeu se poursuit un certain temps et le jeune officier commandant la section intervient. Il aurait frappé à son tour le légionnaire une fois et vidé sa gourde d'eau. Visiblement, le coup de gueule du chef a de l'effet car le légionnaire poursuit avec peine l'exercice avant de s'écrouler et finalement décéder en dépit de l'arrivée des secours appelés par le chef de section.

Vous pouvez retrouver sur ce blog des posts assez détaillés qui reprennent l'affaire telle que peut la connaître un observateur qui ne dispose pas d'autres sources que ce qu'il peut trouver dans la presse et sur le net. Les liens sont en fin de post.

Il suffit de savoir que le jeune lieutenant a été emprisonné quelque temps à la Santé et qu'il a été chassé ignominieusement de l'Armée par décret présidentiel.

L'institution pensait avoir réglé l'affaire en passant la patate chaude à la justice. Grave erreur.

L'ex-officier n'a pas voulu se laisser sacrifier sans se défendre. Grâce à une étude pointue du dossier et à l'intelligence de ses avocats, les failles nombreuses sont apparues et tout récemment, Dominique Merchet (qui semble avoir procédé sur ce dossier à un périlleux exercice de rétropédalage) a rendu compte des conclusions du rapport d'experts qui concluent que la mort du légionnaire était due à un coup de chaleur.

Mort d'un légionnaire à Djibouti en 2008 : les experts concluent à un coup de chaleur

Le légionnaire Jozef Svarusko, dit "Talas", mort au cours d'un exercice à Djibouti, le 5 mai 2008, est décédé dun "coup de chaleur". C'est ce que confirme un rapport d'expertise, en date du 9 décembre 2009, rédigé par quatre médecins pour le compte de la juge d'instruction du Tribunal aux armées de Paris, et dont ce blog a eu connaissance.

Les "traumatismes superficiels" constatés lors de l'autopsie de la victime, âgée de 25 ans, ne sont "en aucun cas susceptibles d'avoir entrainé la mort ou même d'avoir participé au processus de décès" concluent les experts. Les coups ne sont donc pas responsables de la mort du légionnaire.

On sait que quatre gradés, dont le lieutenant Médérick Bertaud, sont mis en examen dans cette affaire pour "actes de torture et de barbarie ayant entrainé la mort sans intention de la donner". Un sergent et un caporal-chef sont en fuite, sans doute rentrés en Amérique latine, dont ils étaient originaires.

Comme nous le racontions à l'époque, avec de nombreux détails, le comportement du lieutenant, jeune chef de section au 2ème REP, est au coeur de l'enquête judicaire. Cet officier reconnait avoir vidé la gourde et les deux bouteilles d'eau du légionnaire, qui peinait à suivre la colonne progressant dans une zone très aride, par forte chaleur. L'officier reconnait également avoir donné un coup de poing au jeune slovaque; suffisamment fort pour que la victime vacille, sans toutefois tomber. Le rapport des experts parle d'une "ecchymose sur la région frontale gauche". L'officier a également insulté le légionnaire qui refusait de poursuivre en ces termes : "Relève-toi, sale merde !" Un comportement qui fait dire au chef d'état-major de l'armée de terre que le lieutenant Bertaud "n'a pas sa place chez nous".

Mais il est clair aujourd'hui que ce ne sont pas les coups qui ont provoqué la mort du légionnaire. Le fait d'être privé d'eau pendant plus d'une heure a-t-il provoqué le coup de chaleur ? Le rapport des experts n'en dit rien. En revanche, "le diagnostic porté avec certitude" indique que "l'arrêt cardio-circulatoire est sruvenu de façon brutale. (...) Ce coup de chaleur est secondaire (consécutif, ndlr) à un exercice intense chez un malade en surpoids et mal entrainé".

Cette conclusion est grave. Talas est présenté comme un "malade en surpoids et mal entrainé". Il est clair qu'il n'avait rien à faire dans une compagnie de combat d'un régiment parachutiste. Qui plus est au cours d'un exercice dans le désert. Tous ses camarades trouvaient que "Talas ne suivait pas". Il y a eu manifestement un problème de sélection puis d'orientation de ce jeune slovaque. Le comportement de son officier est inexcusable, mais la faute est sans doute plus collective - c'est en partie celle de l'institution. Car le légionnaire Talas n'aurait jamais dû être là où il était ce jour-là.

Dominique Merchet oublie quelque chose d'important : le rapport de la Gendarmerie établit que le légionnaire a pu boire toutes les demi-heures.

Le lieutenant, qui a suivi en cela ses sous-officiers, a cherché par tous les moyens à motiver un homme malade et trop gros pour être affecté à une unité de combat.

L'officier n'est pas un gentil organisateur en mesure de tout arrêter si un vacancier à bobo au genou. Le lieutenant avait une mission à remplir en utilisant les moyens mis à sa disposition par le commandement : matériels en état de fonctionner, hommes en état de marche et armes bien pourvues en munitions.

Les moyens que le lieutenant a choisis pour faire bouger son traînard, il n'en disposait pas de beaucoup d'autres, ne me semblent pas en contradiction avec le niveau d'exigence d'une unité d'élite. Je l'ai vu faire en Afrique (un tout autre contexte et une toute autre armée, je le concède).

Des soldats qui n'étaient pas des mous du genou.

Il est probable que l'idée que je me fais d'une unité d'élite (et selon toute vraisemblance ce jeune lieutenant aussi) n'est plus valable aujourd'hui. Il est possible aussi que la société toute entière ait subi un amollissement général.

Je me souviens que scout randonneur de 18 ans, voici une trentaine d'années, au cours d'un raid particulièrement rude dans les Vosges, j'ai connu quelques moments de faiblesse qui ont ralenti la progression de mon groupe. Notre chef de patrouille, un rude gaillard, m'a secoué, tant verbalement que physiquement, et cela m'a motivé suffisamment pour que je me resaisisse et reprenne la progression.

Ce que le jeune officier a fait durant l'exercice relève d'un mauvais théâtre qui a certainement pu heurter l'amour-propre du légionnaire mais guère plus.

Les causes de la mort du fantassin sont à rechercher ailleurs.

Nous l'avions écrit ici même. En toute logique, s'il tient compte des conclusions du rapport d'experts, le magistrat instructeur devra se poser des questions sur la chaîne de commandement responsable de l'affectation du légionnaire inapte au combat dans une unité… de combat !

Voici ce que j'écrivais voici un an :
D'après des rumeurs qui circulent parmi les militaires d'active, la hiérarchie a voulu sacrifier la peau de ce lieutenant pour que ne soit pas mise en cause la responsabilité du capitaine et celle du responsable sur place, à Djibouti.

Bref, la patate chaude a été relancée par les défenseurs du lieutenant dans le camp de l'Armée. Une question taraude tous ceux qui s'intéressent à cette affaire : que se passe-t-il au sein de la 13e DBLA pour qu'ils aient voulu étouffer leurs dysfonctionnements en sacrifiant un bouc émissaire ?

Le vent commence à tourner et il ne souffle plus dans la direction augurée par les huiles de l'état-major. J'en veux pour preuve l'évolution du journaliste de Libération Dominique Merchet qui, sans se couper de ses sources privilégiées, cherche à préserver sa crédibilité. Son dernier post est éclairant.

Polémique sur la mort d'un légionnaire à Djibouti : au delà des passions (actualisé)

La mort du légionnaire Talas lors d'un exercice à Djibouti, le 5 mars 2008, et l'enquête judiciaire qui s'en suit, suscitent de nombreuses réactions souvent passionnées. Que peut-on en penser ?

1) Un homme est mort et c'est l'essentiel. Un jeune slovaque s'était engagé dans la Légion étrangère et, à ce titre, servait la France. Il est mort bêtement au cours d'un exercice. Ne l'oublions pas. Certains le passent un peu vite par pertes et profits, préferant, par corporatisme, s'indigner du sort d'un jeune officier frais émoulu de Saint-Cyr.

2) Un jeune officier (…) voit sa carrière brisée (il a été radié de l'armée de terre) et a connu la prison dans l'attente de son procès. C'est déjà beaucoup. Son comportement a-t-il entrainé la mort du légionnaire ? Nous n'en savons rien et c'est même pour cela qu'il y aura un procès, avec une instruction, des experts et des avocats de part et d'autres ! Laissons la justice trancher. En attendant, une chose est sûre : son comportement n'a pas été honorable. Un officier - c'est en tout cas l'idée qu'on s'en fait - ne doit pas insulter, frapper et priver d'eau l'un de ses hommes.

3) Ce drame est né de la rencontre de deux hommes, qui n'avaient peut-être pas leur place dans cette section du 2ème REP. Tous les témoignages le confirment : Talas n'était pas au niveau, il ne suivait pas. Quand au lieutenant, son comportement n'était pas celui que l'armée de terre attend de ses jeunes chefs de section. Le problème est donc le suivant : que faisaient-ils là tous les deux ? Ce n'est pas remettre en cause l'armée de terre que de s'interroger. Ont-ils été bien sélectionnés, bien formés, bien orientés ? Si l'on répond par l'affirmative, comment expliquer les faits ? Faut-il rejeter l'entière responsabilité sur le lieutenant Bertaud ? Ce serait une autre forme de corporatisme, aussi détestable que la première que d'affirme r: l'institution est par nature innocente et il n'y a que des brebis galeuses.

4) Un journaliste n'est pas un juge. Je donne des éléments sur une affaire dont nous ne nous pouvons espérer avoir tous les éléments que lors du procès. Lorsque nous donnons des informations, nous le faisons avec un seul souci : leur véracité et leur exactitude. Quant à l'effet qu'elles produisent, si on ne peut l'ignorer, il ne devrait jamais dicter la décision de les communiquer ou non.

PS : je propose un cessez-le-feu dans le débat (sic) sur les vertus des Saint-Cyriens. Un peu de calme et de tenue fera du bien à tout le monde. Pour être clair, et jusqu'à nouvel ordre : les commentaires agressifs sur ce sujet ne seront plus mis en ligne.


L'an dernier, un des lecteursde Dominque Merchet, répondant au pseudonyme d'Alouette, en réagissant à l'article douteux que Merchet avait consacré à la personnalité de l'officier mis en cause, écrivait le lundi 12 janvier 2009 un commentaire révélateur sur le délicat exercice d'équilibriste auquel est soumis le journaliste.:

Lire entre les lignes
Excellent article. À première vue, il épouse la thèse de l’armée (« le châtiment d’un lieutenant tortionnaire »). À y regarder de plus près, il multiplie entre les lignes les avertissements au lecteur :
1) Il signale dès sa deuxième phrase que l’armée est désireuse de communiquer sur l’affaire (pas d’omerta militaire, bien au contraire).
2) Il ne dissimule pas que ses informations proviennent de la hiérarchie militaire, dont chacun se doute bien qu’elle n’est pas devenue tout à coup un modèle de transparence et de sincérité.
3) Il rappelle, par l’adverbe « vraisemblablement » (se non e vero e ben trovato ?), que la relation entre la privation d’eau, l’éventuel coup de chaleur et l’hémorragie interne dont est mort le légionnaire S. n’est à ce jour qu’une hypothèse – une hypothèse sur laquelle repose tout le reste de l’affaire.
4) Il laisse comprendre en évoquant des détails futiles (dégradation de véhicule, chaussures pas réglementaires) que l’armée a quelque peine à dresser un portrait du lieutenant B. en tortionnaire.
5) Il confirme le lâchage du lieutenant B. par l’armée en citant in fine une phrase quasi-courtelinesque du chef d’état-major (on lâche pas… mais on lâche quand même), qui pourrait figurer dans un florilège de littérature antimilitariste. Il la ponctue même d’un « fermez le ban » qu’on peut prendre pour ironique.
6) Il évoque nettement une pression exercée par l’armée sur la justice en faveur d’une mise en examen du lieutenant B. et de trois autres légionnaires.
7) Il avance même un début d’explication à l’attitude de l’armée : elle aurait voulu faire un exemple pour prévenir de futures bavures en Afghanistan.
M. Merchet, qui est un journaliste de talent, n’a sûrement pas semé tous ces signes de piste par hasard. Soucieux de ne pas s’aliéner ses sources militaires, il a rendu compte de leur version de l’affaire. Mais honnête envers ses lecteurs, il leur a aussi donné assez de clés pour la décrypter.
Le magistrat en charge de l'instructeur est bien au fait de la chose militaire.
Dans quelques mois, le magistrat instructeur va rendre une décision concernant le jeune inculpé. Je m'incline à penser que son affaire sera requalifiée pour prendre en compte les conclusions du rapport d'experts qui l'exonère de toute responsabilité directe dans la mort du légionnaire.

En attendant, en raison de l'incurie du commandement, deux vies ont été brisées. La première, celle du légionnaire inapte qui n'aurait jamais dû être affecté à la section en vue d'un exercice très dur. La seconde, celle d'un jeune homme, idéaliste, qui avait destiné sa vie au service des armes de la France.

Mais, qui sait, ce jeune homme possède peut-être les ressources nécessaires pour renaître à une nouvelle vie. Espérons qu'il ait fait le bon choix, celui de tourner la page.






Pour en savoir plus :

1 • La légion sur la sellette

2 •L'ex-chef de corps des mous du genou mis en cause

5 • Libération flingue à vue

vendredi 10 avril 2009

Le Christ débarque à Malaga

Dans le cadre des célébrations de la Semaine sainte, la Légion étrangère espagnole participe aux processions  avec son Christ de la bonne mort.

On voit ici les légionnaires transportant à Malaga un Christ sur la croix à dos d'homme.


samedi 21 février 2009

L'état-major se défend comme il peut

Légionnaire français en Afghanistan, photographié par l'USMC.

J.-D. Merchet se prête à nouveau à son rôle de porte-voix préféré de l'état-major. Il publie sur son blog un entretien avec Louis Pichot de Champfleury, commandant de la Légion étrangère, lequel tente de limiter les dégâts après les révélations de Michel Bavoil, patron de l'ADEFDROMIL.

«La Légion étrangère n'est pas une zone de non-droit» nous dit son commandant

L'association de défense des droits des militaires (Adefdromil), présidée par le capitaine en retraite Michel Bavoil, vient de publier un "Rapport sur les droits de l'homme dans l'armée française", dans lequel elle s'en prend très violemment à la Légion étrangère. Parlant de "quasi-servitude" des Légionnaires, le capitaine Bavoil expliquait ainsi au Figaro.fr que "la Légion fonctionne sur un système de pression. Les gars sont retenus par la force et la menace, il faut le savoir : sinon, 85% d'entre eux se sauveraient".

Secret-Défense a demandé au général Louis Pichot de Champfleury, commandant de la Légion étrangère (COMLE) de répondre à ces accusations graves. Voici l'entretien exclusif avec le "Père Légion".

Vous êtes accusé par l'Adefdromil de violer les droits de l'homme au sein de votre institution. Pour beaucoup, la Légion est un univers opaque. Qu'en est-il ?

Lorsque je lis les propos du capitaine Bavoil, j'ai l'impression que le droit commun ne s'applique pas chez nous, que les légionnaires sont soumis au bon vouloir de leur chef. Rassurez-vous: je ne suis pas un général qui fait ce qu'il veut. Nous ne sommes pas une zone de non-droit. D'abord parce que la Légion est partie intégrante de l'armée de terre et que nous sommes régis par les mêmes textes, à savoir le statut général des militaires qui date de 2005. Il y a en effet un statut particulier pour les hommes qui servent chez nous "à titre étranger". Leur statut a fait l'objet d'un décret pris en Conseil d'Etat en septembre 2008. Or, le Conseil d'Etat n'a pas la réputation de traiter avec légereté les règles de la République...

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes? Le rapport cite pourtant des cas particuliers douloureux...

Le rapport contient beaucoup d''affirmations approximatives, voire erronées. Ainsi lorsqu'il affirme que devant un conseil d'enquête, le légionnaire n'a pas le choix de son défenseur. C'est simplement faux. Mais, attention, je ne dis pas que dans une collectivité de 7600 hommes, nous n'avons pas de temps en temps une part de responsabilité dans des erreurs administratives ou de gestion.

L'Adefdromil s'en prend particulièrement à "l'identité déclarée" sous laquelle s'engage tous les légionnaires et qui les placerait dans une situation de "quasi-servitude" par rapport à la hiérarchie. De quoi s'agit-il ?

Depuis que la Légion étrangère existe (1831), on s'y engage sous une identité déclarée, c'est-à-dire une autre identité que la sienne. Si nous avons maintenu ce principe, ce n'est pas par respect des traditions mais pour de bonnes raisons, que le Conseil d'Etat a reconnu. D'abord le principe d'égalité entre les engagés. Nous ne voulons pas de discrimination entre les "francophones" [citoyens français - ndlr] et les autres. En effet, pour des raisons de sécurité, nous vérifions l'idendité réelle des gens qui s'engagent chez nous. Il nous faut en moyenne un an pour nous assurer de la véracité des déclarations faites lors de l'engagement. Nous vérifions par exemple que l'engagé n'est pas recherché par la police de son pays pour un crime commis à la veille de la signature de son contrat. Cela prend du temps, car cela se passe souvent dans des pays lointains. Pour nous, l'identité déclarée est une phase d'entrée. Au bout de trois ans, 80% des légionnaires ont repris leur vraie identité. Dans l'ensemble de la Légion, nous n'avons qu'une cinquantaine de légionnaires avec plus de cinq ans d'ancienneté qui servent sous "identité déclarée". Retrouver son identité est un processus long car nous demandons des papiers fiables, certifiés, pas des photocopies. Il faut des traducteurs habilités, etc... Pour nous, la simplicité, c'est que les engagés servent sous leur identité réelle.

Avez-vous des difficultés de recrutement ?

En 2008, nous avons recruté 1000 légionnaires et nous avons eu 8000 candidats. Donc, huit candidats par poste. Les meilleurs agents recruteurs sont les anciens légionnaires rentrés dans leur pays d'origine.

Quelle est l'origine des légionnaires ?

Un tiers d'Europe occidentale, dont la France, un tiers d'Europe de l'Est et un tiers du reste du monde - qui se décompose entre 10% d'Amérique latine, 10% d'Asie et 10% de l'ensemble Maghreb, Afrique, Moyen-Orient. Nos effectifs sont de 7600 dont 7200 servent "à titre étranger", parmi lesquels on compte 40 officiers et 1700 sous-officiers.

La Légion est connue pour la fréquence des désertions. Qu'en est-il ?

Les chiffres sont stables. En moyenne, j'ai 250 déserteurs sur l'année, soit une quinzaine en permanence, sur un effectif de 7600 légionnaires. Mais c'est un phénomène compliqué : des jeunes partent parce qu'ils ont un coup de cafard, qu'ils doivent rentrer chez eux pour soigner leur mère, etc. Et parfois, ils reviennent ensuite.

La Légion a récemment été secouée par l'affaire de Djibouti, avec la mort d'un légionnaire et la mise en examen de son lieutenant. Beaucoup dans l'institution militaire accuse la hiérarchie - donc vous - d'avoir lâché cet officier. Que leur répondez-vous ?

Je souhaite rester neutre dans cette affaire afin de ne pas influer la justice qui doit faire son travail en toute indépendance. Ce que je peux dire, c'est que le conseil d'enquête - c'est-à-dire les pairs du lieutenant Bertaud - a proposé sa mise à pied et sa radiation des cadres, non pas parce qu'il a été jugé coupable, mais parce qu'il a gravement transgressé les réglements militaires.

Les lecteurs du Figaro remettent les pendules à l'heure

Légionnaires photographiés en août 2008 par Charlie Dave.

L'entretien parfaitement space d'une journaliste du Figaro avec le patron de l'ADEFDROMIL, publié par le quotidien comme s'il s'agissait d'un rapport d'experts comme un autre, ne pouvait pas laisser les lecteurs de cette institution bourgeoise sur papier bon marché sans réaction. En voici quelques unes des 157 reçues par la rédaction :

La sueur épargne le sang
Il ne faut pas croire que nous allons former des soldats d'élite en les faisant jouer à la marelle, ces entraînements (même si ils peuvent être choquant pour certains) servent à former la cohésion et renforcent le moral de ces unités. N'en déplaise à certains, qui apparemment ont connus une autre formation beaucoup plus tournée vers l'utilisation du tutu en dentelle, je ne suis pas certain que le moment venus ils auraient réagis comme de vrais soldats.
Le fait d'apprendre à avoir froid, faim, mal, être dans des situations inconfortable (aussi bien moralement que physiquement) renforce ces hommes qui le moment venu sauront répondre présent.

Corps d'élite
Moi-même officier en retraite d'origine du rang et ayant été formé par des cadres de la légion, j'ai vu en ces hommes,des cadres de valeur , durs mais justes, ayant le souci des intérêts de leurs subordonnés . Croyez vous que l'on puisse avoir un corps d'élite mené sous la contrainte ? Il faut comme l'individu Bavoil avoir passé sa carrière dans un bureau et avoir une méconnaissance de l'ambiance des unités de combat pour éprouver autant de rancœur . Pauvre baveur , pour cracher ainsi dans la soupe ,vous ne devez pas avoir eu une carrière bien intéressante , je vous plains sincèrement .


Bombe a retardement
Quand va-t-on incriminer l'armée pour forcer des soldats a se dépasser lors d'entraînements physiques et psychologiques, ce équivaut a un harcèlement bien condamnable? Et surtout, puisque nous sommes déjà bien lances, préparons déjà l'époque ou l'ordre de mobilisation pour les terrains d'opérations sera passible de prison pour torture morale - au moins! A moins que l'on oblige les grades responsables a demander gentiment aux soldats si ça ne les dérangeraient pas trop d'aller se battre...contre triple repos et double solde, bien sur.
Puisque le capitaine a a l'évidence survécu a sa carrière d'élite - bien lui en porte - souhaitons-lui de s'apercevoir que si le ridicule ne tue pas, il peut être assez douloureux. C'est pas un scandale ça?


A t'il été au combat ce capitaine
Ou a t'il été cherchez ces sornettes ? Je suis un très ancien légionnaire (engagé en 1951) je suis belge. Je me suis engagé librement, et je ne l'ai jamais regretté, pourtant, j'ai fait l'Indochine, j'ai pataugé dans les rizières. J'ai donc connu bon nombre d'officiers LÉGION, et croyez moi, EUX je les admiraient, c'étaient des hommes, pas des lavettes.
PS. Je suis titulaire de la carte d'ancien combattant et
Croix de guerre. Pouvez-vous en dire autant??

La discipline et respect de sa parole donnée
Bavoil pour ne pas dire capitaine, car à ce titre vous êtes pas digne et vous êtes la chienlit de ces militaires aigris, qui n'ont connue 4 murs d'un bureau et la pendule fixé à votre mur. Vous voulez être le porte-parole d'un légionnaire qui se porte plainte car il s'est senti lésé par la légion étrangère. Je rappelle a ce gars qu'il venu à la légion étrangère et qu'il a signé un acte d'engagement en parfaite connaissance de cause et réglementaire. Maintenant accusez la légion de bafouer le droit d'un soldat, cela n'a jamais fait parti du système légion, même elle s'en occupe même après avoir servi,exemple l'IILE à Puyloubier ou nos anciens d'Indo les gueules cassés du combat ont un refuge cela à servi d'exemple puisque armée de terre a crée depuis peu CABAT. Je pense que ce jeune gars ne devait pas être un bon élément et qu'il n'a jamais su s'intégrer à l'esprit de corps légion, dans cette arme particulière nous avons besoin d'hommes solide ou les missions de combat sont plus compliqué mais pas d'imposteur comme ce jeune ghurka qui voulu profité de la légion pour se servir non pour servir! Alors Bavoil, laissez en paix ces hommes et ses chefs car vous ne savez de quoi parlez! J’en profite au passage que vous faites honte aux corps des officiers et bafoué les armées qui vont être des moments difficiles tant en opération que sur le plan de restructuration. Vous méritez que l'on dissous votre association et quelque année avant on vous aurez fait passer devant un peloton! Mais je pense bavoil que vous n'êtes pas un adepte de l'histoire militaire mais plutôt adepte des circulaires syndicales

vendredi 20 février 2009

Merchet remet le couvert

La lettre de soutien du général Delaunay au lieutenant de Légion emprisonné à la Santé.

Libération n'aime pas lâcher ses proies. Surtout quand il s'agit d'une victime au profil incompatible avec les valeurs défendues par ce quotidien.

J.-D. Merchet, journaliste de Libération spécialisé dans les questions de défense et porte-voix officieux de l'état-major, a pris un malin plaisir depuis le début de l'affaire de ce jeune officier de Légion, accusé d'avoir causé la mort d'un de ses hommes pensant un exercice, à porter sur la place publique la version de l'institution, accablante pour le lieutenant.

Ce salarié de Libération n'a pas hésité par le passé à torturer des textes pour en faire des attaques en règle contre le jeune officier (qui n'était même pas cité) et à rédiger un reportage chez les « mous du genou » du 2e REP tellement à charge contre le lieutenant qu'il restera probablement dans les annales de la désinformation.

Visiblement, la remise en liberté du lieutenant reste en travers de la gorge à J.-D. Merchet. Il trouve le moyen de publier sur son blog une lettre de soutien du général Jean Delaunay, chef d'état-major de l'armée de terre de 1980 à 1983.

Les commentaires qui accompagnent la lettre sont très révélateurs de l'état d'esprit du journaliste. Espérons qu'ils contribueront à édifier les gentils gogos en uniforme qui fréquentent son blog et qui l'alimentent en informations.

jeudi 19 février 2009

Officier de Légion libéré

Un site militaire révèle qu' a été mis en liberté hier le lieutenant de la Légion mis en cause dans la mort accidentelle du soldat de sa section Jozef Svarusko pendant un exercice.

Le juge d'instruction Florence Michon avait décidé le jeudi 4 décembre 2008 de placer en détention provisoire le jeune lieutenant afin d'éviter tout risque de fuite à l'étranger et tout risque d'intimidation des témoins. Ces motifs, des mois après les faits, semblaient plutôt l'habillage d'une concession faite à la hiérarchie militaire.

Après un début en fanfare, quand toute la presse à l'écoute de l'état-major (à quelques exceptions près), le redoutable J.-D. Merchet de Libération en tête, a relayé la version des faits qui accable le jeune officier, la température médiatique est retombée ce qui a ramené l'affaire à de plus justes proportions.

Ayant affaire à un magistrat écoutant leurs arguments et instruisant à charge et à décharge, les avocats de la défense ont été en mesure de demander des expertises et des compléments d'enquête, cherchant à éclairer notamment les circonstances précises de la mort accidentelle du légionnaire. Leur objectif est de démontrer scientifiquement que le lieutenant n'est pas à l'origine du décès de son subordonné.

Le jeune officier n'en est pas quitte pour autant. Il est convoqué à nouveau par la justice le 23 février et l'instruction se poursuit. Toutefois, l'étape de lynchage médiatique et de lâchage corporatif semble achevée.

Le jeune officier, incarcéré à la santé dans le quartier réservé (fonctionnaires de police, militaires, fonctionnaires divers et variés, personnalités, etc…), a eu l'opportunité de faire le tri entre ses amis et les autres, d'étudier son dossier à fond et de se mettre au russe grâce à la présence d'un prisonnier russophone.

Sorti de prison, entouré par la chaleur de ses amis et par l'affection de sa famille, le jeune officier va pouvoir l'esprit plus serein se consacrer à sa défense.

Personnellement, étant donné ce qu'est devenu l'Armée française, je reste convaincu que raccrocher son uniforme pour reprendre une vie normale est ce qui peut lui arriver de mieux.




dimanche 11 janvier 2009

Libération flingue à vue


Aux dernières nouvelles, il est à Washington.


Au grand désespoir de la hiérarchie militaire, la triste affaire de la mort accidentelle d'un légionnaire pendant un exercice à Djibouti ne prend pas la direction escomptée par les galonnés en chef.

Très bref rappel des faits. Le 5 mai dernier, la 2e section de la 1re compagnie du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP), en tournante à Djibouti, détachée auprès de la 13e DBLE, prend part à l'exercice Bour Ougoul 2008 sur le terrain désertique de l'ancien territoire des Afar et des Issas, ce petit bout d'enfer où l'Armée française fait ses classes.

Au cours de l'exercice, le légionnaire Jozef Svarusko refuse de poursuivre la progression en prétextant une douleur au genou. Il ne s'est pas fait mal en marchant et son genou semble fonctionner parfaitement. Verdict des gradés qui en ont vu d'autres : c'est un simulateur. Les sous-officiers forcent le légionnaire à reprendre la mission car il est impossible d'abandonner un homme seul au milieu du désert ni de renoncer à l'objectif fixé par le commandement. Deux cents mètres plus loin, il s'arrête une fois de plus. Il est remis en route d'autorité mais il parcourt une courte distance avant de s'arrêter à nouveau. Ce petit jeu se poursuit un certain temps et le jeune officier commandant la section intervient. Il aurait frappé à son tour le légionnaire une fois et vidé sa gourde d'eau. Visiblement, le coup de gueule du chef a de l'effet car le légionnaire poursuit avec peine l'exercice avant de s'écrouler et finalement décéder en dépit de l'arrivée des secours appelés par le chef de section.

Pour l'Armée, le scénario est simple. Le légionnaire est mort pour deux raisons : les coups qui lui ont été portés, principalement par les sous-officiers (et accessoirement par l'officier) mais surtout par la « privation d'eau ordonnée par le lieutenant ».


Ceci est un jeune officier du 2e REP.


Le sacrifice du bouc émissaire

Rondement menée l'enquête est bouclée en vitesse et le saint-cyrien rapatrié sans cérémonie au 2e REP à Calvi. Son chef de corps, le célèbre « Brice de Calvi », le colonel Brice Houdet, probablement briffé par son homologue de la 13e DBLE, le colonel Marchand, rassemble toute son unité et lui expose la version de l'Armée en faisant du jeune lieutenant le modèle du mouton noir dont l'l'Institution n'a que faire. Il est vrai que Brice sait comment prendre en main un groupe, il en connaît un rayon sur le contrôle des foules.

La version de l'officier mis en cause ? Houdet n'en a que faire. Il semblerait qu'il n'ait même pas accepté d'écouter sa version des faits. Ce qui s'est passé lors des deux convocations du lieutenant dans le bureau du colonel ne m'est pas encore connu, mais je ne désespère pas de l'apprendre.

Il est vrai que le colonel Brice Houdet, le chef de corps des « Mous du genou », avait d'autres priorités. Il était sur le départ pour une des plus prestigieuses affectations de l'Armée française, se retrouver sous les ordres du général Gratien Maire à la Mission militaire française à Washington. Il ne fallait surtout pas qu'une vilaine affaire puisse troubler son plan de carrière. Fermez le ban. Circulez, il n'y a rien à voir !

L'état-major de l'Armée de Terre, ne dispose comme informations que la version concoctée par Djibouti et prend acte du lâchage du lieutenant par ses chefs. La hiérarchie transmet comme elle doit le faire le dossier à la justice. Mais les juges ne se contentent pas des racontars téléphoniques de Djibouti et de Calvi. Les magistrats n'avalent pas sans brocher la soupe servie par les militaires. Ils font la fine bouche. Les mois passent sans ouverture d'une instruction.

On force la main des juges

Pour forcer la main au juges, des fuites sont organisées. Le Canard enchaîné puis en septembre sur un site spécialisé dans le mécontentement des fonctionnaires en uniforme et, enfin, Libération qui est devenu le principal porte-voix de l'Etat-Major.

Finalement, le jeune officier est non seulement mis en examen le 19 novembre 2008 mais il est incarcéré à la Santé le 4 décembre. Selon nos informations, « pour préserver l'ordre public » et pour éviter une concertation avec les deux autres personnes mises en cause encore en France. Comme s'il avait pas eu le temps de le faire durant les six mois précédents ! En fait, la justice a voulu faire un geste à l'égard de l'Armée qui veut la peau du lieutenant.

Toutefois, le beau scénario écrit par l'Armée désireuse de mettre en évidence son adhésion aux valeurs à la mode, la feel good attitude, ne se déroule pas comme prévu.

Le scénario de l'Armée déraille

En premier lieu, la famille du jeune officier ne se laisse pas faire. Bien soutenue par une fratrie soudée, la mère du jeune homme se dépense sans compter pour assurer la défense de son fils, remue terre et ciel et réussit à intéresser de bons avocats lesquels connaissent à la fois le sérail militaire et les labyrinthes de la presse.

Les avocats se plongent dans les milliers de pages du dossier et découvrent que la belle histoire de toton Houdet et du père Marchand ne tient pas la route. Le récit à faire peur aux enfants d'un lieutenant tortionnaire, sadique, ayant brutalisé gratuitement le jeune légionnaire sur les sables brûlants de l'Afrique ne correspond en rien à la réalité.

Dans un entretien accordé au Point, Me Pierre-Olivier Lambert donne le 12 décembre 2008 pour la première fois la parole au lieutenant et rétablit les faits. Nous avons traité de cet entretien ici.
La veille, le journaliste Frédéric Pons avait publié un article à contre-courant dans lequel lui aussi exposait la complexité de l'affaire. Il pointe notamment les dysfonctionnements au sein de l'Institution et termine :

L’affaire est délicate pour la Légion : son fleuron est éclaboussé, un de ses lieutenants est en prison, un sergent et deux caporaux ont été renvoyés de l’armée. Pour l’instant hors de cause, le capitaine pourrait voir sa carrière abrégée.

Pour le chef de l’État aussi, la gestion est sensible car la radiation de Bertaud est de sa responsabilité. Dans les armées, l’accusation de “tortures” et de “barbarie”indigne. L’attitude de l’institution à l’égard de Bertaud est parfois sévèrement jugée par certains :« Un lâchage éhonté ! » Des jeunes officiers ne cachent pas leur colère et leur inquiétude.« C’est une affaire douloureuse, dans laquelle il faut garder calme et sang-froid », souligne le général Pichot de Champfleury.

La décision de Nicolas Sarkozy sera scrutée à la loupe. Certains estiment que la radiation immédiate du lieutenant le condamnerait d’emblée, sans circonstance atténuante. Ses soutiens désirent le maintenir dans les cadres pour qu’il puisse démissionner, ce qui permettrait à l’institution de régler le problème au mieux.

Médéric Bertaud veut assumer ses responsabilités. Il portera toujours sur la conscience la mort de son légionnaire. Son rêve de consacrer sa vie au service de son pays est brisé. Faut-il pour autant en faire un tortionnaire et l’envoyer aux assises? Ce mercredi, ses avocats, Mes Alexandre Varaut et Pierre-Olivier Lambert, devaient rencontrer le juge pour une audience de référé-liberté.
D'après mes sources à la rédaction de Valeurs Actuelles, Frédéric Pons aurait encaissé en direct le témoignage du mécontentement de la hiérarchie à ce papier. A-t-il reçu un coup fil de l'Etat-Major ? Pour l'instant le mystère demeure.

Un magistrat qui connaît bien l'Armée.

Non seulement l'Armée voit son beau scénario se déliter, mais on murmure dans les rangs. Les blogs militaires n'apprécient pas du tout le lâchage du jeune officier par ses chefs et son incarcération. Tout le monde se souvient de la suspension du général Henri Poncet, ex-commandant de la Force Licorne, le 17 octobre 2005, à la suite de la mort d'un bandit de grand chemin. Par un curieux hasard, le général fut interrogée par Florence Michon le même magistrat qui mène l'enquête sur l'affaire de Djibouti.

Les faits démentent l'Etat-Major

Les deux points mis en avant par l'Armée sont démentis par les faits. Le légionnaire n'est pas mort des coups reçus, l'autopsie n'a retrouvé aucune trace d'ecchymoses, et l'enquête de la Gendarmerie a prouvé que le jeune homme avait bu toutes les 30 minutes. Enfin, la cause de la mort, une hémorragie digestive ne fait pas partie des symptômes d'un coup de chaleur.

En revanche, il se révèle que le jeune légionnaire avait été désaffecté de la section en raison de son incapacité physique. C'est l'encadrement qui l'a réaffecté dans le cadre d'un exercice très dur. C'est l'encadrement qui est responsable de ne pas avoir su le mauvais état de santé du légionnaire, incompatible avec son maintien en service. C'est aussi l'encadrement qui est responsable de l'absence d'un sous-officier adjoint aux côtés du lieutenant.

Bref, la patate chaude a été relancée par les défenseurs du lieutenant dans le camp de l'Armée. Une question taraude tous ceux qui s'intéressent à cette affaire : que se passe-t-il au sein de la 13e DBLA pour qu'ils aient voulu étouffer leurs dysfonctionnements en sacrifiant un bouc émissaire ?

L'Armée fait appel à son porte-voix

Pour l'Armée, la situation devient difficile à gérer. A l'appui de la version officielle, le journaliste de Libération Jean Dominique Merchet a publié le vendredi 9 janvier un long article dans lequel ont comprend qu'il a eu accès non seulement à des informations venues en droite ligne du dossier d'instruction, mais qu'on lui a ouvert en grand les portes du 2e REP où des mous du genou triés sur le volet ont avalisé la fable d'un lieutenant marginal, mal intégré, pleurant dans son coin, instable et capable de tout. Ce flingage à vue, dans lequel le point de vue de l'incriminé est expédié en deux lignes est très inhabituel et semble un exercice imposé.

Ma propre enquête m'a permis de me faire une idée très différente du jeune lieutenant incarcéré : calme, intelligent, cultivé, mesuré, donnant l'exemple, artiste à ses heures, musicien accompli, poète, très engagé dans la vie associative… En bref, exactement le contraire du profil détestable tracé par le journaliste de Libération. J'en arrive à douter qu'il s'agisse de la même personne. Toutefois, le plus probable est que Merchet n'ait entendu qu'un seul son de cloche, celui que l'Armée fait tinter à ses oreilles.

Les bloggeurs interviennent

Cet article a suscité de nombreuses réactions qu'il faut lire car elles sont un reflet intéressant de l'opinion des civils et des militaires qui visitent le blog.

J'ai retenu :

Bcp de personnes se permettent de juger avec intransigeance des faits qu'ils ne connaissent que par des on-dit journalistiques. Donner leur avis leur procure peut-être l'impression d'avoir tout compris aux pb de l'armée en général et à celui ci en particulier.
Mais il est bon de rappeler une chose: ce qui est décrit dans ces articles n'est pas la vérité mais simplement une version des faits: l'ordre formel d'interdiction de boire jusqu'au décès n'est pas vérifié par exemple.
Deuxièmement, le chef de section, en manip, doit gérer la tactique et commande donc ses trois chefs de groupe point barre.
Les chefs de groupe gèrent leurs chefs d'équipes qui gérent leurs hommes. Le SOA gère les pb matos et sanitaires avec l'auxsan. Il n'y avait pas de SOA. le chef de groupe(qui connaissait le mieux son légionnaire) était dépassé et comptait donc sur le lieutenant pour l'appuyer dans son commandement.
Le légionnaire se plaignait d'une douleur au genou: détail important car sur le moment, personne ne connaissait la suite!
La chaleur était valable pour tous, en plus de la pression du commandement et de la tactique ainsi que de l'esprit de la section au combat.
Enfin, s'il fallait évacuer tous les tire au flanc qui se plaignent de douleurs au genou, il faudrait peut être investir dans des hélicos que nous n'avons même pas pour les recos et appuis en afgha...
A tous les juges présomptueux qui qualifient d'office un homme de criminel, vous êtes les héritiers des lyncheurs de noirs que "tout accusait", des tenants de toutes les épurations qui ne tiennent que parce que trop de gens hurlent avec les loups, position confortable et sécurisante.

Rédigé par: alexei, s/off métro | le 10/01/2009 à 13:52

La lecture de certains commentaires me surprend.Que de séverité!!! Comme beaucoup d'Aspirants j'ai moi aussi pense être commandé par des cons...et j'ai compris plus tard le pourquoi de certaines choses... Un seul "tire au cul" dans une section peut mettre en péril l'ensemble Comment le distinguer? Ceux qui ont connu le terrain avec ses fatigues, son stress et la responsabilité de ses subordonnés seront peut être "indulgents' Ûn Chef même légionnaire parachutiste n'est pas "superman' et la fatigue, le stress de la mission a remplir sous la pression de la hierarchie peut l'amener a avoir un jugement altéré et "péter les plomb" .Je me souviens des 'critères de 'jugements' des Voraces qui mettaient un gros sac sur le dos des EOR , les faisaient marcher longtemps , de préférence avec un temps pourri et regardait la 'fraicheur' a l'arrivée et la capacité a commander malgré la fatigue les bobos et le stress d'etre interrogé..
Je me garderai de me prononcer sur le cas de ce lieutenant , pour lequel certains font allègrement fi de la regle fondamentale de la 'présomption d'innocence" car, Avocat,ayant été amené a plaider des dossiers médiatisés, je sais qu'il y a toujours une distorsion énorme entre le contenu d'un dossier d'instruction et les éléments qui en "sortent" dans la presse à l'initiative de l'une ou l'autre des parties.Seuls les débats publics permettront d'avoir une vision exacte des faits et des responsabilités encourues par les uns et les autres car, n'en déplaise a certains il y a des moyens réglementaires d'éviter que des "ordres cons" mettant en peril la vie des Soldats ne soient appliqués.Les Armées ne sont pas une zone de "non-droit" et les regles du code pénal y ont cours;;

Rédigé par: SIDI BRAHIM 340 | le 09/01/2009 à 13:18

je suis étonné par la description très peu flatteuse de ce légionnaire slovaque faite par Mr Merchet , phrases qu' il a du glaner lors de ses contacts avec la haute hiérarchie militaire .

Talas a été affecté au REP après ses classes : il faisait donc partie des tous meilleurs de sa section à Castelnaudary .

" Personne ne le connaissait à la Légion ?"
cette phrase est hallucinante ,il devait etre connu comme tous jeune légionnaire à un an de service .

Je fais la meme remarque pour la description du lieutenant .

ainsi des dégradations sur véhicules commises peut etre après une soirée étudiante trop arrosée ne sont pas forcémment un élément qui permette d' avoir un jugement sur le jeune officier .

on lui reprochait de porter des chaussures de marche non règlementaires ? il a du les acheter avec sa solde pour ne plus avoir à utiliser le modèle rangers qui a 50 ans et ce comme des milliers de soldats .

on a l' impression que tout est fait pour décridibiliser ces 2 hommes .... et que Mr Merchet se contente de colporter des choses entendues auprès de la haute hiérarchie ...

l' investigation aurait peut etre consisté à aller dans les bars de Calvi à la rencontre des légionnaires et de leur parler .

Dommage .

Rédigé par: patriote67 | le 09/01/2009 à 16:09

L'idée selon laquelle les jeunes officiers qui entrent au 2ème REP sont ceux qui sortent de l'Ecole d'Infanterie de Montpellier dans les premiers classés est TOTALEMENT FAUSSE !

Sur ces 10 dernières années, on constate une tendance très nette :

Les meilleurs choisissent d'abord les RPIMa (à commencer par le 1er RPIMa des forces spéciales). Viennent ensuite les chasseurs-paras et les RIMa. Le 2ème REP est désormais très rarement choisi par le major de promo. Au contraire, j'ai même vu une année (récemment) où le REP a été choisi par un lieutenant classé à la 25ème place (sur une cinquantaine de lieutenants)... Devant lui, de jeunes lieutenants avaient d'abord préféré les RPIMA, le RCP, les RIMA, puis quelques BCA... (oui oui, des places de chasseurs alpins sont parties avant le REP !).

Quant aux 3ème REI et 4ème RE, n'en parlons pas... Cette année là, ils étaient "partis" dans le troisième quart...

Contrairement à un mythe tenace, les lieutenants saint-cyriens se méfient beaucoup de la Légion... L'ambiance très particulière qui y règne en dissuade plus d'un... Entre l'ambiance d'un 3ème ou 8ème RPIMa, et le REP, y'a pas photo !!! Savez-vous par exemple que tous les lieutenants du REP ont l'obligation de se vouvoyer entre eux ? Drôle d'ambiance... La rivalité entre lieuts du REP y est permanente car tous savent qu'ils ne pourront pas devenir commandant d'unité au REP : du coup chacun guette l'erreur de ses petits camarades lieutenants et se réjouit des mésaventures qui pourraient leur arriver, du genre de celle de ce malheureux lieutenant B. A la popote des lieuts du REP, chacun s'est dit intérieurement "ouf, un concurrent de moins...".

Voilà c'est ça le REP.

Rédigé par: Martial | le 09/01/2009 à 19:42

Bonsoir à tous,

Pour faire suite au poste de Martial à 19:42, ci-dessous le classement des lieutenants infanterie de la promotion Général de Galbert (2003), dont il me semble faire allusion, disponible sur son site, (avec les noms !). Il n'a rien de glorieux pour le légion, et c'est encore pire pour la LE côté "cavalerie-roue", où les 2 postes du 1er REC ont été pris en dernier.

Dans le choix des régiments "para", quels sont les critères ? le parachutisme, la vie dans le Sud-Ouest par rapport au Nord-Est, les primes de saut et d'opex, l'outre-mer, le manque de confort de l'AMX 1OP , un personnel plus motivé et donc motivant ?

1 - 13eme RDP ; 2 - 3eme RPIMa ; 3 - 1er RPIMa ; 4 - 1er RPIMa ; 5 - 16eme BC ; 6 - 8eme RPIMa ; 7 - 2eme REP ; 8 - 3eme RPIMa ; 9 - 8eme RPIMa ; 10 - 2eme REP ; 11 - 3eme RIMa ; 12 - 1er RCP ; 13 - 1er RCP ; 14 - 2eme RIMa ; 15 - 2eme RIMa ; 16 - 13eme RDP ; 17 - 2eme REI ; 18 - 2eme RIMa ; 19 - 21eme RIMa ; 20 - 21eme RIMa ; 21 - RMT RMT ; 22 - 27eme BCA ; 23 - 2eme REP ; 24 - 92eme RI ; 25 - 13eme BCA ; 26 - 13eme BCA ; 27 - RMT ; 28 - RMT ; 29 - 13eme BCA ; 30 - 110eme RI ; 31 - 2eme REI ;
32 - 27eme BCA ; 33 - 92eme RI ; 34 - 4eme RE ; 35 - 16eme BC ; 36 - 92eme RI ; 37 - 7eme BCA ; 38 - 7eme BCA ; 39 - 4eme RE ; 40 - 7eme BCA ; 41 - 3eme REI ; 42 - 110eme RI ; 43 - 1er TIR ; 44 - 1er TIR ; 45 - 126eme RI ; 46 - 2eme RH ; 47 - 35eme RI ;
48 - 126eme RI ; 49 - 35eme RI ; 50 - 152eme RI ; 51 - 152eme RI ; 52 - 6eme RCS.
Rédigé par: GA U | le 09/01/2009 à 22:43

Cher Tous,
Cher M. MERCHET,

Merci de votre article sur un "fait divers" hélas bien tragique....
Un Chef de section est en taule, la belle affaire...!...
Et le chef de corps ?, qui a droit de vie et de mort sur touT son personnel,on en fait quoi...?.

Le colonel du 2 ° REP devrait immédiatement être relevé de son commandement, muté cassé, changé de sexe...
Quant on a tous les pouvoirs , on assume toutes les bananes...

D'abord, quand on touche un jeune "Saint Cyrien" qui rève d'être CEMAT, qui a un "mastère" et n'a carburé qu'à l'oxygène pur pendant 1 à 3 ans , voire 4...On lui mets un sous-off solide, (SCH ou Adjudant)comme adjoint, pour lui apprendre le métier, et ce qu'est un légionnaire...Si la section va bien, le chef de corps, sait à qui il le doit, et le sous-officier adjoint après 12 à 18 mois, passera "chef de section", après avoir "appris" au jeune trou duc...Ce que "Legio Patria Nostra veut dire"...
Des sections qui marchent à la baffe, et aux coups de pieds, ça le fait pas à la guerre...
A la guerre tout le monde se tutoie et les chefs (de groupe, de section/peloton, d'unité, de bataillon, de régiment) partagent les mêmes peines et les mêmes fatigues que leurs subordonnés ...C'est la loi...

Alors , pitié pour ce Lieutenant, pur produit d'une machine à fabriquer des cons.
Dans le désert , on marche beaucoup, (mais les mecs biens font ça la nuit)...Pour ma part, malgré une floppée d'instructeurs REPMEn , j'ai choisi la colo et autre chose...Quand au Chef de corps du 2° REP...Que le cul lui pèle, et qu'il se sente responsable de ce qui est advenu...

Même Saint Cyrien, un jeune officier , ça se forme, même à la Légion...Quant à donner des baffes et des coups de pieds à ses soldats...C'est sûr que c'est des gars qui ne vous suivront pas...Le jour où...

Désolé, mais ma colère m'empêche de me taire...Par tradition, à la Légion, on n'en fait pas plus que dans la régulière, mais on le fait différemment car , en cas de vrai grand merdier, c'est les légionnaires qui partent...
Mais ça , ça se prépare, et l'alchimie, ne comprend ni baffes, ni coup de pied , ni actions ou activités déconseillées par le médecin militaire...

On ne meurt qu'au combat et encore...Rester en vie est un des premiers devoirs du soldat professionnel...

Que ces choses là soit dites, que les chefs de corps fassent leur métier...Ayons de bonnes section, on aura de bonnes compagnies , ayaons de bonnes compagnies, on aura une "p...." d'armée de terre....

Basta ya con las mariconadas...

Rédigé par: Basile | le 09/01/2009 à 21:37


Personnellement et bien que de la colo (je dis ca car on nous prete souvent une grande rivalite), je pleurs la mort de deux hommes: la premiere, helas reelle et physique et a ce titre j'adresse mes codoleance a la famille mais aussi a la Legion, et la seconde, plus virtuelle certes mais ce jeune lieutenant ne s'en relevera pas. Sans sous estime pour le moindre cet grave erreur de jugement de la part du lieutenant incrimine, je rappelle qu'en effet, les jeunes officiers, comme je l'etais aussi, sont formes par leurs sous-officiers anciens qui, generalement, ont suffisamment de bouteille et d'experience pour leur apprendre la vie en corps de troupe. Cela dit, je pense que ce jeune lieutenant a commis une grave faute : croire aux mythes ! En effet, et selon les propos de JDM, il a vu un de ses sous-officier frapper le jeune legionnaire pensant qu'il simulait. Du coup, sans doute a t-il pense a s'affirmer davantage en poussant un peu loin les limites de ce qu'il a cru etre "normal" ou "traditionnel". Helas, cette erreur de jugement leur aura ete fatale. Je le deplore mais reste circonspect sur le commandement. Personnellement, j'ai chois la colo pour son etat d'esprit ma foi bien different mais des "coups de pieds au derriere" tant virtuels et psychologiques que bien reels, ce fut mon CDU et mon Chef de Corps qui me les ont donnes les premiers. C'est aussi a eux d'aider a la formation des jeunes officiers. Je sais que la formation des cyrards n'est pas parfaite mais, pou l'avoir vecue, elle n'est pas pire qu'a l'EMIA ou qu'ailleurs. Cela dit, il est evident que celle-ci ne s'acheve pas a la sortie de l'Appli. En consequence, pourquoi ce LTN etait il sans adjoint? Quelle mouche avait donc piquee le CDC et le CDU pour le laisser ainsi seul ?
Quant aux commentaires sur la degradation de voiture ou les chaussures de marche perso... je trouve ca navrant.
Meme s'il faut penser au legionnaire decede avant tout, j'ai de la peine pour ce jeune officier qui a ete victime de ce que j'appelle les fausses traditions !!!
Sur ce, bonne continuation a tous, la France a besoin de nous tous en ces temps difficiles, et je dis bien de nous tous, officiers, sous officiers et EVAT a qui j'adresse au passage et sans flagornerie, l'expression de mon entier respect pour le travail accompli au quotidien.
Colonialement.

Rédigé par: Colonial | le 09/01/2009 à 22:37

Ancien légionnaire, je peux vous dire que dès la formation on est habituer aux coups, pas violent sauf pour certains cas que les cadres veulent mettre dehors. ceci dit, je pense qu'il y a eu une suite d'erreur, du choix de cet officier, au refus de faire boire, comme la sélection d'un légionnaire qui n'a pas de niveau pour le REP. La seul chose à comprendre, c'est que la hiérarchie voulait ce débarrasser de cet officier, sinon la légion aurait "laver son linge sale en famille" et personne n'en aurait rien su.
Mais pour ces magnifiques soldats puissent faire des Kolwezi ou sauver le monde libre, il faut une formation dur, très dur. Honneur Fidélité !

Rédigé par: chenebeau | le 09/01/2009 à 23:03


Que s'est-il passé à Djibouti ? Au point où nous en sommes, il ne reste plus qu'à espérer que le magistrat instructeur puisse faire son travail dans de bonnes conditions afin qu'elle mène une enquête à charge et à décharge, à l'abri des pressions de l'Armée.

Paralysée par une hiérarchie qui n'a de militaire que le nom, obsédée par le carriérisme et par l'obsession de ne pas faire de vagues, l'Armée n'a que faire de jeunes officiers qui en veulent qui ont encore quelques illusions sur la condition militaire. Sacrifier un lieutenant peut sembler un prix bien modeste pour préserver la tranquillité d'officiers généraux bien au chaud.

Mais je crains que ce prix ne se révèle bien plus cher que l'Armée ne l'espérait, notamment pour deux chefs de corps qui ont failli. Le premier pour être responsable des conditions d'organisation qui ont conduit à la mort du légionnaire; le second pour avoir hurlé avec les loups et trahi la confiance d'un de ses jeunes officiers.

Ambassade de France à Washington, siège de la Mission militaire française. Allô, tonton, pourquoi tu tousses ?

samedi 20 décembre 2008

1941 : la Légion se bat pour l'honneur

Au sein de la Légion, la sonnerie Au caïd, jouée par le clairon de service, marque chaque jour l’arrivée du chef de corps au quartier. Ici, un clairon de IVe bataillon du 6e REI. A cette époque, le Levant comprenait la Syrie et le Liban actuels.


Les incroyables réactions de la hiérarchie à la mort d'un légionnaire au cours d'un exercice laissent un goût amer dans la bouche de ceux pour lesquels la Légion n'est pas un vain mot. Qu'auraient pensé de cette affaire les légionnaires du régiment du Levant, des hommes qui ont écrit une des pages de gloire, des plus belles et des plus méconnues, de l’histoire de la Légion étrangère. Pour leur rendre hommage, et pour rappeler les sacrifices de la France dans cette région déchirée par la guerre, nous avons voulu évoquer l’héroïsme des Képis blancs en ces jours tragiques de juin et de juillet 1941.

En septembre 1939, la guerre embrase de nouveau l’Europe. Une modification des structures des unités de Légion va intervenir une fois de plus afin de faciliter l’administration des corps, dont les bataillons sont dispersés de par le monde. Les unités de Légion qui stationnent au Levant dépendent du 1er et du 2e REI, basés respectivement en Algérie et au Maroc. La situation de guerre ne peut que compliquer la conservation des liens entre les bataillons du Moyen-Orient et leurs corps de rattachement.
Par décision ministérielle, le 6e régiment étranger d’infanterie est créé le ler octobre à Homs. Le colonel Imhaus en prend le commandement. Le lieutenant-colonel Barre, ancien commandant du GLEL, occupe le poste de commandant en second. Le 20 décembre 1939, il devient chef de corps du plus jeune des régiments étrangers, qui regroupe administrativement en son sein les quatre bataillons du Levant. Ces derniers restent cependant dispersés sur le territoire :
— le 1er bataillon (ancien 4/1 REI), stationné à Soueda, est commandé par le chef de bataillon Édart ;
— le 2e bataillon (ancien 1/1 REI), stationné à Baalbek et Der-Es-Zor, est commandé par le chef de bataillon Brisset ;
— le 3e bataillon (ancien 2/2 REI), stationné à Damas, est commandé par le chef de bataillon Taguet ;
— le 4e bataillon (ancien 6/1 REI), stationné à Homs et Palmyre, est commandé par le chef de bataillon Boitel.
La numérotation des bataillons suit l’ordre chronologique d’arrivée sur le territoire des anciennes unités. Pour assurer le commandement de ce nouvel ensemble, une compagnie hors rang est adjointe à l’état-major et implantée à Homs.
La nouvelle unité est rapidement connue sous le nom de régiment du Levant de la Légion étrangère. A ce titre, elle est pour le Proche-Orient ce que sont respectivement le 4e REI-régiment du Maroc et le 5e REI-régiment du Tonkin pour le Maroc et le Tonkin. Leur emploi spécialisé sur ces territoires respectifs justifie ces appellations, qui feront date. Si le 6e REI apparaît pour la première fois dans l’histoire de la Légion, signalons par souci d’exactitude historique qu’un 6e régiment étranger avait déjà existé plus de cent vingt ans auparavant dans l’armée française.
Depuis novembre 1939, un drapeau est officiellement prévu pour le nouveau régiment. Les événements ont retardé sa remise solennelle. Cette cérémonie ne se déroulera qu’en décembre 1940 à Homs. Les inscriptions auxquelles son héritage lui donne droit ont été oubliées lors de la réalisation du drapeau. Le chef de corps les fera peindre sur sa soie. Elles clament, en lettres d’or, les liens qui l’unissent à la vieille Légion et au Levant : Camerone 1863, Musseifre 1925, Syrie 1925-1926.
La création de son insigne souffrira elle aussi des difficultés de liaison entre la Syrie et la métropole. Le projet, imaginé par les lieutenants Bouchard et Favreau, du
2e bataillon, une tête de légionnaire devant les colonnes du temple de Baalbek, arrivera de France en peu d’exemplaires, alors qu’un modèle simplifié, de fabrication locale, a déjà été mis en circulation.
Mais peu importent ces obstacles, le régiment existe, et il est de haute lignée. Ses trois bataillons de Légion sont décorés de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures. Et, comme l’ont fait ses aînés, il est prêt à servir avec « honneur et fidélité ».

Pour former le 11e BVE de la Légion étrangère, s’embarquent à Marseille 20 officiers, 82 sous-officiers et 729 légionnaires aux ordres du commandant Knocker.

Jours d’attente et d’inquiétude

Dès que la mise sur pied du régiment du Levant est terminée, le 6e entame une nouvelle carrière. Les mois s’écoulent sans que les occupations habituelles de l’unité subissent de grands changements. On a bien déclaré officiellement le Moyen-Orient théâtre d’opérations, mais il ne s’y déroule aucun combat. Il a bien été envisagé que les forces françaises du Levant interviendraient dans le Caucase soviétique pour aider la Finlande, mais le projet n’a pas dépassé les premières ébauches.
Dès le début, la vie du régiment est marquée par des tentatives de réorganisation. Le 1er janvier 1940, le 6e REI est articulé en deux fractions distinctes ; l’une, de type « montagne », rassemble l’état-major, la compagnie hors rang (CHR) et les deux premiers bataillons ; l’autre, de type « outre-mer », regroupe les deux bataillons qui restent.
En mars, la fraction « montagne » devient le 6e REI proprement dit, alors que la fraction « outre-mer » reprend l’appellation de groupement de Légion étrangère du Levant, qui a été dissous six mois auparavant. Le 15 avril 1940, venant de Barcarès, le
1er bataillon de marche de volontaires étrangers débarque à Beyrouth. Le 17 avril, il est incorporé au 6e REI sous le nom de 11e bataillon de volontaires étrangers (11e BVE) et s’installe à Baalbek. Aux ordres du chef de bataillon Knocker, il compte vingt officiers, quatre-vingt-neuf sous-officiers et sept cent vingt-neuf légionnaires, en majorité d’origine espagnole.
Les événements dramatiques de France viennent bientôt semer la consternation au sein de l’armée du Levant. Les nouvelles de l’effondrement jettent la stupeur, en même temps qu’on s’attend à une attaque italienne sur les côtes du Levant. La signature de l’armistice et l’appel du général De Gaulle provoquent dans les rangs un trouble profond, qui n’épargne ni le haut-commandement territorial ni la Légion, prête en grande partie à poursuivre la lutte. Après quelques jours d’indécision et de confusion, le choix des Français du Levant est fait. En dehors de quelques-uns qui tentent l’aventure, la discipline l’emporte bientôt. Il faut dire que les événements du 3 juillet 1940, à Mers el-Kébir et ailleurs, ravivent les sentiments anglophobes des militaires français du Levant. Ils n’ignorent pas les agissements du Royaume-Uni, depuis longtemps désireux d’évincer la France de cette partie du monde. Le sang qui a coulé lors de l’opération Catapult ranime la rancœur contre les ex-alliés, qui sont présents en Palestine, en Transjordanie, en Irak et à Chypre.
Mais l’ennemi potentiel reste toujours les armées de l’Axe, que l’on espère voir battues un jour. Invaincus sur le terrain, les soldats de Syrie et du Liban connaissent un regain de patriotisme qui en font les gardiens jaloux de l’honneur du drapeau tricolore et de l’intégrité des territoires confiés à leur protection.
Cette volonté de « tenir » est bien marquée dans le refrain du régiment :

T’en fais donc pas, jeune 6e, il en restera pour toi !


Une automitrailleuse britannique de la RAF, composant de la force Kingcol, photographiée le 17 mai 1941 en Irak quand les Anglais interviennent dans ce pays.

La fin des hostilités entraîne la dissolution du 11e bataillon de volontaires étrangers. Les nouvelles lois françaises réservent à beaucoup de ces étrangers un sort peu enviable.
Le 1er janvier 1941, une nouvelle organisation des unités est mise en place. Le groupement de Légion étrangère du Levant est de nouveau dissous pour que le 6e REI retrouve sa plénitude. Ce dernier est reformé sur le pied d’un état-major, d’une compagnie régimentaire et de quatre bataillons à trois compagnies.
Parallèlement, il est doté d’un groupe d’artillerie comprenant trois batteries portées de canons de 75. Si cette création est une innovation pour les Képis blancs du Levant, ce n’en est pas une au sein de la Légion, puisque, dans les années 1930, les régiments étrangers d’infanterie stationnés au Maroc avaient déjà leurs batteries. Plus récemment, une batterie saharienne portée de Légion a vu le jour en 1940 dans le Sud algérien.
Pour constituer ce groupe d’artillerie de Légion du Levant, on puise dans les rangs du régiment, qui fournit sous-officiers, caporaux et légionnaires. L’encadrement en officiers est fourni par du personnel métropolitain venu de France. Pour se distinguer de leurs camarades fantassins, les légionnaires artilleurs portent l’écusson au chiffre du régiment sur fond rouge.
Pendant ce temps, le conflit évolue. La guerre, qui a jusque-là épargné les territoires libanais et syrien, se rapproche chaque jour davantage. La Méditerranée, trait d’union entre la métropole et l’Afrique du Nord, n’offre plus la sécurité d’avant juin 1940. Non seulement l’entrée en guerre de l’Italie a changé les choses, mais le blocus naval que les Britanniques font peser sur les territoires français obéissant au gouvernement de Vichy complique la situation. Les combats qui se déroulent dans les sables africains de Libye et d’Égypte, comme ceux qui se livrent dans la péninsule balkanique, rendent les liaisons de plus en plus aléatoires. Le 8 juin 1941, à l’aube, les troupes britanniques franchissent la frontière. Ayant mission de défendre l’Empire français contre quiconque, les troupes du général Dentz vont s’opposer à l’intrusion. C’est la guerre.

Engagé dans une campagne victorieuse en Libye et préparant une intervention en Grèce, le général Wavell ne souhaitait pas attaquer en Syrie et préférait entretenir de bonnes relations avec le général Dentz.

Le contexte politique et militaire

Depuis longtemps, le chef des Français libres redoute une mainmise de l’Axe sur les États du Levant, qu’il ne désespère pas de rallier un jour à sa cause. Le chef du gouvernement britannique partage ses inquiétudes. Les succès militaires allemands et italiens en Grèce et en Libye menacent toute la Méditerranée orientale, les possessions britanniques du Moyen-Orient, les champs de pétrole, le canal de Suez et la route des Indes.
Un événement va précipiter leur volonté de contrôler ces lieux. En avril 1941, un coup d’État éclate en Irak, royaume sous influence anglaise. Le nouveau maître du pays, fortement nationaliste et pro-allemand, proclame la guerre sainte contre le Royaume-Uni et réclame l’aide de l’Allemagne, qui décide de le soutenir. En raison de la distance, les avions des armées de l’Axe ont besoin de faire escale sur les aéroports de Syrie. Ils doivent transiter en zone française, ce qu’ils font avec l’autorisation du gouvernement de Vichy.

La décision Britannique d’attaquer la Syrie et le Liban fut prise à Londres le 20 mai 1941 à la suite d’intenses pressions des gaullistes qui mettaient en avant les risques d’intervention allemande en Irak. Toutefois, quand les opérations débutent le 8 juin, tout danger en Irak est écarté. Ce décalage entraînera de profondes incompréhensions de la part de l’Armée française stationnée au Levant.


Pour les Anglais et les Français libres, cet événement signifie que l’ennemi allemand est déjà dans la place. A leur avis, l’Axe sera maître de cette région en quelques jours. Le 14 mai, l’intervention militaire est décidée à Londres ; par souci politique, le général De Gaulle associe ses forces armées aux Britanniques, mais il se méfie des arrière-pensées de son allié ; l’avenir prouvera d’ailleurs qu’il n’avait pas tort. Les troupes du général Maitland Wilson, responsable des opérations, comprennent un nombre important de soldats du Commonwealth (Australiens et Indiens, notamment), persuadés pour beaucoup que c’est l’Allemand qu’ils vont combattre. Dans la division française libre, on trouve une unité de Légion : la 13e demi-brigade de Légion étrangère.
Quand la nouvelle de l’invasion est connue, le réflexe professionnel joue : il faut accomplir la mission fixée. L’armée du Levant a aussi une hantise : si elle n’oppose qu’une résistance symbolique ou ne réagit pas du tout, les Allemands pourront en tirer prétexte pour s’emparer de la zone restée non occupée en Métropole et même débarquer en Afrique du Nord, ce qu’il faut éviter à tout prix.
Les sentiments anti-anglais vont accroître le désir de riposte. La présence des « gaullistes » aux côtés des hommes de la « perfide Albion » exacerbe la rage de vaincre et le souci de ne pas laisser le terrain à ceux qui sont considérés comme des faux frères.
Pour les personnels du 6e REI, le problème ne se pose en ces termes que pour les cadres. Les légionnaires, « étrangers », ont des visions plus simples : obéissance aux ordres, respect de la parole donnée, souci de servir avec « honneur et fidélité ». Dans cette guerre qui verra des Français s’affronter, la Légion est, pour la première fois de son histoire, divisée entre deux camps rivaux. La chance voudra que, à une exception près, jamais légionnaires du « 6 » et légionnaires de la « 13 » ne se trouvent face à face.

Poste d’observation de la section Clément de la 6e compagnie du capitaine Deluy qui perdit 65 % de ses effectifs au cours d’un sanglant corps à corps à la grenade et à la baïonnette. Tous les survivants seront faits prisonniers par les Australiens.

Une défense difficile

Le premier jour des hostilités, le régiment du Levant totalise environ trois mille cinq cents hommes aux ordres du colonel Barre. A Homs, en Syrie, se trouvent l’état-major, la compagnie régimentaire et le 1er bataillon. Le 2e bataillon et le groupe d’artillerie sont à Baalbek. Située dans la banlieue de Damas, la ville de Mezzé regroupe les 3e et 4e bataillons, sauf la 15e compagnie qui stationne à Palmyre où, depuis longtemps, une unité de la Légion surveille les installations de pompage de l’oléoduc qui permet la circulation du pétrole irakien.
L’offensive du général Wilson se déroule selon deux directions principales. Dans un premier temps, ses forces en provenance de Palestine (comprenant aussi les Français libres) remontent du sud vers Beyrouth et Damas. C’est pour contrer cette avance que le plus gros du 6e étranger va opérer dans cette zone, principalement au Liban. Dans un deuxième temps, les Britanniques, ayant réussi à rétablir à leur profit la situation en Irak, se servent de ce pays pour pénétrer dans les zones orientales de la Syrie, visant particulièrement la vallée de l’Euphrate et Palmyre.
Dès le début de l’engagement, les légionnaires du 6e REI se trouvent répartis par bataillon sur l’ensemble du théâtre d’opérations, conformément aux plans de défense déjà établis, puis ils sont déplacés en fonction de l’évolution des combats dans les différents secteurs. L’état-major du régiment connaît lui aussi la même situation. Le chef de corps prend le commandement d’un groupement composé de légionnaires, de tirailleurs sénégalais, d’artilleurs autochtones et de spahis pour opérer au Liban. Le lieutenant-colonel Vias, commandant en second, prend la tête d’un groupement qui, placé initialement en réserve à proximité de Damas, est composé de tirailleurs algériens et marocains. Pour l’aider dans sa mission, il s’est adjoint quelques éléments du 3/6e REI. Ces quelques légionnaires isolés vont vivre, sans l’avoir voulu, une situation unique dans l’histoire des Képis blancs : ils seront les seuls à se trouver opposés aux légionnaires de la 13e DBLE.
L’éclatement du régiment sur le théâtre d’opérations explique le sentiment de grande confusion qu’éprouve le lecteur lorsque, pour la première fois, il se penche sur cette partie de l’histoire du 6e étranger au Levant. Cette narration ne cherche pas à donner une vision historique complète et globale de l’action du régiment pendant les mois de juin et juillet 1941.
Son but est tout simplement de montrer que les légionnaires et leurs chefs se sont battus en soldats courageux et héroïques, dans la grande tradition d'« honneur et de fidélité » qui caractérise les Képis blancs.



Le 1er bataillon à Djezzine

Affecté au groupement Barre, le 1er bataillon rejoint le front dans le secteur de Djezzine le 16 juin, avec pour mission de conquérir les débouchés de cette ville dès le 17.
Sous les violents tirs de barrage de l’artillerie australienne, le bataillon doit arrêter son mouvement et s’installer défensivement, alors que deux sections, engagées dans un ravin, sont décimées à quatre cents mètres de leur objectif. Les positions se figent. Les légionnaires vont devoir pendant plusieurs jours résister aux assauts répétés des Australiens, toujours précédés de tirs d’artillerie et de mortier très denses.
L’arrivée des engins et des mitrailleuses le 18 et le renfort de la 1re compagnie le 20 ne permettent pas de débloquer la situation. Les murettes de protection établies par les légionnaires n’ont pas résisté à la violence des tirs d’artillerie, ce qui donne la possibilité aux assaillants d’engager le combat au corps à corps dans les positions. Le 24 juin, l’attaque est repoussée au prix de lourdes pertes. Le lieutenant Lezitzki est mortellement blessé au cours de l’action. Le bataillon tiendra devant Djezzine jusqu’au 6 juillet. A cette date, il rejoint le secteur de Damour, sur la côte libanaise, où se trouve le 2e bataillon. Seule la 2e compagnie reste attachée au groupement Barre. Installée à Amatour, elle subit d’intenses bombardements jusqu’au 11 juillet, jour de la fin des hostilités.

La Marine fait l’impossible pour soutenir les troupes à terre mais elle fait face à forte partie. Venu au secours du Liban, le contre-torpilleur Chevalier-Paul a été torpillé. Son équipage
est secouru par le Valmy (dont le commandant Pierre Guiot a laissé des souvenirs téléchargeables en format pdf sur le site internet : http://www.philippe.tailliez.net).

Le 2e bataillon à Damour

Dès le début des hostilités, les compagnies ont quitté Baalbek en direction du sud. La section de commandement du bataillon, les 6e et 7e compagnies sont à Chtaura, alors que la 5e compagnie s’est installée à Rayak. Le premier jour des combats, la totalité du bataillon fait mouvement vers la côte pour s’installer, du 13 au 17 juin, dans le secteur de Damour. Cette position est d’une importance capitale et doit être tenue coûte que coûte, car elle commande les accès vers Beyrouth. Officiers, sous-officiers, caporaux-chefs, caporaux et légionnaires « mettent la main à la pâte » pour organiser les installations de défense de cette bande côtière, dominée par des hauteurs.
Le 18 juin, la marine britannique, installée au large, canonne au gros calibre les positions du bataillon. Ce pilonnage impressionnant et efficace dure vingt jours ; à partir du 22 juin, il est renforcé par l’artillerie terrestre.
Les légionnaires résistent activement. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, le déluge de fer et de feu s’intensifie encore. L’adversaire veut en finir. En cinq heures, trente mille obus vont s’abattre sans discontinuer sur les défenses et bouleverser totalement le terrain. A l’aube, suivant au plus près le barrage d’artillerie, l’infanterie australienne se lance à l’assaut.
La 6e compagnie reçoit le choc principal ; à court de munitions, les légionnaires succombent après un sanglant combat à la baïonnette et à la grenade. Tous les survivants seront faits prisonniers, la compagnie a 65 % de ses effectifs tués ou blessés. La même défense héroïque se rencontre à la 7e compagnie, qui rejette l’ennemi hors de ses positions. La 5e compagnie, implantée à proximité du P.C., connaît les mêmes souffrances et déplore la mort du lieutenant Lesueur. Alors que l’ennemi se replie après un nouvel assaut infructueux, le clairon, à la demande du commandant de bataillon, joue le Boudin, et des légionnaires entament le Chant du départ, debout sur le parapet des positions de défense.
Le courage et l’abnégation de tous auront raison de la ténacité de l’adversaire. Son attaque massive est brisée, les Australiens doivent se replier. Les légionnaires reprennent toutes les positions assignées au début de l’action.
Cette victoire, coûteuse en vies humaines, sera malheureusement sans lendemain. A partir du 8 juillet, le bataillon doit, sur ordre, se replier sur les crêtes situées au nord de Damour et céder sans combattre le terrain si chèrement défendu.

Le 3e bataillon à Merdjayoun

L’ouverture du conflit provoque le déplacement du 3e bataillon vers Kissoué afin de couvrir Damas par le sud. Dans la nuit du 8 au 9 juin, deux sections de la 11e compagnie engagent le feu avec l’ennemi près de Cheikh Meskine. Elles découvrent après quelques instants de combat qu’il s’agit de Français : ceux de la division française libre du général Legentilhomme. Dans cet affrontement extrêmement pénible contre le bataillon d’infanterie de marine, les légionnaires déplorent leurs premières pertes, et décrochent.
Le 14 juin, le 3/6e REI se trouve à Merdjayoun. Le sous-groupement dans lequel il est intégré doit absolument tenir cette position clé du Sud Liban qui verrouille la vallée du Litani. Dès le 15 juin, le bataillon se sépare de la 11e compagnie, qui reçoit pour mission de renforcer les troupes de la garnison de Djezzine.
Réduit à deux compagnies, le bataillon défend farouchement Merdjayoun que l’ennemi veut reconquérir. Le 17, la 9e compagnie repousse un assaut. Deux jours plus tard, les Australiens lancent une attaque générale, soutenue par l’artillerie. Installés dans la citadelle, les légionnaires de la 10e compagnie résistent. Ceux de la 9e luttent pied à pied dans les rues et les maisons, où l’on se fusille à bout portant.
Une section voit tous ses hommes tués à leur poste. Le sous-lieutenant Schluter tombe lors d’une contre-attaque. Pendant deux heures, le P.C. du bataillon est encerclé, mais les tentatives de l’ennemi pour s’en emparer sont repoussées.
Finalement, l’ennemi renonce, laissant, outre ses morts, quatre-vingts prisonniers aux mains de la 9e compagnie.
Le 20 juin, les légionnaires fouillent maisons et jardins pour chasser les isolés qui s’y maintiennent encore. Trois jours durant, ils tiennent leurs positions sous des tirs de harcèlement, jusqu’à ce que l’ordre de repli leur parvienne. Sur ses positions successives, le bataillon résiste aux attaques le 27 juin, puis, les 6 et 10 juillet. Les combats s’interrompent dans la nuit du 11 au 12.
Une chenillette Bren appartenant à une unité indienne roule sur la route de Damas. Devant elle un char français mis hors de combat.


Le 4e bataillon au Liban et à Damas

Le 9 juin, le 4e bataillon, moins la 15e compagnie, qui se trouve à Palmyre, se porte sur la côte libanaise, où il parvient le lendemain. Mission lui est donnée de barrer la route de Saïda (l’ancienne Sidon des Phéniciens) en s’établissant en bouchon à une dizaine de kilomètres au sud, à Hassaniyé, et d’en organiser un autre à Adloun, douze kilomètres plus bas.
Arrivée sous le feu à Adloun dans la nuit du 10 au 11 juin, la 13e compagnie subit rapidement un premier assaut de la part des Australiens. Repoussés, ces derniers reviennent à la charge au petit jour, soutenus par un copieux bombardement d’artillerie terrestre et navale.
Encerclés, pilonnés, attaqués par des chars, les légionnaires résistent avec acharnement avant d’être submergés dans cette lutte inégale contre toute une brigade. Le 11, à midi, c’est au tour des Képis blancs d’Hassaniyé de recevoir le choc. Leur résistance obstinée oblige l’ennemi à remettre son assaut général au lendemain. Le 12 juin au matin, il attaque.
Cinq heures durant, les légionnaires tiennent sous un feu d’enfer, privés de moyens modernes de défense. Bientôt pris à revers, les hommes de la 14e compagnie et de la SCB succombent, sauf quelques isolés qui rejoignent les lignes à la nuit.
Ces deux combats réduisent l’effectif de l’ensemble à la valeur de deux sections qui, dirigées sur Damas le 16 juin, sont aux avant-postes jusqu’au 18. Squelettique, le bataillon est alors chargé de défendre Mezzé, à l’ouest de la capitale syrienne.
Le 20 juin, une section forte de vingt-six hommes s’empare d’une ferme tenue par l’ennemi. A un contre treize, ils forcent les défenseurs à capituler : trois cents Britanniques sont faits prisonniers. En même temps, soixante-trois soldats français retenus prisonniers sont rendus à la liberté.
Le 30 juin, ce qui reste du 4/6 REI est regroupé à Homs. Le 2 juillet, la 13e compagnie est reconstituée et envoyée sans attendre à Forklos, sur la route de Palmyre, pour s’opposer à la progression de l’ennemi venant de l’est. Les 9 et 10 juillet, elle engage le combat. L’évolution générale des opérations entraîne rapidement son repli sur Homs, où elle se trouve quand intervient l’armistice.

En France, le gouvernement cherche à expliquer à l’opinion une politique complexe d’équilibre entre des impératifs contradictoires : ne pas inquiéter les Anglais, ne pas fâcher les Allemands.

La 15e compagnie à Palmyre

Cette unité du 4e bataillon mérite une place à part en raison de la situation excentrée qu’elle occupe par rapport au centre de gravité des opérations et du rôle glorieux qu’elle a tenu dans les combats. Installée à Palmyre, elle partage les lieux avec une compagnie de méharistes et un détachement d’aviation (en raison de la présence d’une base aérienne). Une de ses sections implantée à cent kilomètres à l’est de la ville, assure la garde de la station de pompage T.3 sur l’oléoduc de l’IPC.
La garnison de Palmyre ne prendra contact avec l’ennemi venant d’Irak que le 21 juin. Depuis le 8 juin, les journées sont mises à profit pour renforcer les défenses. Les combats commencent par un violent bombardement de l’armée anglaise. La résistance déterminée des Français oblige l’ennemi à renforcer ses moyens de jour en jour.
Attaques, contre-attaques et coups de main de nuit se succèdent sans relâche. Le 29 juin, les troupes britanniques encerclent la place. Le 30, la lutte s’intensifie encore. Appuyé par des tirs d’artillerie et par un bombardement aérien, l’ennemi s’infiltre autour des points d’appui, que la garnison défend avec acharnement. Dans les ruines antiques, l’assaillant finit par être culbuté, abandonnant tués, prisonniers, armes et munitions. Le soir, une nouvelle tentative de sa part n’a pas plus de succès. Le 2 juillet, les munitions sont en voie d’épuisement. Assuré qu’il ne pourra être secouru, le commandant de la place décide de cesser la résistance. Pour sa conduite exemplaire, la garnison recevra le 3 juillet une citation à l’ordre de l’armée.
Quant à la section de légionnaires isolée à la station de pompage, son comportement n’est pas moins valeureux. Commandée par un adjudant, elle compte un effectif de vingt-deux hommes et dispose de dix jours de vivres. Pour ces légionnaires, le 21 juin marque le début de l’épreuve. L’après-midi, une colonne de quarante-cinq véhicules arrive en vue de la position. Les fantassins, soutenus par de l’artillerie et des mortiers, ne peuvent emporter la décision. Les jours suivants, tous les assauts seront encore repoussés.
Le 24 juin, une petite colonne amie (huit blindés et quatre camions) venue de Deïr-Es-Zor dégage provisoirement le poste, mais doit se replier. Les Anglais sont environ deux cent cinquante, soit un contre dix. Pourtant, ils sont une fois de plus repoussés. Découragé, l’adversaire cesse ses tentatives de vive force jusqu’au 5 juillet, mais ne quitte pas ses positions. Le commandement adverse adresse un ultimatum et apprend aux légionnaires la chute de Palmyre et celle de Deïr-Es-Zor. Sans vivres ni munitions, l’adjudant rend compte par radio au général commandant la région. Ce dernier prescrit l’évacuation et le repli sur Meskène, repli qui s’effectuera évidemment à pied, en terrain quasi désertique. Jugeant la chose irréalisable, le chef de section choisit la reddition sous conditions. Tout l’armement sera détruit, ses hommes seront autorisés à conserver leurs bagages et leurs effets personnels.
Le colonel britannique accepte sans aucune réserve. Le 6 juillet au matin, l’ennemi prend possession du poste devant lequel il piétinait depuis deux semaines, tenu en respect par vingt-deux braves.

L’embarquement des troupes pour la France se fait en bon ordre, sous la surveillance discrète des Australiens qui interdisent l'accès des quais aux gaullistes.

Le groupe d’artillerie

En quittant ses quartiers de Baalbek, l’unité voit ses trois batteries réparties au gré des besoins. La 1re, affectée au groupement Barre, est envoyée à Djezzine. Elle appuie de ses tirs les actions du 1er bataillon pendant tout le temps où ce dernier opère dans le secteur.
De leur côté, les 2e et 3e batteries sont envoyées vers Beyrouth, puis vers Saïda. Le 13 juin, elles sont au contact de l’ennemi au sud de cette dernière ville. Prises à partie par l’artillerie ennemie (terrestre et navale), elles appuient de toutes leurs pièces la défense des positions, canonnant les rassemblements repérés, bloquant les attaques par des tirs d’arrêt, réduisant une batterie adverse au silence. Seuls, les navires anglais qui canonnent depuis le large sont invulnérables. Dans la nuit du 14 au 15, elles reçoivent l’ordre de repli. A partir du 17 juin, les trois formations connaissent diverses implantations.
La 1re batterie, revenue à Chtaura, part pour Neteck, où elle est engagée du 28 juin au 1er juillet. Elle rejoint Alep le 3. Dans la nuit du 8 au 9, elle exécute un spectaculaire coup de main contre les unités indiennes qui ont occupé Rakka, sur l’Euphrate. Parcourant cent cinquante kilomètres dans l’obscurité, les légionnaires artilleurs arrivent sur les positions ennemies au petit jour, les arrosent de projectiles et se replient sans aucune perte après avoir semé une panique générale.
La 2e batterie est envoyée dans le secteur de Damas jusqu’au 27 juin. Elle opère dans la zone de Machgara du 30 juin jusqu’à la fin de la lutte, barrant la vallée du Litani à l’ennemi.
Quant à la 3e batterie, elle se trouve à Chtaura le 21 juin, puis relève la 2e dans le secteur de Damas le 27. Jusqu’à la fin des combats, elle continue sa mission de soutien des unités d’infanterie. Elle perd le lieutenant Lagrange, tué dans la nuit du 10 au 11 juillet.
L’embarquement des troupes pour la France se fait en bon ordre, les légionnaires du 6e REI ont conservé un moral et une cohésion à toute épreuve.



Le 16 août 1941, le régiment quitte le Liban. Sur le quai, une section d’infanterie australienne rend les honneurs.

Les derniers jours en Orient

Le 11 juillet à minuit, le cessez-le-feu entre en application. Les différentes formations du 6e REI se regroupent les 13 et 14 juillet dans les zones qui leur ont été assignées.
La convention d’armistice signée le 14 juillet à Saint-Jean-d’Acre (Palestine) entre les Britanniques et les Français accorde aux soldats du Levant les honneurs de la guerre, le maintien des unités, avec leur encadrement, en formations constituées, la garde de l’armement individuel. L’armement lourd et le matériel sont livrés aux vainqueurs. Les soldats français pourront opter pour le rapatriement à bord de bateaux français. Le 20 juillet, tous les bataillons du 6e étranger sont regroupés dans la région d’Antoura. Le 31 juillet, le 4e bataillon, dont il ne subsiste qu’une compagnie, est dissous.
Entre-temps, le général De Gaulle a pu obtenir de ses alliés que soit proposée aux troupes du Levant la possibilité de rejoindre ses forces. Quelques légionnaires du « 6 », prisonniers. de guerre, ont d’ailleurs déjà effectué cette démarche et intégré la 13e DBLE.
Le 9 août, le régiment gagne Damour, ce qui lui permet au passage d’inhumer les morts du 2e bataillon tombés un mois auparavant. Certains étaient restés sans sépulture, d’autres n’avaient eu droit qu’à un enfouissement hâtif de la part des Britanniques. Le 12, le régiment est regroupé au camp T.4, près de Beyrouth. Deux jours après se déroule la séance solennelle, d’option. Colonne par un, légionnaires en tête, ensuite les caporaux, puis les sous-officiers et enfin les officiers, le régiment passe devant des officiers australiens avant de sortir par l’une des portes marquées : « Pétain » ou « De Gaulle ». Ce jour-là, seuls trois légionnaires choisissent les Forces françaises libres.

Après une brève captivité aux mains des Britanniques, le général Dentz est libéré grâce à des interventions diplomatiques.A son arrivée à Marseille il est accueilli par le général Laure et par une foule enthousiaste de Marseillais.

Le 16 août à 17 heures, l’Explorateur-Grandidier lève l’ancre dans le port de Beyrouth. Il emporte le 6e régiment étranger d’infanterie vers le sol de France et vers un nouveau destin. La musique du régiment joue la Marseillaise et le Boudin, tandis que, sur le quai, un détachement australien est venu rendre les honneurs. Au cours de cette campagne, deux cent cinquante légionnaires de tout grade sont tombés au champ d’honneur et six cents blessés ont clairsemé les rangs du régiment.
Après y avoir servi pendant vingt ans, la Légion quitte le Levant.

En octobre 1941, l’amiral Darlan, vice-président du Conseil, fait le général Dentz grand-officier de la Légion d’honneur pour son rôle au Levant. Patriote sincère, cet officier général sera
la victime d’enjeux politique qui le dépassaient. Condamné à mort par la Haute Cour de justice en avril 1945, sa peine sera commuée en prison à vie le 24 octobre suivant. Le général Dentz n’en profitera pas car il meurt de froid et de privations à Fresnes le 13 décembre 1945.

La dissolution

Le 23 août 1941, le 6e REI, réduit à trois bataillons et au groupe d’artillerie, totalisant un effectif de mille deux cents hommes, débarque à Marseille. Les autres, on l’a vu, sont morts au champ d’honneur, sont en convalescence dans les hôpitaux ou captifs, ou ont rallié les F.F.L. La cité phocéenne réserve une réception chaleureuse à ces combattants revenant d’outre-mer.
Le 24 août, à 23 heures, le train emportant le régiment vers Pau quitte la gare maritime. Le 25 août, le 6e au complet défile dans la ville, devant une foule qui n’avait pas vu de légionnaires depuis… 1839, année où le 4e bataillon de la Légion étrangère y avait été formé avec des réfugiés politiques espagnols.
Le 6e étranger doit cantonner au camp d’Idron, à six kilomètres de la ville. Le 31 août, faute d’effectifs, le 3e bataillon est à son tour dissous, sort que subit également le groupe d’artillerie le 15 septembre. A la fin du mois d’octobre, le colonel Barre quitte le régiment qu’il a vu naître pour aller prendre le commandement du dépôt commun des régiments étrangers. Il est remplacé par le lieutenant-colonel Delore. Fin novembre, le régiment reçoit l’ordre d’embarquer pour l’Afrique du Nord. Le 1er janvier 1942, le 6e régiment étranger d’infanterie est dissous. Son drapeau est déposé au musée de la Légion à Sidib bel Abbes.
Après deux ans d’une courte existence, le 6e étranger disparaît pour quelques années. Son sacrifice à Djezzine, Damour, Merdjayoun ou Palmyre, lui a permis de rejoindre dans la gloire les anciens de Camerone et de Musseifre. Les faits d’armes des légionnaires du Levant sont à la hauteur de la réputation des Képis blancs, ils ne ternissent pas leur prestige. Cette page d’histoire militaire méritait bien qu’on la sortît de la discrétion.
Certains officiers, sous-officiers et légionnaires de l’ex-6e REI poursuivront glorieusement la lutte pour la victoire finale dans les rangs d’autre corps de Légion étrangère. La Légion continue.

Tibor Szecsko

Combattant de la liberté de la révolution hongroise de 1956, Tibor Szecsko quitte son pays pour échapper à la répression communiste. Il rejoint la France où il s’engage dans la Légion trangère en 1958 comme simple légionnaire. Il est affecté en Algérie successivement au 1er REI, puis au 3e REI. Tibor Szecsko rentre en France avec le 3e BMLE dans le cadre de la préparation de l’installation de la Légion à Aubagne. Il rejoint ensuite le 4e REI au Sahara puis le Ier REC à Bou Sfer. Il termine sa carrière au musée de la Légion dont il sera conservateur durant une quinzaine d’années.

Cette photographie résume tout l’esprit de la Légion quand les légionnaires n'étaient pas des mous du genou. Le 29 octobre 1989, sur la tribune d’honneur, les anciens du régiment du Levant assistent à la prise d’armes du 6e REG. A gauche, alors âgé de 99 ans, le général Barre, ancien chef de corps du 6e REI. Au centre : le colonel Jacquot, capitaine en 1941, il était le chef d’état-major du 6e REI. C’est notamment lui qui a organisé la difficile séance du choix après les combats. Par la suite, il a longtemps servi la Légion et a commandé le 2e REI de 1953 à 1956.
A droite, le général Pépin Lehalleur, sous-lieutenant puis lieutenant au IVe bataillon formant corps du 1er REI et au 1er bataillon du 6e REI, il sera blessé gravement le 4 juillet 1941. Souhaitons qu’un jour la mention
« Levant 1941 » soit ajoutée au drapeau du Ier REG pour

que ne soit pas oubliée la conduite héroïque des légionnaires
du Liban et de Syrie.




La Légion étrangère en Indochine, 358 p., ill., biblio., Edi-Cats 1989.
La Légion, une légende en marche : Ier Étranger de cavalerie, 128 p., photogr. de Daniel Riffet et Ier REC, Atlas 1990 et 1994.
Le Grand Livre des insignes de la Légion étrangère, 214 p., ill., Institution des invalides de la Légion étrangère, 1991.
La Légion, une légende en marche : 6e étranger de génie, 128 p., photogr. de Daniel Riffet et 6e REG, Atlas 1991.


Quelques photos des archives australiennes

Après l’armistice, ce camp de prisonniers français affiche son attachement à la personne du maréchal Pétain.

Au large des côtes du Liban, combat de nuit entre la Marine nationale et la Royal Navy.


Une formation de Blenheim de la Royal Air Force largue ses bombes au-dessus du QG du général Dentz.

Les soldats français attendent leur tour devant une commission auprès de laquelle ils auront la possibilité d’opter entre De Gaulle et Pétain.

Un officier australien a astucieusement transformé ce char français immobilisé en observatoire d’artillerie.


Durant les négociations d’armistice, les troupes australiennes fraternisent avec leurs adversaires de la veille.

Le général Dentz arrive sous bonne garde à Jérusalem, contrairement à ce qui avait été convenu. Il sera libéré rapidement.

Face à face tendu entre le général Catroux (à gauche), représentant de la France libre et le général Verdilhac (à droite) commandant l'Armée française au Levant.

Au cours du vol de retour, l’équipage est radieux : il pense avoir mis hors de combat le général Dentz. Grave erreur !
sLa ferme d’Adloun après sa capture par les Australiens.