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«Ce qu'il y a d'effarant dans le livre de Sarkozy»
«Il y a le plagiat, la bourde, et le plagiat de la bourde. Ou le mimétisme... Mais pas seulement» juge Adrien le Bihan, auteur de la Fourberie de Clisthène procès du biographe élyséen de Georges Mandel. L'écrivain analyse, pour la première fois, la biographie de Mandel écrite par Nicolas Sarkozy, lorsqu'il était ministre du budget en 1994. Il relève plusieurs erreurs historiques et «l'effacement troublant» par Sarkozy des contacts du général de Gaulle avec Mandel.
Le Contre-journal (Karl Laske). Vous venez de publier La Fourberie de Clisthène, procès du biographe élyséen de Georges Mandel, pour être clair vous parlez de "Georges Mandel, le moine de la politique" écrit par Nicolas Sarkozy, pourquoi la fourberie de Clisthène?
Adrien Le Bihan: Parce qu'il m'a semblé que ce livre était fourbe. Pour aller au point qui m'a retenu le plus longtemps, Sarkozy en écrivant cette biographie se débarrasse du Général de Gaulle, or comme nous savons que de loin, et très indirectement, il lui doit quand même beaucoup, cela m'a paru une fourberie.
Pourquoi Clisthène?
A. Le Bihan. J'ai découvert ce personnage dans Le trait empoisonné, où Pierre Vidal-Naquet répond à Thierry Wolton qui répandait la rumeur que Jean Moulin avait été un agent soviétique. Vidal-Naquet en vient à évoquer les processus d'héroïsation et d’anti-héroïsation des personnages dans l'antiquité. Il rapporte qu’un Clisthène, grand père du réformateur athénien du même nom, avait voulu chasser de sa cité les reliques d’un personnage qui lui déplaisait. La Pythie le lui interdisant, il leur juxtaposa les reliques d’un autre. Je me suis dit : tiens c'est comme Sarkozy dans sa biographie de Mandel, il n'attaque jamais De Gaulle, mais simplement, il ne le mentionne quasiment jamais, du moins à partir de l’Occupation, il le fait passer à la trappe et tous les hommages sont dirigés vers un autre personnage qui est Mandel.
La présentation de votre livre signale: "Un ouvrage se rappelle à votre attention quand son auteur, se flattant d'incarner le héros qu'il a dépeint, est élu président de la République. Intrigué, vous interrogez cette similitude, à vrai dire bien floue, et mettez à jour les bourdes du biographe, ses omissions symptomatiques, certaines affinités incompatibles avec les vôtres." Alors les bourdes, les omissions symptomatiques, c'est aussi parce qu'il y a plagiat, ou des éléments de plagiat...
A. Le Bihan. Je n'accuse pas Sarkozy de plagiat, parce qu'on ne sait pas à quoi cela pourrait mener. Mais, sans être historien, seulement pamphlétaire occasionnel, je constate beaucoup de coïncidences troublantes entre le bouquin qu'il a écrit et l’ouvrage de Bertrand Favreau Georges Mandel, un clémenciste en Gironde, paru en 1969. Avec d'autres livres aussi. Alors, coïncidences, mimétisme, plagiat : le lecteur a l’embarras du choix.
Le Contre-Journal (k.l.). Pour être tout à fait transparent, j'ai comme journaliste publié deux articles sur le plagiat de Nicolas Sarkozy, et sur ses emprunts au livre de Favreau, un dans L'Événement du jeudi, et par la suite dans un livre publié par le collectif Victor Noir, mais vous citez vous aussi un certain nombre d'emprunts et l'on voit que Nicolas Sarkozy emprunte les erreurs, les fautes, de Favreau, ce qui est le propre du plagiat pris en flagrant délit.
A. Le Bihan. Oui. Il y a l'exemple du journaliste Georges Pioch, qui était mentionné par Favreau comme écrivant dans Les Hommes de bonne volonté alors qu’il s’agissait des Hommes du jour. Or, l’on retrouve, dans le Sarkozy, Georges Pioch écrivant dans Les Hommes de bonne volonté. Ce qui nous apprend que, s’il ne connait pas Jules Romains, il est très familier du livre de Bertrand Favreau. Il y a le plagiat, il y a la bourde, et le plagiat de la bourde. Ou le mimétisme... L'autre énormité c'est l'appel de Casablanca. Nous sommes en juin 1940. De Gaulle s’est envolé pour Londres le 17 et, comme chacun sait, il a lancé le lendemain son célèbre appel. Quelques jours plus tard, le paquebot Massilia part de Bordeaux, plus exactement du Verdon, emmenant des parlementaires vers le Maroc. Une trentaine seulement. Mandel, qui est tombé dans ce piège, est du voyage. Au Maroc, la Résidence générale leur interdit toute action et tout contact avec les émissaires de Churchill. Mandel se rend à l'agence Havas de Casablanca. Selon Sarkozy, c’est pour annoncer qu’il a pris le pouvoir avec l’accord des Britanniques et que l’armée coloniale et la flotte poursuivront la guerre à ses côtés jusqu’à la victoire ; mais l’annonce n’est pas diffusée et Mandel est arrêté. Un tel appel à la résistance lancé par Mandel depuis Casablanca une semaine jour pour jour après celui du 18 Juin : Sarkozy trouve ce scoop extraordinaire. En réalité, ce qui stupéfie, c’est l’apparition d’une telle bourde dans un ouvrage de 1994. Quand on cherche à savoir d’où elle provient, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une étourderie de Bertrand Favreau, en 1969, que lui-même a rectifiée dans sa belle étude Georges Mandel ou la passion de la République, parue en 1996. Le prétendu appel de Casablanca était une invention destinée par Vichy à confondre Mandel. Plus stupéfiant encore : pour tous les auteurs sérieux qui ont examiné la question avant Sarkozy, si l’on excepte le premier Favreau, dont il s’inspire si vous me permettez cet euphémisme, c’est que nous avons affaire à un faux.
Il n'aura utilisé qu'un seul livre...
A. Le Bihan. Non justement. L’écrivain Sarkozy est incohérent. Outre qu’il ne veut pas entendre parler de l’excellente étude sur Mandel par l’historien américain John Sherwood, il prend dans les ouvrages qu’il consulte ce qui lui convient. Nous disposons, sur l’équipée du Massilia, d’un livre très bien documenté de Christiane Rimbaud. Pour exposer les déconvenues de Mandel au Maroc, Sarkozy se réfère au livre de Christiane Rimbaud, et uniquement à ce livre là. Quatre ou cinq notes de bas de pages. Soudain, il cesse de nous y renvoyer. C'est alors qu'il s’extasie de l'appel de Casablanca. Or, Christiane Rimbaud expose clairement que cet appel n'est qu’une grossière invention. Que s'est-il passé dans l’esprit de Sarkozy? À un certain moment de sa lecture de Rimbaud, tout à coup il n'a plus vu ce qu'il lisait? Ou bien il s'est dit, c'est elle qui se trompe, mais à ce compte-là, beaucoup de gens se seraient trompés sauf lui. Il serait intéressant de savoir si, dans cette affaire, il préfère accorder crédit au collaborationniste Jacques Benoist-Méchin.
Vous faites souvent œuvre d'enquêteur littéraire, et vous avez remarqué un travail d'effacement de De Gaulle dans le livre de Sarkozy.
A. Le Bihan. Oui, la manière dont de Gaulle est effacé dans son livre est inquiétante. Je veux dire : de Gaulle dans ses rapports avec Mandel. Par exemple, en 1942, Mandel au fort du Portalet reçoit de Londres, par l'intermédiaire d’un résistant, un message de De Gaulle qui cherche alors à entrer en contact avec des personnalités emprisonnées susceptibles de se joindre à lui. Mandel lui répond de sa prison une lettre magnifique. On s'attendrait à la trouver dans le livre de Sarkozy, elle n'y est pas. Or, trois ans avant Sarkozy, Jean-Noël Jeanneney a publié un essai, excellent celui-là, sur Georges Mandel, l'homme qu'on attendait. Jeanneney y rend hommage à ce qu'il appelle une belle lettre d'admiration et d'allégeance. Elle figure dans les Mémoires de guerre de De Gaulle. Comment se fait-il que Sarkozy ne semble connaître ces Mémoires que par l’intermédiaire de Jean Lacouture, alors qu’il cite Salan correctement.
Vous expliquez que vous vous êtes intéressé au livre de Sarkozy en l'entendant évoquer Mandel en janvier 2007, lors d'un meeting. Sarkozy a proposé à ses supporters une forme d'identification à son héros.
A. Le Bihan. J’ai appris ça par la radio. C'est ce qui m’a incité à écrire ma Fourberie de Clisthène. La biographie de Mandel par Sarkozy remontait à 1994. Mais puisqu’il en rappelait l’existence pour vanter ses qualités de futur président, il fallait que je l’examine, au moins pour découvrir en quoi il souhaitait ressembler à Mandel. Je ne m’attendais pas à un ouvrage aussi désastreux.
Voilà ce que dit Nicolas Sarkozy dans le discours en question. "J'ai changé quand j'ai rencontré Mandel, ce grand Français. J'avais voulu écrire sa vie pour réparer une injustice, pour changer le regard des autres sur cette destinée tragique. C'est mon regard sur la politique qui s'en est trouvé transformé".
A. Le Bihan. Ce discours m'a autorisé à indiquer que je faisais le procès du biographe élyséen de Georges Mandel, puisque c'est pour accéder à l'Elysée qu'il se réclamait de lui.
Dans ce portrait qu'il fait de Mandel est-ce qu'on peut trouver quelque chose qui nous parle de sa vision de la politique et de sa propre psychologie?
A. Le Bihan. Dans les passages de Mandel aux ministères des PTT ou des Colonies, il a des façons de procéder qui annoncent celles de Sarkozy. Un peu rudes. Expéditives. Et comme lui, bien qu’il se donne Plutarque en exemple, il écrit mal.
Vous concluez assez sévèrement, puisque vous suggérez à Nicolas Sarkozy de renoncer à toute réédition de son livre.
A. Le Bihan. Alors que j’envisageais de faire paraitre ma Fourberie de Clisthène, j'ai appris que les éditions Grasset allaient rééditer Georges Mandel, le moine de la politique. Je me suis dit: Sarkozy va peut-être corriger quelques-unes de ses bourdes, attendons. Le Sarkozy était annoncé pour janvier. Janvier arrive : point de moine. J'interroge les éditions Grasset qui me répondent : M. Sarkozy a décidé de remanier son œuvre. J’ai donc sans plus attendre fait imprimer mon petit pamphlet, en suggérant à l'auteur dont je m'occupe ou bien de remanier sérieusement sa biographie ou bien de s’abstenir d’en encombrer les vitrines.»
« Le 14 janvier 2007, au parc des expositions de la Porte de Versailles, Nicolas Sarkozy claironne à des militants de son parti : «J’ai changé!» Un frisson parcourt l’échine de ses fans, mais les voici perplexes quand soudain l’orateur explique : «J’ai changé quand j’ai rencontré Mandel, ce grand Français. J’avais voulu écrire sa vie pour réparer une injustice, pour changer le regard des autres sur cette destinée tragique. C’est mon regard sur la politique qui s’en est trouvé transformé.»
Passé jusqu’alors inaperçu, le prodige du candidat métamorphosé par son ouvrage remontait à 1994.
Il est peu commun qu’un président en puissance déclare sa mue lisible dans un texte littéraire consacré à un homme politique. Ceux qui accédèrent avant lui à l’échelon le plus élevé du cursus honorum ne nous avaient pas invités à faire leur connaissance de la sorte. Il faut même remonter, si je ne me trompe, à la IIIe République pour repérer un futur président du Conseil, Paul Reynaud, biographe d’un prédécesseur récent : Waldeck-Rousseau. André Tardieu se distingua par une vie du Prince de Bülow, ancien chancelier allemand. Vers la quarantaine (l’âge approximatif de Nicolas Sarkozy lorsque parut son Georges Mandel. Le moine de la politique), Pierre Mendès France publiait Liberté, liberté chérie, récit de captivité, d’évasion et de combat dans la Résistance; Edgar Faure, La condition humaine sous la domination nazie; Guy Mollet, professeur d’anglais, un cours pratique de grammaire raisonnée de cette langue; Georges Pompidou, agrégé de lettres, des Pages choisies d’Hyppolite Taine, agrémentées de notices; François Mitterrand, ancien ministre de la France d’outre-mer, Présence française et abandon.
La biographie que Sarkozy a signée ne manque donc pas d’originalité. Pour la première fois depuis Paul Deschanel, auteur d’un Gambetta, le locataire de l’Élysée, est un biographe. Son Mandel, que nous avions sans remords négligé, il faut nous résoudre, quatorze ans après sa sortie, à l’examiner.
[...] Enumérant les auteurs qui, avant lui, traitèrent du moine de la politique, il désigne d’abord «un historien de grand talent, hier ministre, Jean-Noël Jeanneney», dont l’essai, nous prévient-il en connaisseur, «fera date» : Georges Mandel. L’homme qu’on attendait. Ensuite, Sarkozy énumère «trois proches collaborateurs et […] amis fidèles, qui ont retracé avec précision et lucidité leurs vies auprès du grand homme, Georges Wormser, Paul Coblentz, Francisque Varenne» – ce qui est faux : leurs écrits sur Mandel laissent leurs propres vies, et la sienne, de côté. «Enfin, poursuit-il, on trouve la trace d’un chercheur américain dans les années 70 et un remarquable mémoire soutenu en 1968 à la faculté de Bordeaux par Bertrand Favreau et publié en 1969.»
Sarkozy a signalé en premier le plus récent des cinq ouvrages, celui à la fois du spécialiste et du confrère. Ceux de Georges Wormser, ancien chef de cabinet de Mandel au ministère des PTT, du journaliste Paul Coblentz et de Francisque Varenne sont mentionnés dans le désordre, comme les chevaux du tiercé, puisqu’ils furent publiés respectivement en 1967, 1946 et 1947. «La trace d’un chercheur» suggère que Sarkozy ne s’est pas soucié de la thèse de John M. Sherwood pourtant aisément accessible, car soutenue à Stanford (non pas «dans les années 70», mais en 1970). Il ne signale pas qu’il en prit indirectement connaissance grâce au livre de Jeanneney, lequel s’y réfère à plusieurs reprises. Certains avancent que par l’hommage appuyé à Georges Mandel, un clémenciste en Gironde, de Bertrand Favreau, Sarkozy se dédouanait par avance de l’accusation de plagiat. [...]
Les emprunts de Sarkozy [au livre de Bertrand Favreau ] n’ont été inventoriés que jusqu’à sa page 142. Il serait fastidieux de contrôler plus avant. Ou d’attirer l’attention sur de troublantes ressemblances, entre, par exemple, «Le château de Chazeron est de construction composite. Le corps de logis est moyenâgeux. Deux ailes y ont été ajoutées, au XVIIe siècle…» (Paul Reynaud, ancien prisonnier de cette geôle) et «La bâtisse était de construction composite. Le corps de logis datait du Moyen Âge. Deux ailes avaient été rajoutées au fil des siècles…» (Nicolas Sarkozy, biographe). En art seulement l’examen du plagiat réjouit l’esprit. Sous la plume de Stendhal, frais émoulu d’un larcin identique, il est piquant de lire : «Sterne a souvent pillé des auteurs qu’il ne citait jamais; M. Xavier de Maistre imite sans cesse Sterne, et n’en parle jamais.» On peut naviguer loin sur ces eaux-là. Mais prendre la main dans le sac un cancre qui copie sur le voisin : à quoi ça nous avance? C’est bien après la page 142, en pleine débâcle, que, pire qu’un plagiat, se dessine la fourberie de Clisthène.
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Le bouquin entier de Sarkozy souffre et nous divertit d’une maîtrise insuffisante du français. La problématique étant l’art de poser les problèmes, «poser la problématique» […] médusera maints lecteurs. Ils se gausseront, non pas de Clemenceau se déchargeant sur son adjoint de la politique intérieure, mais du rappel «que lui-même avait fort à faire avec la guerre qu’il fallait bien mener» (comme si le Tigre avait rechigné à la besogne). Afin qu’on ne les taxe pas de purisme, ils fermeront les yeux sur une «situation […] rageante», mais s’étonneront que l’on puisse «rentrer pour la première fois au Palais Bourbon» et refermeront leurs yeux éblouis par «l’habit de lumière de l’homme politique installé», changé en torero. Ils rejetteront, j’en suis sûr, «[les] deux hommes forts de la période, Briand et Poincaré», pour avoir été trop souvent bombardés de ces euphémismes dans les journaux télévisés, où l’on répugne à appeler les dictateurs par leur nom. Il arrive aussi que Sarkozy ne traite pas courtoisement son modèle : pour éviter de répéter son nom, il l’appelle «notre homme». Sous-estimant la culture littéraire de ses lecteurs, il leur dévoile que Lamartine est un «grand poète», Guerre et Paix un chef-d’oeuvre. Pour clore le paragraphe où est décrit l’assassinat de Mandel par des miliciens, il s’inspire de Fantômas : «L’exécution avait été sauvage, brutale, hystérique. La haine suait de chacun de ces coups de feu.»
Un homme de tribune s’adresse à des électeurs, s’efforce de remuer leurs tripes. Il se vante d’avoir changé en composant son ouvrage. Celui-ci, hélas, a peu de chance d’être réparé. On ne pourrait, par endroits, que le rafistoler. Sarkozy ne s’aperçoit pas qu’il nuit, par ses négligences, par ses incorrections, au personnage qu’il célèbre. Plus il le loue, plus il augmente la distance qui le sépare de lui. Son empressement à fournir les librairies d’un bouquin défectueux confine au manque de respect. On est tenté de lui appliquer son aphorisme, incrusté d’une expression populaire qu’il croit mitterrandienne : «Il est rare que la vie publique pardonne aux imprudents qui ne savent pas laisser du temps au temps.» Sa chute finale est d’un comique irrésistible : «Il fut le dernier à ne pas croire en lui, en son influence. Quand enfin il comprit, il était déjà trop tard. Ce fut injuste. Ce fut cruel. Mais ce fut!»
On me rétorquera, à sa décharge, que Sarkozy pourrait n’être pas l’auteur de cette biographie. Le bruit court que nombre de responsables politiques, d’acteurs de cinéma, de chanteurs, d’animateurs de télévision, engagent des plumes (on disait autrefois des nègres) qui rédigent essais, mémoires, livres, rapports et parfois romans à leur place. De Gaulle, en 1938, refusa à Pétain de le servir ainsi. Ce fut de sa part un acte de résistance de publier sous son nom La France et son armée.
Néanmoins, outre que Sarkozy ne vise pas, nous le verrons, à imiter de Gaulle, plutôt à se débarrasser de lui, la pratique de nos jours passe pour normale. Une confidence étourdie, à l’avant-dernière page, éveille le soupçon : «À l’issue de ce récit, on reste confondu par le nombre d’occasions ratées, de rendez-vous manqués, d’opportunités abandonnées.» L’auteur découvrirait en son entier, pour la première fois, l’ouvrage qu’il signe (comme si sa main droite ignorait le labeur de sa main gauche), il ne s’exprimerait pas autrement. Mais puisqu’il le signe, et que la postérité s’en servira pour déchiffrer son caractère et ses intentions, laissons-le lui. Il ne l’a pas volé.
*
[Sarkozy affirme que Mandel, arrivé au Maroc à bord du Massilia le 24 juin 1940, déposa] le lendemain à l’agence Havas un extraordinaire (selon lui, «un véritable») «appel de Casablanca» dans lequel les Français auraient lu, si les journaux sous la dictature de Pétain et des Allemands l’avaient imprimé : «En accord avec les alliés britanniques et dans cette heure de détresse nationale, j’ai pris le pouvoir. L’armée coloniale et la flotte poursuivront la guerre à mes côtés jusqu’à la victoire.» Mais, regrette Sarkozy, «la déclaration […] ne fut jamais diffusée… La Résidence générale avait pris des dispositions en ce sens.»
Où donc a-t-il pêché cet appel de Casablanca, dont l’apparition insolite [une semaine après celui du général de Gaulle] et les accents césariens exigeaient une enquête approfondie? Quelles sont ses sources? À partir de cet endroit, et jusqu’à la fin du chapitre intitulé «Le calvaire du « Massilia »», aucune note en bas de page ne nous jette sur la moindre piste. La maigrichonne bibliographie de Sarkozy, sur ce point délicat, reste obstinément muette et nous savons de reste que, ne se voulant pas historien, il n’a point effectué de recherches personnelles.
[…]
Un jour peut-être saurons-nous si le scénariste du téléfilm [Le Dernier Été, « d’après l’œuvre de Nicolas Sarkozy »] sursauta, épouvanté, en s’apercevant que Mandel n’avait jamais lancé d’appel de Casablanca et s’il en avertit le biographe. Le supplément enregistré sur le DVD nous les montre devisant comme de vieux copains, habitués à partager les mots et les trouvailles. Sarkozy avait annoncé, au début de son ouvrage, vouloir exhumer une vie du grenier de notre histoire. Question du scénariste : «Comment diable êtes-vous allé exhumer Georges Mandel?» Réponse : «Vous qui êtes un historien reconnu, vous l’avez dit : vous avez employé le terme exhumer.» Et ainsi de suite. On en déduit, jusqu’à plus ample informé, que le scénariste avait eu carte blanche pour se débarrasser non seulement de l’appel de Casablanca, mais de tout son contexte, réduisant l’épisode marocain à ce raccourci spectaculaire : «La tentative pour gagner l’Afrique du Nord s’acheva par un fiasco total.»
Fils d'une activiste blanche, élevé au sein d'une famille blanche, Barack Obama ne ressemble en rien au profil majjoritaire de la communauté noire américaine. En outre, il s'est marié et vit en famille avec son épouse qu'il n'a pas abandonnée. Sera-t-il capable d'inspirer son peuple ?La plus brillante étude sur cette question est celle-ci :
SAY THIS FOR Barack Obama's big speech: It is still being analyzed this week, and it will be analyzed more in the weeks and months ahead. Senator Obama went beyond the controversy over his former pastor, Reverend Jeremiah Wright, and delivered a sweeping address on the recent history of U.S. race relations. But he gave short shrift to an issue that is inseparable from racial inequality: the issue of out-of-wedlock births.
"So many of the disparities that exist in the African-American community today can be directly traced to inequalities passed on from an earlier generation that suffered under the brutal legacy of slavery and Jim Crow," Obama said. He did acknowledge that welfare policies "may" have hurt black families. But he affirmed with certainty that "a lack of economic opportunity among black men, and the shame and frustration that came from not being able to provide for one's family, contributed to the erosion of black families."
That's true. But it's also true that African-American families were much more intact in the decades before the Civil Rights Act than they were in the decades after it. In 1963, according to the famous Department of Labor report issued by Daniel Patrick Moynihan two years later, the out-of-wedlock birth rate among blacks was 23.6 percent while the rate among whites was only 3.07 percent. By 2005, according to the National Center for Health Statistics, the out-of-wedlock birth rate among non-Hispanic whites had jumped to 25.3 percent and the rate among non-Hispanic blacks stood at nearly 70 percent.
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In response to an LRC review of a (Distortion of) History Channel "documentary" on Sherman’s march to the sea by Clyde Wilson, Valerie Protopapas of Huntington Station, New York, took it upon herself to go to the library and research Sherman herself. Sherman’s History Channel image of a heroic and benevolent egalitarian just sounded like, well, like a lie to her. So out of the blue she wrote Professor Wilson (who now describes himself as a recovering academic historian) that "the truth about Sherman and his genocidal beliefs (and tactics) is, like Lincoln’s views on race and slavery, well reported but ignored."
That is, one can find the facts of history if one looks for them. But when it comes to the War for Southern Independence, one will also discover pages and pages of spin, excuse-making, and rhetorical cover-ups. History may be "well reported" in academic treatises and government documents, but as Mrs. Protopapas says, it rarely makes it into the public school textbooks or television documentaries, and is therefore ignored by the general public.
In her letter to Clyde Wilson, shared with yours truly, Mrs. Protopapas said that "I find it quite unique that after almost 150 years, purveyors of the myths surrounding the [second] War of Secession retain not only their desire, but their ABILITY to hide the facts . . . of the era. The same lies and half-truths continue to be presented as hard fact with every passing generation and all attempts at bringing even a modicum of well-documented facts (such as the actual words of the men involved) are met with a hostility every bit as virulent as was the case shortly after the war ended. And they say that the South won’t let the past die!"
This statement suggests that Valerie is familiar with the Lincoln cult, the Straussians, and the James McPherson/Harold Holzer/Doris Kearns-Goodwin school of "Civil War scholarship," which she accuses of presenting a "murderous myth that makes saints of monsters and monsters of decent men." The following is a collection of some of the information about General William Tecumseh Sherman that Valerie Protopapas, an ordinary citizen who does not claim to be a "Civil War scholar" and who does not reside in the South, dug up about one of the more monstrous characters in American history. She labeled her collection of information "Shermaniana."