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mercredi 20 mai 2009

La déclaration finale de Louis XVI

Voici le texte intégral de la déclration de Louis telle qu'on peut la lire dans le Moniteur, tome XV, p. 715.


Tant que le Roi a pu espérer voir renaître l'ordre et le bonheur du royaume par les moyens employés par l'Assemblée nationale, et par sa résidence auprès de cette Assemblée dans la capitale du Royaume, aucun sacrifice personnel ne lui a coûté ; il n'aurait pas même argué de la nullité dont le défaut absolu de liberté entache toutes les démarches qu'il a faites depuis le mois d'octobre 1789, si cet espoir eût été rempli. Mais aujourd'hui que la seule récompense de tant de sacrifices est de voir la destruction de la royauté, de voir tous les pouvoirs méconnus, les propriétés violés, la sûreté des personnes mise partout en danger, les crimes rester impunis, et une anarchie complète s'établir au-dessus des lois, sans que l'apparence d'autorité que lui donne la nouvelle Constitution soit suffisante pour réparer un seul des maux qui affligent le royaume, le Roi, après avoir solennellement protesté contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux des Français et de tout l'Univers le tableau de sa conduite, et celui du Gouvernement qui s'est établi dans le royaume.
On a vu Sa Majesté, au mois de juillet 1789, pour écarter tout sujet de défiance, renvoyer les troupes qu'elle n'avait appelées auprès de sa personne qu'après que les étincelles de révolte s'étaient déjà manifestées dans Paris et dans le régiment même de ses gardes. Le Roi, fort de sa conscience et de la droiture de ses intentions, n'a pas craint de venir seul parmi les citoyens armés de la Capitale.
Au mois d'octobre de la même année, le Roi, prévenu depuis longtemps des mouvements que les factieux cherchaient à exciter, dans la journée du 5 fut averti assez à temps pour pouvoir se retirer où il eût voulu ; mais il craignit qu'on ne se servit de cette démarche pour allumer la guerre civile, et il aima mieux se sacrifier personnellement, et ce qui était plus déchirant pour son cœur, mettre en danger la vie des personnes qui lui sont le plus chères. Tout le monde sait les événements de la nuit du 6 octobre, et l'impunité qui les couvre depuis près de deux ans. Dieu seul a empêché l'exécution des plus grands crimes, et a détourné de la nation française une tache qui aurait été ineffaçable.
Le Roi, cédant au vœu manifesté par l'armée des Parisiens, vint s'établir avec sa famille au château des Tuileries. Il y avait plus de cent ans que les Rois n'y avaient fait de résidence habituelle, excepté dans la minorité de Louis XV. Rien n'était prêt pour recevoir le Roi, et la disposition des anciens appartements est bien loin de procurer les commodités auxquelles Sa Majesté était accoutumée dans les autres maisons Royales, et dont tout particulier qui a de l'aisance peut jouir. Malgré la contrainte qui avait été apportée, et les incommodités de tout genre qui suivaient le changement de séjour du Roi, fidèle au système de sacrifice que Sa Majesté s'était fait pour procurer la tranquillité publique, elle crut, dès le lendemain de son arrivée à Paris, devoir rassurer les provinces sur son séjour dans la Capitale, et inviter l'Assemblée à se rapprocher de lui, en venant continuer ses travaux dans le même ville.
Mais un sacrifice plus pénible était réservé au cœur de Sa Majesté ; il fallut qu'elle éloignât d'elle les gardes du corps de la fidélité desquels elle venait d'avoir une preuve bien éclatante dans la funeste matinée du 6 ; deux avaient péri victimes de leur attachement au Roi et à sa famille, et plusieurs autres blessés grièvement en exécutant strictement les ordres du Roi qui leur avait défendu de tirer sur la multitude égarée. L'art des factieux a été bien grand pour faire envisager sous des couleurs si noires une troupe aussi fidèle, et qui venait de mettre le comble à la bonne conduite qu'elle avait toujours tenue. Mais ce n'était pas tant contre les gardes du corps que leur intention était dirigée, c'était contre le Roi lui-même. On voulait l'isoler entièrement en le privant du service de ses gardes du corps dont on n'avait pas pu égarer les esprits, comme on avait réussi auprès de ceux du régiment des Gardes Françaises qui, peu de temps auparavant, était le modèle de l'armée.
C'est aux soldats de ce même régiment, devenu troupe soldée par la ville de Paris, et aux Gardes Nationaux volontaires de cette même ville, que la garde du Roi a été confiée. Ces troupes sont entièrement sous les ordres de la municipalité de Paris, dont le commandant général relève, et le Roi s'est vu par là prisonnier dans ses propres Etats ; car comment peut-on appeler autrement l'état d'un Roi qui ne commande à sa Garde que pour les choses de parade, qui ne nomme à aucune des places, et qui même est obligé de se voir entouré de plusieurs personnes dont il connaît les mauvaises intentions pour lui et pour sa famille ?
Ce n'est pas pour inculper la Garde Nationale parisienne et les troupes du centre, c'est pour faire connaître l'exacte vérité que le Roi relève ces faits ; et en la faisant connaître, il aime à rendre justice au zèle pour le bon ordre et à l'attachement qu'en général cette troupe lui a montrés pour sa personne, lorsque les esprits ont été laissés à eux-mêmes, et qu'ils n'ont pas été égarés par les clameurs et les mensonges des factieux.
Mais plus le Roi a fait des sacrifices pour le bonheur de ses peuples, plus les factieux ont travaillé pour qu'ils en méconnussent le prix, et présenter la royauté sous les couleurs les plus fausses et les plus odieuses.
La convocation des États Généraux, le doublement des députés du Tiers État, les peines que le Roi a prises pour aplanir toutes les difficultés qui pouvaient retarder l'assemblée des États Généraux, et celles qui s'étaient élevées depuis leur ouverture ; tous les retranchements que le Roi avait faits sur sa dépense personnelle, tous les sacrifices qu'il a faits à ses peuples dans la séance du 23 juin, enfin la réunion des Ordres, opérée par la manifestation du vœu du Roi, mesure que Sa Majesté jugea alors indispensable pour l'activité des États Généraux : tous ses soins, toutes ses peines, toute sa générosité, tout son dévouement pour son peuple, tout a été méconnu, tout a été dénaturé.
Lorsque les États Généraux s'étant donnés le nom d'Assemblée nationale, ont commencé à s'occuper de la Constitution du royaume, qu'on se rappelle les mémoires que les factieux ont eu l'adresse de faire venir de plusieurs provinces, et les mouvements de Paris, pour faire manquer les députés à une des principales clauses portée dans tous leurs cahiers, qui portait que — la confection des lois se ferait de concert avec le Roi —. Au mépris de cette clause l'Assemblée a mis le Roi tout à fait hors de la Constitution en lui refusant le droit d'accorder ou de refuser sa sanction aux articles qu'elle regarde comme constitutionnels, en se réservant le droit de ranger dans cette classe tous ceux qu'elle juge à propos, et en restreignant sur ceux purement législatifs, la prérogative royale à un droit de suspension jusqu'à la troisième législature, droit purement illusoire, comme tant d'exemples ne le prouvent que trop.
Que reste-t-il au Roi autre chose que le vain simulacre de la royauté ? On lui a donné vingt-cinq millions pour sa Liste civile ; mais la splendeur de la Maison qu'il doit entretenir pour faire honneur à la dignité de la Couronne de France, et les charges qu'on a rejetées dessus, même depuis l'époque où ces fonds ont été réglés, doivent en absorber la totalité. On lui a laissé l'usufruit de quelques-uns des domaines de la Couronne, avec plusieurs formes gênantes pour leur jouissance. Ces domaines ne sont qu'une petite partie de ceux que les Rois ont possédé de toute ancienneté, ou des patrimoines des ancêtres de Sa Majesté qu'ils ont réunis à la Couronne. On ne craint pas d'avancer que si tous ces objets étaient réunis, ils dépasseraient de beaucoup les sommes allouées pour l'entretien du Roi et de sa famille, et qu'alors il n'en couûterait rien au peuple pour cette partie.
"Une remarque qui coûte à faire au Roi, est l'attention qu'on a eue de séparer, dans tous les arrangements sur la finance et toutes les autres parties, les services rendus au Roi personnellement, ou à l'Etat, comme si ces objets n'étaient pas vraiment inséparables, et que les services rendus à la personne du Roi ne l'étaient pas à l'Etat.
Qu'on examine ensuite les diverses parties du gouvernement :

LA JUSTICE.
Le Roi n'a aucune participation à la confection des lois, il a le simple droit d'empêcher jusqu'à la troisième législature sur les objets qui ne sont pas réputés constitutionnels, et celui de prier l'Assemblée nationale de s'occuper de tel ou tel objet, sans avoir le droit d'en faire la proposition formelle. La Justice se rend au nom du Roi, les provisions des juges sont expédiées par lui, mais ce n'est qu'une affaire absolument de forme, et le Roi a seulement la nomination des commissaires du Roi, places nouvellement créées qui n'ont qu'une partie des attributions des anciens procureurs généraux, et sont seulement destinés à faire maintenir l'exécution des formes : toute la partie publique est dévolue à un autre officier de justice. Ces places de commissaires sont à vie et non révocables, pendant que l'exercice de celles de juges ne doit durer que six années. Un des derniers décrets de l'Assemblée vient de priver le Roi d'une des plus belles prérogatives attachées partout à la Royauté : celle de faire grâce et de commuer les peines. Quelques parfaites que soient les lois, il est impossible qu'elles prévoient tous les cas ; et ce sera alors les jurés qui auront véritablemnt le droit de faire grâce, en appliquant suivant leur volonté le sens de la loi, quoique les apparences paraissent contraires. D'ailleurs combien cette disposition ne diminue-t-elle pas la Majesté Royale aux yeux des peuples, étant accoutumés depuis si longtemps à recourir au Roi dans leurs besoins et dans leurs peines, et à voir en lui le père commun qui pouvait soulager leurs afflictions !

L'ADMINISTRATION INTÉRIEURE.
Elle est tout entière dans les mains des départements, des districts et des municipalités, ressorts trop multipliés qui nuisent au mouvement de la machine, et qui souvent peuvent se croiser. Tous ces corps sont élus par le pleuple et ne ressortissent du gouvernement, d'après les décrets, que pour leur exécution et celle des ordres particuliers qui en sont la suite. D'un côté ils n'ont aucune grâce à en attendre, et de l'autre les manières de punir ou de réprimer leurs fautes, comme elles sont établies par les décrets, ont des formes si compliquées qu'il faudrait des cas bien extraordinaires pour pouvoir s'en servir, ce qui réduit à bien peu de chose la surveillance que les ministres doivent avoir sur eux. Ces corps ont d'ailleurs acquis peu de force et de considération, et les Sociétés des Amis de la Constitution qui ne sont pas responsables, se trouvent bien plus fortes qu'eux, et par là l'action du gouvernement devient nulle. Depuis leur établissement, on a vu plusieurs exemples que, quelque bonne volonté qu'ils eussent pour maintenir le bon ordre, ils n'ont pas osé se servir des moyens que la loi leur donnait, par la crainte du peuple poussé par d'autres intigations.
Les corps électoraux, quoiqu'ils n'aient aucune action, et soient restreints aux élections, ont une force réelle par leur masse, par leur durée biennale, et par la crainte naturelle aux hommes, et surtout à ceux qui n'ont pas d'état fixe, de déplaire à ceux qui peuvent servir ou nuire.
La disposition des forces militaires est, par les décrets, dans la main du Roi. Il a été déclaré chef suprême de l'Armée et de la Marine. Mais tout le travail de formation de ces deux armes a été fait par les Comités de l'Assemblée sans la participation du Roi ; tout, jusqu'au moindre réglement de discipline, a été fait par eux ; et s'il reste au Roi le tiers ou le quart des nominations, suivant les occasions, ce droit devient à peu près illusoire par les obstacles et les contrariétés sans nombre que chacun se permet contre les choix du Roi. On l'a vu être obligé de refaire tout le travail des officiers généraux de l'Armée, parce que ces choix déplaisaient aux Clubs ; en cédant ainsi, Sa Majesté n'a pas voulu sacrifier d'honnêtes et braves militaires, et les exposer aux violences qu'on aurait sûrement exercées contre eux, comme on n'en a vu que de trop fâcheux exemples. Les Clubs et les corps administratifs se mêlent des détails intérieurs des troupes qui doivent être absolument étrangers même à ces derniers, n'ayant que le droit de requérir la force publique lorsqu'ils pensent qu'il y a lieu à l'employer. Ils se sont servis de ce droit quelquefois même pour contrarier les dispositions du gouvernement sur la distribution des troupes, de manière qu'il est arrivé plusieurs fois qu'elles ne se trouvaient pas où elles devaient être. Ce n'est qu'aux Clubs qu'on doit attribuer l'esprit de révolte contre les officiers et la discipline militaire qui se répand dans beaucoup de régiments, et qui, si on n'y met bon ordre efficacement, sera la destruction de l'Armée. Que devient une armée quand elle n'a plus ni chefs ni discipline ? Au lieu d'être la force et la sauvegarde d'un Etat, elle en devient alors la terreur et le fléau. Combien les soldats français, quand ils auront les yeux dessillés, ne rougiront-ils pas de leur conduite, et ne prendront-ils pas en horreur ceux qui ont perverti le bon esprit qui régnait dans l'Armée et la Marine françaises ? Funestes dispositions que celles qui ont encouragé les soldats et les marins à fréquenter les Clubs ! Le Roi a toujours pensé que la loi doit être égale pour tous ; les officiers qui sont dans leur tort doivent être punis, mais ils doivent l'être, comme les subalternes, suivant les dispositions établies par les lois et règlements. Toutes les portes doivent être ouvertes pour que le mérite se montre et puisse avancer ; tout le bien-être qu'on peut donner aux soldats est juste et nécessaire ; mais il ne peut pas y avoir d'armée sans officiers, et il n'y en aura jamais tant que les soldats se croiront en droit de juger la conduite de leurs chefs.

AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
La nomination aux places de ministres dans les Cours étrangères a été réservée au Roi, ainsi que la conduite des négociations ; mais la liberté du Roi pour ces choix est aussi nulle que pour ceux des officiers de l'Armée ; on en a vu l'exemple à la dernière nomination. La révision et confirmation des traités, que s'est réservé l'Assemblée nationale, et la nomination d'un Comité diplomatique, détruit (sic) absolument la seconde disposition. Le droit de faire la guerre ne serait qu'un droit illusoire, parce qu'il faudrait être insensé pour croire qu'un roi qui n'est ni ne veut être despote, allât, de but en blanc, attaquer un autre royaume lorsque le vœu de la nation s'y opposerait et qu'elle n'accorderait aucun subside pour la soutenir. Mais le droit de faire la paix est d'un tout autre genre. Le Roi, qui ne fait qu'un avec la nation, qui ne peut avoir d'autre intérêt que le sien, connaît ses besoins et ses ressources, et ne craint pas alors de prendre les engagements qui lui paraissent propres à assurer son bonheur et sa tranquilité. Mais quand il faudra que les conventions subissent la révision et la confirmation de l'Assemblée nationale, aucune puissance étrangère ne voudra prendre des engagements qui peuvent être rompus par d'autres que par celui avec qui elle contracte ; et alors, tous les pouvoirs se concentrent dans cette même Assemblée. D'ailleurs, quelque franchise qu'on mette dans les négociations, est-il possible d'en confier le secret à une Assemblée dont les délibérations sont nécessairement publiques !

FINANCES.
Le Roi avait déclaré, bien avant la convocation des États Généraux, qu'il reconnaissait dans les Assemblées de la nation le droit d'accorder des subsides, et qu'il ne voulait plus imposer les peuples sans leur consentement. Tous les cahiers des députés aux États Généraux s'étaient accordés à mettre le rétablissement des finances au premier rang des objets dont cette Assemblée devait s'occuper ; quelques-uns y avaient mis des restrictions pour des articles à faire décider préalablement. Le Roi a levé les difficultés que ces restrictions auraient pu occasionner, en allant au-devant lui-même et accordant, dans la séance du 23 juin, tout ce qui avait été désiré. Le 4 février 1790, le Roi a pressé l'Assemblée de s'occuper efficacement d'un objet si important ; elle ne s'en est occupé que tard et d'une manière qui peut paraître imparfaite. Il n'y a point encore de tableau exactement fait des recettes et des dépenses, et des ressources qui peuvent servir à combler le déficit. On s'est laissé aller à des calculs hypothétiques. L'Assemblée s'est pressée de détruire plusieurs impôts dont la lourdeur, à la vérité, pesait beaucoup sur le peuple, mais qui donnaient des ressources assurées ; elle les a remplacés par un impôt presque unique dont la levée exacte sera peut-être très difficile. Les contributions ordinaires sont à présent très arrièrées, et la ressource extraordinaire des douze premiers millions d'assignats est déjà presque consommée. Les dépenses des départements de la Guerre et de la Marine, au lieu d'être diminuées, sont augmentées, sans y comprendre celles que des armements nécessaires ont occasionnées dans la dernière année. Pour l'administration de ce département, les rouages ont été fort multipliés, en en confiant les recettes aux administrations de districts. Le Roi qui le premier n'avait pas craint de rendre publics les comptes de son administration des finances, et avait montré la volonté que les comptes publics fussent établis comme une règle du gouvernement, a été rendu, si cela est possible, encore plus étranger à ce département qu'aux autres ; et les préventions, les jalousies, et les récriminations contre le gouvernement ont été plus répandues encore sur cet objet. Le règlement des fonds, le recouvrement des impositions, la répartition entre les départements, les récompenses pour services rendus, tout a été ôté à l'inspection du Roi, et il ne lui reste que quelques stériles nominations, et pas même la distribution de quelques gratifications à donner aux indigents. Le Roi connaît les difficultés de cette administration, et s'il était possible que la machine du gouvernement pût aller sans sa surveillance directe sur la gestion des finances, il ne regretterait que de ne pouvoir plus travailler par lui-même à établir un ordre qui pût faire parvenir à la diminution des impositions — objet qu'on sait que Sa Majesté a toujours vivement désiré, et qu'elle eût pu effectuer sans les dépenses de la dernière guerre —, et de ne plus avoir la distribution des secours pour le soulagment des malheureux.
Enfin par les décrets le Roi est déclaré chef suprême de l'administration du royaume ; d'autres décrets subséquents ont réglé l'organisation du ministère, de manière que le Roi, que cela doit regarder plus directement, ne peut pourtant y rien changer sans décision de l'Assemblée. Le système des chefs du parti dominant a été si bien suivi, de jeter une telle méfiance sur tous les agents du gouvernement, qu'il devient presque impossible aujourd'hui de remplir les places de l'administration. Tout gouvernement ne peut pas marcher ni subsister sans une confiance réciproque entre les administrateurs et les administrés, et les derniers règlements proposés à l'Assemblée nationale sur les peines à infliger aux ministres ou aux agents du pouvoir exécutif qui seraient prévaricateurs, ou seraient jugés avoir dépassé les limites de leur puissance, doivent faire naître toutes sortes d'inquiétudes, — ces dispositions pénales s'étendent même jusqu'aux subalternes, ce qui détruit toute subordination, les inférieurs ne devant jamais juger les ordres de leurs supérieurs qui sont responsables de ce qu'ils ordonnent —. Ces règlements, par la multiplicité des précautions et des genres de délits qui y sont indiqués, ne tendent qu'à inspirer de la méfiance au lieu de la confiance qui serait nécessaire.
Cette forme de gouvernement, si vicieuse en elle-même, le devient plus encore par deux causes :
1er/ L'Assemblée, par le moyen de ses Comités, excède à tout moment les bornes qu'elle s'est prescrites ; elle s'occupe d'affaires qui tiennent uniquement à l'administration intérieure du royaume et à celle de la Justice, et cumule ainsi tous les pouvoirs. Elle exerce même par son Comité des Recherches, un véritable despotisme plus barbare et plus insupportable qu'aucun de ceux dont l'histoire ait jamais fait mention.
2°/ Il s'est établi dans presque toutes les villes, et même dans plusieurs bourgs et villages du Royaume, des associations connues sous le nom des Amis de la Constitution : contre la teneur des décrets, elles ne souffrent aucune autre qui ne soit pas affiliée avec elles, ce qui forme une immense corporation plus dangereuse qu'aucune de celles qui existaient auparavant. Sans y être autorisées, mais même au mépris de tous les décrets, elles délibèrent sur toutes les parties du gouvernement, correspondent entre elles sur tous les objets, font et reçoivent des dénonciations, affichent des arrêtés, et ont pris une telle prépondérance que tous les corps adminitratifs et judiciaires, sans en excepter l'Assemblée nationale elle-même, obéissent presque toujours à leurs ordres. Le Roi ne pense pas qu'il soit possible de gouverner un royaume d'une si grande étendue et d'une si grande importance que la France par les moyens établis par l'Assemblée nationale tels qu'ils existent à présent. Sa Majesté, en accordant à tous les décrets indistinctement une sanction qu'elle savait bien ne pas pouvoir refuser, y a été déterminée par le désir d'éviter toute discussion que l'expérience lui avait appris être au moins inutile; elle craignait de plus qu'on ne pensât qu'elle voulût retarder ou faire manquer les travaux de l'Assemblée nationale à la réussite desquels la nation prenait un si grand intérêt. Elle mettait sa confiance dans les gens sages de cette Assemblée qui reconnaissaient qu'il était plus aisé de détruire un gouvernement que d'en reconstruire un sur des bases toutes différentes, et qui avaient plusieurs fois senti la nécessité, lors de la révision annoncée des décrets, de donner une force d'action et de coaction nécessaire à tout gouvernement ; ils reconnaissent aussi l'utilité d'inspirer pour ce gouvernement et pour les lois qui doivent assurer la prospérité et l'état de chacun, une confiance telle qu'elle ramenât dans le royaume tous les citoyens que le mécontentement dans quelques-uns, et dans la plupart la crainte pour leur vie ou pour leur propriété, ont forcés de s'expatrier.
Mais plus l'Assemblée approche du terme de ses travaux, plus on voit les gens sages perdre de leur crédit, plus les dispositions qui ne peuvent mettre que de la difficulté et même de l'impossibilité dans la conduite du gouvernement, et inspirer pour lui de la méfiance et de la défaveur, augmentent tous les jours. Les autres règlements, au lieu de jeter un baume salutaire sur les plaies qui saignent encore dans plusieurs provinces, ne font qu'accroître les inquiétudes et aigrir les mécontentements. L'esprit des Clubs domine tout et envahit tout, les mille journaux et pamphlets calomniateurs et incendiaires qui se répandent journellement ne sont que leurs échos, et préparent les esprits de la manière dont ils veulent les conduire. L'Assemblée nationale n'a jamais osé remédier à cette licence bien éloignée d'une vraie liberté; elle a perdu son crédit et même la force dont elle aurait besoin pour revenir sur ses pas et changer ce qui lui paraîtrait bon à être corrigé. On voit par l'esprit qui règne dans les Clubs, et la manière dont ils s'emparent des nouvelles assemblées primaires, ce qu'on doit attendre d'eux ; et s'ils laissent apercevoir quelques dispositions à revenir sur quelque chose, c'est pour détruire les restes de la royauté que les premiers décrets ont laissé subsister, et établir un gouvernement métaphysique et philosophique impossible dans son exécution.
Français, est-ce là ce que vous attendiez en envoyant vos représentants à l'Assemblée nationale ? Désiriez-vous que l'anarchie et le despotisme des Clubs remplaçât le gouvernement monarchique sous lequel la nation a prospéré pendant quatorze cents ans ? Désiriez-vous voir votre Roi comblé d'outrages et privé de sa liberté pendant qu'il ne s'occupait que d'établir la vôtre ?
L'amour pour ses rois est une des vertus des Français, et Sa Majesté en a reçu personnellement des marques trop touchantes pour pouvoir jamais les oublier. Les factieux sentaient bien que tant que cet amour subsisterait, leur ouvrage ne pourrait jamais s'achever. Ils sentirent également que pour l'affaiblir, il fallait, s'il était possible, anéantir le respect qui l'a toujours accompagné ; et c'est la source de tous les outrages que le Roi a reçus depuis deux ans, et de tous les maux qu'il a soufferts. Sa Majesté n'en retracerait pas ici l'affligeant tableau si elle ne voulait faire connaître à ses fidèles sujets l'esprit de ces factieux qui déchirent le sein de la patrie en feignant de vouloir la régénérer.
Ils profitèrent de l'espèce d'enthousiasme où l'on était pour M. Necker, pour lui procurer sous les yeux mêmes du Roi un triomphe d'autant plus éclatant que dans le même instant les gens qu'ils avaient soudoyés pour cela affectèrent de ne faire aucune attention à la présence du Roi. Enhardis par ce premier essai, ils osèrent dès le lendemain, à Versailles, faire insulter M. l'archevêque de Paris, le poursuivre à coup de pierres, et mettre sa vie dans le plus grand danger. Lorsque l'insurrection éclata dans Paris, un courrier que le Roi avait envoyé fut arrêté, publiquement fouillé, et les lettres du Roi même furent ouvertes. Pendant ce temps l'Assemblée nationale semblait insulter à la douleur de Sa Majesté en ne s'occupant qu'à combler de marques d'estime ces mêmes ministres dont le renvoi a servi de prétexte à l'insurrection, et que depuis elle n'a pas mieux traités pour cela. Le Roi s'étant déterminé à aller porter lui-même des paroles de paix dans la capitale, des gens apostés sur toute la route eurent grand soin d'empêcher ces cris de vive le Roi si naturels aux Français, et les harangues qu'on lui fit, loin de porter l'expression de la reconnaissance, ne furent remplies que d'une ironie amère.
Cependant on accoutumait de plus en plus le peuple au mépris de la royauté et des lois : celui de Versailles essayait de pendre deux houzards à la grille du château, arrachait un parricide au supplice, s'opposait à l'entrée d'un détachement de chasseurs destiné à maintenir le bon ordre, tandis qu'un énergumène faisait publiquement au Palais Royal la motion de venir enlever le Roi et son fils, de les garder à Paris, et d'enfermer la Reine dans un couvent, et que cette motion, loin d'être rejetée avec l'indignation qu'elle aurait dû exciter, était applaudie. L'Assemblée de son côté, non contente de dégrader la royauté par ses décrets, affectait du mépris même pour la personne du Roi, et recevait d'une manière qu'il est impossible de qualifier convenablement, les observations du Roi sur les décrets de la nuit du 4 au 5 août.
Enfin arrivèrent les journées du 5 au 6 octobre : le récit en serait superflu, et Sa Majesté l'épargne à ses fidèles sujets ; mais elle ne peut pas s'empêcher de faire remarquer la conduite de l'Assemblée pendant ces horribles scènes. Loin de songer à les prévenir ou du moins à les arrêter, elle resta tranquille et se contenta de répondre à la motion de se transporter en corps chez le Roi, que cela n'était pas de sa dignité.
Depuis ce moment, presque tous les jours ont été marqués par de nouvelles scènes plus affligeantes les unes que les autres pour le Roi, ou par de nouvelles insultes qui lui ont été faites. A peine le Roi était-il aux Tuileries qu'un innocent fut massacré, et sa tête promenée dans Paris presque sous les yeux du Roi. Dans plusieurs provinces, ceux qui paraissaient attachés au Roi ou à la Couronne, ont été persécutés, plusieurs même ont perdu la vie sans qu'il fut possible au Roi de faire punir les assassins, ou même d'en témoigner de la sensibilité. Dans le jardin même des Tuileries, tous les députés qui ont parlé contre le Roi ou contre la religion — car les factieux dans leur rage n'ont pas plus respecté l'autel que le trône — ont reçu les honneurs du triomphe, pendant que ceux qui pensent différemment y sont à tout moment insultés, et leur vie même est continuellement menacée.
A la fédération du 14 juillet 1790, l'Assemblée, en nommant le Roi par un décret spécial pour en être le chef, s'est montrée par là penser qu'elle aurait pu en nommer un autre. A cette même cérémonie, malgré la demande du Roi, la famille royale a été placée dans un endroit séparé de celui qu'il occupait, chose inouïe jusqu'à présent. — C'est pendant cette fédération que le Roi a passé les moments les plus doux de son séjour à Paris ; elle s'arrête avec complaisance sur le souvenir des témoignages d'attachement et d'amour que lui ont donné les gardes nationaux de toute la France rassemblés pour cette cérémonie —.
Les ministres du Roi, ces mêmes ministres que l'Assemblée avait forcé le Roi de rappeler, ou dont elle avait applaudi la nomination, ont été contraints, à force d'insultes et de menaces, de quitter leurs places, excepté un.
Mesdames, tantes du Roi, et qui étaient restées constamment près de lui, déterminées par un motif de religion, ayant voulu se rendre à Rome, les factieux n'ont pas voulu leur laisser la liberté qui appartient à toute personne, et qui est établie par la déclaration des droits de l'homme. Une troupe, poussée par eux, s'est portée vers Bellevue pour arrêter Mesdames. Le coup ayant été manqué par leur prompt départ, les factieux ne se sont pas déconcertés, ils se sont portés chez Monsieur sous prétexte qu'il voulait suivre l'exemple de Mesdames ; et quoiqu'ils n'aient recueilli de cette démarche que le plaisir de lui faire une insulte, elle n'a pas été tout à fait perdue pour leur système. Cependant, n'ayant pu faire arrêter Mesdames à Bellevue, ils ont trouvé les moyens de les faire arrêter à Arnay-le-Duc, et il a fallu des ordres de l'Assemblée nationale pour les laisser continuer leur route, ceux du Roi ayant été méprisés. A peine la nouvelle de cette arrestation était-elle arrivée à Paris, qu'ils ont essayé de faire approuver par l'Assemblée nationale cette violation de toute liberté ; mais leur coup ayant manqué, ils ont excité un soulèvement pour contraindre le Roi à faire revenir Mesdames. Mais la bonne conduite de la Garde nationale — dont le Roi s'est empressé de lui témoigner sa satisfaction — ayant dissipé l'attroupement, ils recoururent à d'autres moyens.
Il ne leur avait pas été difficile d'observer qu'au moindre mouvement qui se faisait sentir, une grande quantité de fidèles sujets se rendait aux Tuileries et formait une espèce de bataillon capable d'en imposer aux malintentionnés. Ils excitèrent une émeute à Vincennes, et firent courir à dessein le bruit que l'on se servirait de cette occasion pour se porter aux Tuileries, afin que les défenseurs du Roi pussent se rassembler comme ils l'avaient déjà fait, et qu'on pût dénaturer leurs intentions aux yeux de la Garde nationale en leur prêtant les projets des forfaits mêmes contre lesquels ils s'armaient. Ils réussirent si bien à aigrir les esprits que le Roi eut la douleur de voir maltraiter sous ses yeux, sans pouvoir les défendre, ceux qui lui donnaient les plus touchantes preuves de leur attachement. Ce fut en vain que Sa Majesté leur demanda elle-même les armes qu'on avait rendues suspectes ; ce fut en vain qu'ils lui donnèrent cette dernière marque de leur dévouement, rien ne put ramener ces esprits égarés qui poussèrent l'audace jusqu'à se faire livrer et briser ces mêmes armes dont le Roi s'était rendu dépositaire.
Cependant le Roi ayant été malade, se disposait à profiter des beaux jours du printemps pour aller à Saint-Cloud, comme il y avait été l'année dernière une partie de l'été et de l'automne. Comme ce voyage tombait dans la Semaine Sainte, on osa se servir de l'attachement connu du Roi pour la religion de ses Pères pour animer les esprits contre lui ; et dès le dimanche au soir, le Club des Cordeliers se permit de faire afficher un arrêté dans lequel le Roi lui-même était dénoncé comme réfractaire à la loi. Le lendemain Sa Majesté monta en voiture pour partir, mais arrivée à la porte des Tuileries, une foule de peuple parut vouloir s'opposer à son passage. Et c'est avec bien de la peine qu'on doit dire ici que la Garde nationale, loin de réprimer les séditieux, se joignit à eux et arrêta elle-même les chevaux. En vain M. de La Fayette fit-il tout ce qu'il put pour faire comprendre à cette Garde l'horreur de la conduite qu'elle tenait, rien ne put réussir. Les discours les plus insolents, les motions les plus abominables retentissaient aux oreilles de Sa Majesté ; les personnes de sa Maison qui se trouvaient là s'empressèrent de lui faire au moins un rempart de leurs corps si les intentions qu'on ne manifestait que trop venaient à s'exécuter. Mais il fallait que le Roi bût le calice jusqu'à la lie ; ses fidèles serviteurs lui furent arrachés avec violence. Enfin, après avoir enduré pendant une heure trois quarts tous ces outrages, Sa Majesté fut contrainte de céder et de rentrer dans sa prison, car après cela on ne saurait appeler autrement son palais.
Son premier soin fut d'envoyer chercher le directoire du département, chargé par état de veiller à la tranquillité et à la sûreté publique, et de l'instruire de ce qui venait de se passer. Le lendemain, elle se rendit elle-même à l'Assemblée nationale pour lui faire sentir combien cet événement était contraire même à la nouvelle constitution. De nouvelles insultes furent tout le fruit que le Roi retira de ces deux démarches ; il fut obligé de consentir à l'éloignement de sa Chapelle et de la plupart de ses grands officiers, et d'approuver la lettre que son ministre a écrite en son nom aux Cours Étrangères, enfin d'assister le jour de Pâques à la messe du nouveau curé de Saint-Germain-l'Auxerrois.
D'après tous ces motifs, et l'impossibilité où le Roi se trouve à présent d'opérer le bien et d'empêcher le mal qui se commet, est-il étonnant que le Roi ait cherché à recouvrer sa liberté et à se mettre en sûreté avec sa famille ?
Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables.

A Paris, le 20 juin 1791, Louis.

Le Roi défend à ses ministres de signer aucun ordre en son nom jusqu'à ce qu'ils aient reçu ses ordres ultérieurs, et il enjoint au Garde du Sceau de l'Etat, de le lui renvoyer d'abord qu'il en sera requis de sa part.

A Paris, le 20 juin 1791, Louis.

mercredi 19 mars 2008

Libé est toujours révolutionnaire

Dans son édition de ce matin, le quotidien libéral Libération publie sur son gueuloir une attaque en règle de l'ouvrage le Livre noir de la révolution française publié par les éditions du Cerf voici quelques semaines et dont nous avons donné un compte-rendu mitigé (cliquer ici). Dans des propos recueillis par la journaliste Camille Stromboni, l'universitaire Jean Clément Martin règle quelques comptes et soulève d'intéressantes questions.

Voici ci-après le texte de l'entretien. Nous invitons nos visiteurs à suivre le lien vers Libération pour lire les commentaires des visiteurs dont certains ne sont piqués des hannetons.

Livre noir de la Révolution française: «une manipulation»

«Une France coupée en deux avec les catholiques d’un côté, les révolutionnaires athées le couteau entre les dents de l’autre: le Livre noir de la révolution française donne une vision totalement faussée» affirme Jean-Clément Martin, professeur d'histoire de la Révolution française à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne et directeur de l'Institut d'histoire de la Révolution française (CNRS). La publication aux éditions du Cerf, début janvier, du « Livre noir » de la révolution provoque l'indignation des historiens, qui dénoncent « l'absurdité » de certains chapitres. « On peut faire de l’idéologie, certes, mais on ne peut pas expliquer le passé avec ça, souligne Jean-Clément Martin. On est clairement en présence d’une critique catholique de la Révolution, proche de l’intégrisme même

Vieux truc des propagandistes : « des historiens », sans citer de noms, comme si toute la corporation s'était levée en masse pour dénoncer l'ouvrage. Également à épingler : « proche de l'intégrisme », la méthode bien connue de la disqualification. Accuser quelqu'un d'intégrisme évite de parler de ses arguments.


Le Livre noir sort-il des rails de l’histoire « officielle » de la Révolution française ?

Il n’y a pas, ou plus, d’histoire officielle de la Révolution française. Y en a-t-il eu d’ailleurs? Je dirais plutôt qu’il existe plusieurs histoires convenues, au sens où tout le monde s’accorde à parler d’événements identiques : la prise de la Bastille, la Déclaration des Droits de l’Homme, la mort du Roi... C’est comme dans un grand jeu de l’oie, on passe toujours par là ! Ensuite il y a les cases subalternes : la Constitution Civile du clergé, la fuite à Varennes, l'insurrection de la Vendée... sur lesquelles on insiste plus ou moins.

Grosso modo, trois écoles "classiques" existent sur ces événements. La première est consensuelle, plutôt libérale centre droit : la Révolution débute en 1789, tourne mal en 1792, et vire dans le sang en 1794. Heureusement, il y a une session de rattrapage en 1799, et on reste dans un Etat démocratique. Cette vision présente les violences mais aussi les gains de la Révolution. Une deuxième vision, plutôt à gauche, insiste sur la défaite de la Révolution à cause des traîtres qui ont pris le pouvoir. La Révolution finit dans un système bourgeois qui débouche sur Bonaparte. Enfin, dans la 3ème vision, 1789 découle des faiblesses de l’Ancien Régime, des difficultés économiques, et du travail de « sape » des philosophes. Et ce n’est pas une vraie Révolution, c’est d’abord et avant tout du sang ! C’est une position partagée par exemple par François Furet qui souligne l’inutilité de la Révolution qui n’appelle que le sang.

Le Livre noir entre dans cette dernière vision en l’aggravant. Non seulement la Révolution de 1789 est sanguinaire, mais elle est même scandaleuse. Il ne faut donc pas s’étonner si ensuite, tout va mal ! Dès le chapitre introductif, Pierre Chaunu décrit le désordre et le malheur de la Révolution en les rapprochant des merveilles du vaccin de Jenner découvert à la même époque. La révolution de Jenner, qui a sauvé des millions de vies, doit donc primer sur la Révolution française qui ne fut que destruction. Le Livre noir va encore plus loin : tout ce qui est révolutionnaire est mauvais. Il faudrait donc revenir aux valeurs tirées de la contre-révolution, et plus précisément de son aile radicale et clairement catholique.


Mgr Fellay n'aime pas la Révolution.


C'est donc un point de vue religieux sur la révolution.


On est clairement en présence d’une critique catholique de la Révolution, proche de l’intégrisme même. Les vrais ennemis des auteurs du Livre noir, ce sont finalement tous les individus qui ont accepté de critiquer la monarchie, au nom d’un catholicisme éclairé des Lumières.

Allons, tous les ânes ne s'appellent pas Martin. Ne pas disqualifier sans arguments. Que viennent faire les intégristes ici. Ce n'est pas très digne d'un sorbonnard à mortier d'oublier que Pierre Chaunu, un des auteurs du Livre noir est… protestant.

Le Livre noir donne une vision totalement faussée de la Révolution : une France coupée en deux avec les catholiques d’un côté, les révolutionnaires athées le couteau entre les dents de l’autre. Les catholiques des Lumières et les révolutionnaires modérés sont totalement absents ! (comme l’Abbé Grégoire, l’abbé Fauchet, ou l’abbé Lamourette). Même les catholiques massacrés par les révolutionnaires, mais qui avaient adhéré à l’origine à la Révolution, ne sont jamais cités. C’est une déclaration de guerre à tous ceux qui, d’une certaine façon, avaient accepté que le monde ait pu changer. Cette vision est parfaitement erronée, n’apporte rien et ne permet pas de comprendre l’histoire. On peut faire de l’idéologie, certes, mais on ne peut pas expliquer le passé avec ça.

Très bien, des arguments. On a failli attendre.

Ce livre oublie même de rappeler que la Révolution française a permis la régénération du catholicisme Français ! Ce sont les catholiques qui le disent : Joseph de Maistre affirmant que cette Révolution a participé du plan de Dieu. Cette épreuve aurait fait rejaillir le sang neuf catholique. C’est quelque chose qui aurait mérité d’être rappelé : cet évènement a été une épreuve terrible, certes, mais une épreuve qui a renforcé le catholicisme romain !

Le dérapage le plus évident semble être le lien établi entre la Révolution Française et l’antisémitisme voire le futur fascisme.

Comparer Saint Just au fascisme est absurde. Il n’y a pas la hiérarchisation des individus, ou l’échelle des êtres, qu’il y avait dans le fascisme. De même assimiler la Révolution à un mouvement antisémite n’a aucun sens. Les communautés juives d’Alsace, ou les négociants juifs bordelais étaient déjà victimes de persécutions auparavant. Au contraire, la Révolution donne l’égalité aux juifs, conservée sous Napoléon. Les juifs allemands ne s’y trompent pas à l’époque, et approuvent l’occupation française car ils apprécient cette égalité. Il est vraiment impossible de faire passer la Révolution française pour antisémite, c’est un tour de passe-passe considérable. À ce sujet, le Livre noir fait véritablement de la manipulation.

Vous aussi cher professeur. Quid des réformes de Louis XVI sur le statut des Juifs ?


Les auteurs se livrent à d'autres comparaisons, du côté des régimes communistes... En particulier sur la question de la Terreur.

On ne peut pas parler d’un régime de Terreur sous la Révolution, comme cela a existé en Russie soviétique, dans le Cambodge de Pol Pot, ou sous la Chine de Mao. Quand on regarde les textes, la Terreur n’a jamais été « à l’ordre du jour ». Robespierre lui-même n’en voulait pas, ainsi que la quasi-totalité des conventionnels. Si la violence existe, un régime de Terreur n’est pas la même chose : c’est la centralisation de la violence par l’État, qui l’organise et l’applique. Ce n’est pas le cas de 1789 à 1793 ! Et le Tribunal Révolutionnaire, centralisé ensuite, ne correspond pas à la Terreur : les procédures juridiques persistent et de nombreux accusés sont acquittés. Ce ne sont pas les purges staliniennes, ni les mises à mort systématiques dans les camps de concentration cambodgiens ! Pire qu’un raccourci, c’est une invention pure et simple, appuyée sur la dénonciation opérée par quelques Conventionnels après Thermidor que ce qui s’était passé auparavant s’appelait « la Terreur ». Ce n’est pas non plus parce que Lénine ou Trotski se seraient inspirés de la Révolution Française qu’on peut assimiler les deux régimes.

Donc la Terreur n'a jamais existé. Nous ne sommes plus dans le Révisionnisme, mais plutôt dans le Négationnisme d'un crime contre l'Humanité. Il fait fort le Martin !


L’analogie avec le terrorisme d’aujourd’hui n’est donc pas valable ?

On comprend que le terrorisme puisse s’enraciner dans le souvenir de la Révolution et de la terreur, telle que le Directoire et la Restauration la dénoncent ensuite. Cependant, les textes de l’époque sont explicites : la Terreur est une arme employée par l’Ancien Régime, et les Conventionnels affirment en 1793 qu’ils ne puniront que « la loi à la main ». Ce n’est pas du terrorisme, ce sont les pratiques violentes d’une époque. Des mesures répressives vont être employées, mais moindres par rapport aux pratiques précédentes dans la mesure où la justice monarchique, elle, utilisait la Terreur avec de nombreux supplices. Si la justice révolutionnaire, c’est la guillotine, c’est aussi le refus du supplice et une mort quasi-médicale. Ce qui a été perçu à l’époque comme un aménagement de la peine de mort, comme une peine adoucie. L’utilisation politique de la guillotine dans la répression a changé la perception de cette mise à mort, en oubliant que l’Angleterre se livre à la même époque à des supplices bien pires, et ce jusqu’en 1832 ! Ce dont le Livre noir ne parle évidemment pas. De même qu’il ne fait aucune comparaison avec les répressions abominables sous Napoléon par exemple.

Belle occultation des crimes de la Révolution, dont les populicides chers à Gracchus Babeuf, qui inaugurent une ère nouvelle de l'histoire du monde. Nous aurions aimé quelques détails croustillants sur ces « supplices anglais » et sur les répressions abominables sous Napoléon.


Qu'est-ce qui anime à votre avis les auteurs du Livre noir ?

Que cela plaise ou non, la Révolution française a bâti le monde moderne. On peut dénoncer cet évènement sans expliquer pourquoi il a eu lieu. Mais toute lecture manichéenne insistant sur des « méchants » n’explique rien, et traduit sans doute une grande insatisfaction de ne pas trouver des réponses simples à des questions compliquées.

La Révolution française est un chantier considérable et il y a toujours besoin de retravailler sur ce moment historique. Il faut continuer à creuser les mécanismes culturels, politiques, religieux… qui ont fait que ces Français sont entrés en Révolution. À l’inverse, ce livre participe à ce mouvement de repentance, très à la mode actuellement, qui laisse dans une sorte de désespérance continue, à propos de tout et n’importe quoi, contre-productive et dangereuse. La réponse passe alors par le retour au travail historique, l’érudition et la vulgarisation. Sans doute, faut-il accepter de penser que les historiens ont eu des responsabilités en privilégiant des ouvrages scientifiques très « pointus », en oubliant le public cultivé à qui ce livre noir est destiné. Ils ont un rôle à jouer en écrivant des livres de vulgarisation historique permettant de rendre compte simplement de la complexité des choses, sans rien oublier des violences par exemple, mais sans non plus être aveuglé par elles. Cela permet d’éviter les raccourcis : ce qui arrive aujourd’hui n’est pas le résultat direct de ce qui s’est passé avant! De la même façon, entre la Révolution française et la révolution russe, il y a eu de nombreuses étapes intermédiaires qu’il convient d’expliciter. C’est le seul moyen de lutter contre ce genre de théories du complot absurdes.

Jeter en pâture une période historique, seulement pour montrer du doigt les coupables, n’apporte rien. L’Histoire n’est souvent qu’un tissu de sang, alors des Livres noirs on peut en faire autant qu’on veut. D’ailleurs, je ferai bien le Livre noir des livres noirs ! »
Belle déclaration d'intentions. Serait-il capable de la mettre en pratique pour toutes les périodes historiques ? J'en doute.


Jean Clément Martin est l'auteur la Révolution française, Editions le Cavalier Bleu, collection Idées reçues, 2008 et la Révolte brisée, femmes et hommes dans la Révolution française et l'Empire (1770-1820), Armand Colin, 2008

dimanche 27 janvier 2008

Tulard et les roicos

Le magazine AF2000 daté du 17 janvier 2008 a publié un entretien avec Jean Tulard dont voici un extrait.

M. Tulard est le grand spécialiste de Napoléon. Membre de l’Institut après avoir été directeur d’études à l’École pratique des hautes études, professeur à l’université de Paris-Sorbonne et à l’Institut d’études politiques de Paris, Jean Tulard est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages.
Il a collaboré au Livre noir de la révolution française à paraître ce lundi aux éditions du Cerf.
Ouvrage collectif regroupant les noms des plus grands spécialistes, ce pavé jeté dans la marre de la mémoire nationale fait le bilan des destructions révolutionnaires qui ont pesé et à bien des égards pèsent encore sur les destinées de la France. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Af 2000 :Ce Livre noir de la révolution française paraît presque vingt ans après les célébrations du bicentenaire qui avaient donné lieu à de nombreuses publications. Certains se souviendront du livre de René Sédillot, Le coût de la révolution française, ou encore des ouvrages de Reynald Sécher sur le génocide Vendéen. Depuis, nous avons vu émerger une querelle autour des travaux de François Furet, puis comme une suite à cela un débat autour du Livre noir du communisme. Que s’est-il passé depuis lors ?

Jean Tulard: Il faut d’abord remarquer que, paradoxalement, le bicentenaire a donné lieu à un réquisitoire contre la révolution, y compris pour des gens venus de la gauche comme Furet : la révolution était décrite comme un dérapage, une perte de contrôle qui si elle n’était pas entièrement condamnable ne méritait pas une telle commémoration. Après le bicentenaire on a pu constater un tarissement des publications qui abondaient précédemment.

Af 2000 : Vous avez évoqué le nom de François Furet. Sur ses traces d’autres historiens ont entamé un véritable examen critique du communisme et partant de sa paléontologie, la Terreur jacobine : le directeur du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois a également collaboré à ce Livre noir de la révolution française. Comment envisagez-vous cette collaboration ?

J.T.: Je ne suis pas surpris de voir des personnalités abusées par l’idéologie communiste, qui ont commencé leur recherches sur le communisme les poursuivre par des travaux sur la période révolutionnaire. C’est le même réflexe qui est à l’œuvre dans les deux révoltions. Des liens très étroits unissent le communisme à la révolution française. Lénine admirait Mathiez, le grand robespierriste de la Sorbonne. Des noms de révolutionnaires ont été donnés à des navires soviétiques. Il était nécessaire que le rapport Kroutchev, critiquant le modèle stalinien de la révolution communiste conduise à une révision de la révolution française, tant la révolution russe s’était constituée en héritière de la révolution française.

Af 2000 : Pourquoi la révolution a-t-elle été si sanglante ?

J.T. : Tout d’abord il y a les excès de la foule révolutionnaire avec ses débordements sanglants. Enfin et surtout la Terreur. En effet la Terreur est irréductible à des « débordements ». La Terreur est voulue pour terroriser les adversaires : dès le 14 juillet, lorsque la foule promène la tête de Launay cela n’a pas d’autre but. Il s’agit dès lors d’annihiler les résistances. La guillotine est dissuasive, mais lorsque l’on promène les condamnés dans une charrette au pas sur des kilomètres avant d’arriver à l’échafaud nous avons déjà à faire à un système terroriste. Les noyades de Nantes aussi sont dissuasives, lorsque les pêcheurs à la ligne sur les bords de Loire ont vu passer les cadavres au fil de l’eau ça a dû tempérer leurs sentiments contre-révolutionnaires.

Af 2000 : Vous avez écrit il y a plus de dix ans Le Temps des passions : espérances, tragédies et mythes sous la Révolution et l’Empire. À quelles passions la révolution a-t-elle donné libre cours?

J.T.: La haine et l’envie. Je vous répondrai en citant un mot de Napoléon : « Qu’est-ce qui a fait la révolution ? La vanité. La liberté n’a été qu’un prétexte. » Il s’agissait de détruire une société bloquée, dont la mobilité sociale s’était réduite.
Il y eut la haine de Marie-Antoinette entretenue par les gazettes et les chansons évoquant sa toilette et sa brioche. La révolution trouve sa source dans la lutte de la vanité des uns contre l’arrogance des autres. Ce fut la revanche des humiliés, pas celle des opprimés. Avec la nationalisation des biens du clergé émerge une nouvelle classe dominante, celle des bourgeois acquéreurs de biens nationaux : l’aristocratie laisse sa place à la ploutocratie. En effet, les révolutions sont toujours une bonne occasion de faire fortune.

Af 2000 : N’est-ce pas d’abord la passion de l’égalité comme l’a dit si justement Tocqueville ?

J.T. : Il faut appeler les choses par leur nom. Ce à quoi se refusent le libéral fumeux Tocqueville et ses disciples. Préférez lui l’ultra Fiévé, ce contre-révolutionnaire qui rejoindra Bonaparte d’ailleurs, qui dans son merveilleux roman La dote de Suzette rend si bien compte de ce que j’évoquais à l’instant : l’envie, la vanité, l’ambition et la cupidité. (…)

Le vrai visage de la Révolution

Une catastrophe bien française.


Le livre noir de la Révolution française

Sous la direction de Renaud Escande

Cerf, 882 p., ill., notes, 44 e, ISBN 978-2-204-08160-3.

Cette maison d'édition n'est pas très connue pour son sens de la transgression Bien au contraire : toujours dans le vent et souvent à la remorque de ce qui est bien vu dans la presse comme il faut. Entre les Mémoires de Hans Kung et le pensum du journal parisien de Mgr Roncalli, sans oublier les Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible, on trouve heureusement quelques pépites dont Sauvés dans l'espérance, Spe salvi, de Benoît XVI et aussi ce fort volume consacré à la Révolution française.
Remis de l'étonnement de voir le nom des éditions du Cerf sur la couverture d'un livre à contre courant des thèmes à la mode, je me suis plongé dans la lecture de ce recueil de contributions, aux auteurs prestigieux, chacune apportant un éclairage bien informé et argumenté d'un des aspects de cette grande catastrophe de notre histoire.
On peut regretter que le directeur de l'ouvrage, frère prêcheur de son état, puisse sembler être un partisan du moindre effort. Aucune préface, aucune introduction ne vient nous raconter la genèse de ce livre pas ordinaire. Aucune conclusion ne met en lumière les apports originaux des contributeurs ou ne tente une synthèse des différentes analyses. L'éditeur aussi n'est pas à l'abri de toute critique. Ceux qui voudraient se servir de l'ouvrage comme outil de travail en seront pour leurs frais : pas d'index, pas de bibliographie, etc.
Le filon de la mauvaise humeur épuisé, il reste dans le livre de belles et riches veines de pur métal à exploiter. Relevons tout d'abord la qualité des auteurs. Non seulement on trouve des spécialistes, injustement écartés de l'université française par le conformisme idéologiques des toqués qui la gouvernent, comme Reynald Sécher, mais aussi des mandarins solidement entranchés dans l'institution comme Emmanuel Le Roy Ladurie, Stéphane Courtois ou Jean Tulard. Guidé par un instinct très sur du potentiel des ventes, l'éditeur a su également réunir des auteurs bien en cour auprès des libraires : Jean Des Cars, Ghislain de Diesbach, Jean-Christian Petitfils ou Jean Sévillia. On relève aussi des noms d'historiens comme Jean De Viguerie dont les analyses sur le patriotisme révolutionnaire et sur l'adhésion du royalisme moderne de l'Action française à ce patriotisme ont hérissé le poil de quelques secteurs de l'opinion de droite. (*) C'est très bien d'avoir pensé à lui pour cet ouvrage.
Dans une première partie « les Faits », le lecteur trouve notamment un remarquable travail de Pierre Chaunu sur la sécularisation des biens de l'Eglise, un de Reynald Sécher sur la guerre de Vendée, un article de T. Josserand sur la fin de la Marine royale ou encore une analyse de Stéphane Courtois sur la Révolution française et la Révolution d'octobre.
Une deuxième partie, « le Génie » rassemble des contributions consacrées à principalement à des analystes de cette tragédie française : Rivarol, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Donoso Cortez ou encore Hannah Arendt. En revanche, on relève quelques absences inexplicables comme celle de Burke.



Burke, un grand oublié

Enfin, un troisième partie offre une anthologie de textes et de documents liés à la Révolution, bien choisis et toujours à la fois pertinents et émouvants.
Le grand mérite de ce livre est de mettre à la portée du grand public un regard critique sur la Révolution française. Comme le signalent les auteurs, il ne s'agit pas de « noircir » le mythe fondateur de la France contemporaine, mais de rappeler les faits tels qu'ils ont eu lieu. Des faits bien éloignés de la vulgate qui encombre l'esprit des Français.
Reflet d'une exigence de vérité, ce livre est une œuvre d'utilité publique et devrait faire partie de la liste des cadeaux de grands-parents bien inspirés désireux d'éclairer des petits-enfants abusés par une historiographie officielle toute acquise à la cause des sans-culotte.


(*) Jean De Viguerie n'a exprimé qu'un sentiment bien normal d'étonnement devant le ralliement de Maurras au drapeau tricolore, un choix qui devrait révulser tout vrai monarchiste. En lisant cet historien on ne peut qu'approuver ces points de vue iconoclastes, par exemple quand il répond à la question d'un journaliste sur l'Alsace et la Lorraine : « On peut se demander s’il fallait faire tuer un million trois cent cinquante trois mille hommes pour les récupérer ». De Viguerie ajoute que « les Alsaciens-Lorrains n’ont pas tellement souffert sous l’administration allemande, les catholiques notamment. Ils ont jadis fait partie du Saint-Empire et pouvaient demeurer au sein du nouvel Empire allemand...» Je ne vois rien à redire à ce qu'exprime Jean De Viguerie. La France serait bien mieux lotie aujourd'hui, certes sans ces deux provinces, mais aussi sans les monuments aux morts.