Un entretien avec Pierre Hillard au sujet de son dernier livre (voir notre recension).
La marche irrésistible du nouvel ordre mondial
Pierre Hillard
Editions François-Xavier de Guibert
1) En quoi l’unification de l’Amérique du Nord nous concerne-t-elle ?
PH : Cette unification nous concerne au premier chef. Je rappelle que l’objectif est d’unifier les Etats-Unis, le Canada et le Mexique au sein d’un bloc politique, économique et militaire appelé Union nord-américaine. L’ensemble doit être régi par une monnaie unique (l’amero) avec une super banque centrale nord-américaine. L’émergence de cette nouvelle structure se fait parallèlement à la création de l’Union européenne. Ces deux blocs doivent former une seule et même communauté dans tous les domaines, théoriquement pour 2015. L’ensemble doit être géré par une assemblée transatlantique. Par conséquent, cette « Union atlantique » comme le disait en 1950 Richard de Coudenhove-Kalergi se doit d’être régentée par les mêmes lois.
Or nous assistons aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre à un renforcement du pouvoir exécutif (exemple : John Warner Act) brimant les libertés individuelles et cherchant à imposer un modèle de pensée unique. En raison de l’unification euro-atlantique en cours, inexorablement, le processus touche les Etats européens qui doivent se mettre au diapason avec leur voisin outre-atlantique. C’est le principe de duplication. Nous entrons dans l’ère d’une dictature proche du film Bienvenue à Gattaca.
2) Pourquoi avoir ressorti le colonel House de la naphtaline ?
PH : Ce conseiller intime du Président Wilson a eu un rôle majeur dans la création du Council on Foreign Relations (CFR) et de son alter ego britannique « Chatham House », think tanks jouant un rôle considérable en politique étrangère. Le colonel House (1958-1938) est un grand prince du mondialisme. Il est l’auteur d’un ouvrage majeur inconnu du public francophone paru en 1912 : Philip Dru, administrator. Ce livre raconte la prise du pouvoir au Etats-Unis après un coup d’Etat par Philip Dru, officier de West Point. Cet administrateur/dictateur supprime la constitution des Etats-Unis et impose un régime dictatorial avec une refonte profonde dans l’organisation de la société. Qui plus est, il lance la création d’une union de toute l’Amérique du Nord (ancêtre de l’Union nord-américaine aujourd’hui). Le tout aboutit à une réorganisation des relations internationales afin de favoriser l’émergence d’un Etat mondial. Cet ouvrage de 1912, apparemment romancé, était en fait un véritable programme politique qui connaît une application pratique en ce début de XXIè siècle.
3) Quel analyse faites-vous de l’évolution institutionnelle de l’Espagne ?
PH : Au même titre que les autres Etats de l’Union européenne, les régions espagnoles acquièrent une autonomie politique et financière de plus en plus large. Les textes ethnicistes européens (charte des langues régionales et convention-cadre pour les minorités) avivent les revendications catalanes, basques, … au dépens de la culture castillane. Ces régions espagnoles traitent de plus en plus avec les autorités bruxelloises au détriment de l’Etat espagnol qui devient la « cinquième roue du carrosse ». L’émancipation n’est plus qu’une affaire de temps.
4) Pensez-vous que la Belgique soit condamnée ?
PH : La Belgique obéit à la même évolution que le cas espagnol. Les régions (Flandre, Wallonie) ont de moins en moins besoin du toit belge puisque l’interlocuteur le plus fréquent est l’Union européenne. Ajoutez à cela des oppositions culturelles et économiques et le temps de vie de la Belgique est particulièrement compté. Comme le disait la revue financière britannique The Economist : « Il est temps de supprimer la Belgique » (septembre 2007). Il est vrai que l’Union européenne imprégnée du modèle économique anglo-saxon et régenté territorialement par l’allié allemand (régionalisation, suppression des frontières, …) est le prolongement idéal du monde financier de la City et de New York. La Belgique ne sert donc plus à rien.
5) Ne faut-il pas se réjouir de la possible indépendance de l’Ecosse, une alliée traditionnelle de la France ?
PH : Dans une Europe composée d’Etats souverains, l’indépendance de l’Ecosse serait une bonne affaire pour la France. Mais les dés sont pipés puisque ce sont les régions qui ont le pouvoir en lien direct avec Bruxelles. La France étant dépouillée de ses prérogatives régaliennes au profit des régions d’une part et de Bruxelles d’autre part, elle devient une véritable coquille vide. Dans ce cas, l’indépendance de l’Ecosse ne lui serait d’aucune utilité sauf si ce n’est allumer partout en Europe les mèches des revendications indépendantistes (Flandre, Transylvanie hongroise, etc …). En tout cas, l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, va « aider » ces mouvements sécessionnistes en Europe et dans le monde.
6) Une Union progressive de l’Europe avec l’Amérique du Nord ne s’inscrit-elle pas dans la logique des choses ?
PH : Quelle logique ? Ce fameux « sens de l’histoire » n’entre pas dans la pensée catholique. Il s’inspire du principe fataliste qu’on retrouve dans l’Islam ou dans le déterminisme qui inspire à des degrés divers le communisme ou le protestantisme. Cette prédestination peut être cassée à condition d’écarter les personnes à l’origine de cette philosophie. En fait, cette union entre l’Union européenne et l’Amérique du Nord est voulue car elle est le marche pied vers un Etat mondial. Derrière cette union se cache une véritable mystique, certains diraient une agapè inversée. Cependant, toute la question est de savoir si les instigateurs de cette politique réussiront à aller au bout de ce projet.
7) N’est-il pas présomptueux de rappeler à l’ordre le pape ?
PH : Pourquoi pas ? Un catholique doit respecter la fonction. En même temps, il peut ne pas être d’accord avec les propos de l’homme. Depuis Vatican II, les religieux qui gravitent au sommet de l’Eglise cherchent plutôt à promouvoir la « Cité de l’homme » bien éloignée de la Cité céleste. Par un langage de duplicité, ils font avancer une cause dont les principes philosophiques ont toujours été condamnés d’une manière vigoureuse par tous les papes avant Vatican II. Je pense en particulier à Pie IX avec le Syllabus. On ne peut pas professer avec force des principes depuis 40 ans qui ont été réfutés d’une manière implacable 2000 ans durant.
8) Ne faudrait-il pas une fois pour toutes que les fédéralistes et les souverainistes puissent s’entendre sur une définition unique du mot « nation » ?
PH : Il serait utile de préciser que la nation repose sur le principe de souveraineté à part entière ne déléguant aucun pouvoir à une autorité supranationale. Comme le disait Philippe le Bel : « Empereur en son royaume ». Ainsi, les fédéralistes ne pourraient pas reprendre le mot « nation » à leur compte.
Philip Dru Administrator : a Story of Tomorrow
House, Edward Mandell, 1858-1938
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