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vendredi 4 avril 2008

Un beau livre chez La Martinière




Découvertes
Les derniers trésors de l'archéologie

Brian M. Fagan (dir.)
La Martinière, 260 p., ill., biblio., index, 45 e, ISBN 978-2-7324-3699-9.

Brian M. Fagan, le signataire de ce beau livre collectif, est professeur d'anthropologie à l'université de Californie et l'auteur d'une longue théorie de livres qui se succèdent à intervalles réguliers depuis 44 BP (1964). A cette date il a publié à Lusaka (à une époque lointaine quand existait encore pour quelques semaines la Rhodésie du nord), un modeste guide touristique consacré aux chutes Victoria. Ce court opus a sans doute servi de viatique pour son pèlerinage aux sources de l'histoire humaine et l'a initié aux joies rémunératrices de la vulgarisation tous azimuts.

Rien n'échappe au zèle pédagogique de notre universitaire à mortier, de l'archéologie décryptée pour les ignorants, à l'art de mouiller son ancre expliqué aux apprentis yachtmen, en passant par la civilisation aztèque de A à Z à laquelle, pourtant, il ne semble entraver que pouic.

Quatre de ses livres ont été traduits en français (et non deux, comme l'assure imprudemment son éditeur), ce qui est un juste hommage à de réels talents de vulgarisateur. Il est plus facile de trouver un universitaire toqué confondant profondeur et obscurité qu'un homme de l'art conjuguant connaissance et limpidité.

Une des clef du succès éditorial de Brian M. Fagan réside, certes, dans son habilité à satisfaire les besoins des médias, mais aussi par son enrochement dans l'établissement universitaire et par son refus de céder aux sirènes de l'archéologie alternative, pourtant si en vogue dans les maisons d'édition.

On retrouve ces apétents ingrédients dans la version française de l'ouvrage publié l'an passé au Royaume-Uni, et aux Etats-Unis, que les éditions de La Martinière nous proposent sous le titre Découvertes, les derniers trésors de l'archéologie.

Contrairement à ce grand éditeur parisien qui avait confié voici quelques mois un ouvrage de vulgarisation militaire à des traducteurs spécialisés dans le jardinage et les romans policiers, cette fois la mise en français a été assurée par un ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, qui est déjà le traducteur de nombreux volumes d'histoire et même d'archéologie. Collaborateur de La Martinière depuis 1995, il a assuré la traduction dans cette maison de vingt-huit ouvrages; de très bons, comme le Sexe à Rome ou de très mauvais, comme les Cinquante meilleurs romans du XXe siècle.


Le sexe à Rome, un sujet vendeur.

Destiné à un public cultivé, le contenu du livre est agréable à lire et fourmille d'informations. La mise en page est élégante et les illustrations sont abondantes et choisies avec soin. Les légendes, bien renseignées, ne sont pas les parents pauvres de la maquette.

Mais là où l'âne est attaché, il faut qu'il broute. Les sujets choisis, comme l'équipe d'auteurs retenue pour les traiter, reflètent bien l'anglocentrisme habituel de l'édition insulaire et la relative frilosité intellectuelle du signataire.

Le premier point est caricatural. On considère qu'il existe deux grands types de sujets en archéologie. Ceux qui relèvent d'un intérêt mondial, comme Atapuerca ou Florès, et les sujets régionaux, comme Boxgrove ou Boscombe. Il est bien naturel que les sujets de la Perfide Albion se passionnent pour le sort des défuntés de Drieffield Terrace, dans le Yorkshire, mais ces macchabées d'outre-Manche seront moins attractifs pour lecteur français ou allemand que la reconstitution des traits de Toutankhamon.

Les défuntés de Drieffield Terrace.

Si l'acheteur de droits étrangers de La Martinière avait simplement jeté ne serait-ce qu'un regard distrait sur le sommaire, il se serait rendu compte que, pour trois sujets français, nous en avons douze insulaires. A elle seule la Grande Bretagne compte plus d'articles que le continent tout entier. Or, l'hominisation laissé plus de traces de ce côté-ci du Channel que dans les îles, déjà réputées pour leur climat peu hospitalier.


L'île de Bretagne se taille la part du lion.

Si certains sujets répondent davantage à un besoin marketing qu'à un intérêt scientifique (le site de Jamestown en Virginie et la pléthore de sites anglais) dans la plupart des cas le choix est très heureux, comme par exemple Atapuerca en Espagne ou Dmanisi en Géorgie, deux grands lieux de la préhistoire européenne ou le grand kourgane de Ryzhanovka en Ukraine.




Le HMS Bounty arrivant à la terre de l'arbre à pain.

En revanche, pourquoi consacrer autant de pages à l'exploration de l'épave de l'HMS Pandora, le navire envoyé à la recherche des mutins de l'HMS Bounty ? On n'a nullement besoin de l'archéologique pour connaître la vie des marins du XVIIIe siècle. Dans les archives se trouvent des milliers de dossiers dans lesquels est détaillé le contenu des navires et la minutie de l'alimentation d'un équipage dont on connaît le moindre membre. Il aurait été bien plus intéressant de montrer la découverte de l'épave du galion San Diego, relevé en 1992 par Frank Goddio au large de Manille.

De même, le coordinateur de l'édition n'est pas allé bien loin pour choisir ses auteurs. Certes, on compte un ou deux français, particulièrement incontournables, mais pourquoi a-t-il demandé à un roast-beef pur sang (mais parfaitement compétent) d'écrire les articles consacrés à la Géorgie ou à Atapuerca alors que les chercheurs responsables de ces découvertes sont disponibles et fort bien disposés à collaborer à des péans à leur gloire ? David Lordikipanidze ou Eudald Carbonell auraient été ravis d'ajouter une ligne de plus à leurs interminables bibliographies.

Corrigeons le tir. Ce reproche ne peut être adressé de bonne foi à l'éditeur d'origine, lequel a fait un effort louable pour s'adjoindre des auteurs étrangers. L'éditeur français aurait dû franciser quelques articles pour rendre l'ouvrage un peu moins anglocentré.

La bibliographie des collaborateurs fait partie des parents pauvres de l'ouvrage. Il est probable que que le preux traducteur n'a guère veillé à la chandelle pour en assurer la francisation. Deux exemples : Michel Brunet est cité à l'occasion de l'article paru dans la revue Nature en 2002 sur la découverte de Toumaï. En revanche, la bibliographie ignore les ouvrages français de ce chercheur dont D'Abel à Toumaï publié en 2006 à Paris chez Odile Jacob. Autre curiosité, un des rares ouvrages cités en français ne figure même pas au catalogue de la BNF. Autre erreur, la bibliographie cite un ouvrage de Franck Goddio l'Egypte engloutie qui aurait été publié (avec un titre en français ?) à Londres en 2002. La British Library consultée répond que cette année là l'archéologue français a publié, en anglais, Lost at sea : the strange route of the Lena Shoal junk. Cherchez l'erreur.

La frilosité de Brian M. Fagan se révèle dans le choix des sujets. Rien de controversé à l'horizon. Cette vision pasteurisée de l'archéologie va probablement favoriser la vente de l'ouvrage dans les écoles publiques, mais laissera bien des lecteurs sur leur faim. Par exemple, rien sur l'archéologie du sous-continent indien, rien sur l'occupation par les hommes du continent Américain. Quid de l'homme de Kennewick, des traces d'occupation sur la côte Est des Etats-Unis ou du site chilien de Monteverde ? Un peu trop hot et spicy pour le palais sénescent du vieux Fagan ?

Au fil des articles, courts et distrayants le lecteur repère de rares erreurs qui n'auraient probablement pas échappé à l'oeil avisé d'un correcteur, si l'éditeur avait jugé bon de consacrer une part minime du budget à cette nécessaire lecture technique. En voici deux à titre d'exemple.

Voici la preuve que le HL de HL Hunley correspond à Horatio L. Hunley.

En lisant l'article consacré à un sous-marin sudiste HL Hunley ayant coulé USS Housatonic, je me suis interrogé longuement sur la signification des deux lettres HL précédant le nom du sous-marin au lieu des CSS (Confederated States Ship) auxquelles je m'attendais. Les noms des navires de guerre sont, dans de nombreuses marines, précédés de quelques lettres qui en précisent le statut. Ainsi le « HMS » des navires britanniques correspond à His ou Her Majesty's Ship ou le USS américain à « United States Ship ». Dans le cas de bateaux civils, on peut aussi trouver les lettres SS (Steam Ship) ou MV (Motor Vessel).


La tombe de l'équipage du CSS HL Hunley.


Comme le Hunley était un bâtiment à propulsion musculaire j'ai cherché les termes commençant par Human. Par exemple Human Legs. Mais après vérification, les matelots actionnaient une vis sans fin à l'aide de leurs bras et non avec leurs jambes. Fausse piste. A court d'idées je me suis plongé dans ma documentation et j'ai découvert l'erreur du traducteur. Le HL n'est pas le préfixe précédant le nom, mais une partie intégrante du nom, soit les prénoms de l'ingénieur Hunley qui a conçu ce sous-marin. La désignation correcte de ce navire est donc CSS HL Hunley.


Une monnaie en or retrouvée dans l'épave du sous-marin.


Autre curiosité, dans l'article concernant le Londres saxon, le traducteur a choisi Bretagne pour rendre probablement le terme Britain. Or, si pour le temps de Jules César ce choix est pertinent, il ne l'est plus à cette époque où deux Bretagnes existent, celles que les géographes appelaient Britania Major (l'île de Bretagne) et Britania Minor (la Bretagne continentale). Le traducteur aurait été avisé de corriger l'anglocentrisme de l'auteur en choisissant « île de Bretagne » au lieu de « Bretagne » tout court.

Regrettons que la bibliographie en fin d'ouvrage soit inexploitable pour le lecteur qui n'est pas anglophone. L'éditeur aurait été avisé d'en demander la francisation à un archéologue. Par exemple, dans la partie « La bière et le vin dans l'Antiquité », ne pas mentionner les travaux du CNRS dans ce domaine est très dommageable.

Il serait triste de ne retenir de ce beau livre que la miscellanée d'étourderies que je viens de relever car cet exercice peut se renouveler avec succès pour tout livre. Ce qui fait la valeur de ce beau volume est le talent de l'auteur à rendre simple et vivante une science complexe et de plus en plus technologique. Il rappelle, par exemple, que l'on a engrangé davantage de découvertes archéologiques ces quinze dernières années qu'au cours du siècle précédent. Rien d'étonnant à cela, précise-t-il, la poignée d'archéologues parcourant le monde à dos de mulet a été remplacée par une armée d'archéologues professionnels se déplaçant en avion.

Passionnant tour du monde de l'actualité de l'archéologie, Découvertes sera d'une lecture profitable et amène pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'humanité dans sa version tous publics. Encourageons simplement l'éditeur, qui compte parmi les meilleurs, à faire un effort supplémentaire pour faire d'un bon parcours éditorial un véritable sans faute.

mercredi 20 février 2008

Un druide sort de la tombe

L'excavation du site.



Dans un article publié dans l'édition anglophone du Spiegel, la journaliste Angelika Franz rend compte de la découverte en Angleterre de la tombe d'un « guérisseur » (pour ne pas utiliser le terme de « druide »).


Druids belong to the realm of myth -- archaeologists have never been able to prove their existence. But now researchers in England have uncovered the grave of a powerful, ancient healer. Was he a druid?

Un tombe très riche.


There's a joke among archaeologists: Two of their kind, in the future, find a present-day public toilet. "We've discovered a holy site!" cries one. "Look, it has two separate entrances," says the other. "This here," he says, pointing to the door with a pictogram of a woman, "was for priests. This is evident by the figure wearing a long garment."

Archéologues au travail.


The joke rests on a perennial sore point for archaeologists: There are things they simply can't prove. The list includes love, hate, fear, desire and, well, faith. Which hasn't stopped many reports from being written about who loved or hated whom in ancient cultures -- who was threatened by what, who tried to win something else.
Philip Crummy is an archaeologist who tries not to pass off ancient toilets for holy sites. But lately the director of the Colchester Archaeological Trust has been pulling a number of artifacts from the ground near the site of an ancient city, Camulodunum, that would tempt any archaeologist to speculate, at least a little. Crummy has stumbled upon a small cemetery about 4.5 kilometers (2.8 miles) southwest of present-day Colchester. The dead were all buried between the years 40 and 60 AD. For a cemetery that's a short lifespan; but in Britain it's an important period, because in the year 43 AD the island became a Roman colony.


Les objets ont été dégagés avec soin.


The people buried in this graveyard clearly belonged to the elite of their day. They were laid to rest not in caskets, but in large burial chambers. On the east side of the chambers lay piles of shards -- remnants of pottery shattered on purpose at the site. The immediate impulse is to imagine a funeral feast where the bereaved shattered plates against a wall. "Careful," warns Crummy. "We can't know what happened there exactly."


This find is unusually rich. One dead body was interred with a ball of verdigris, either for medicinal or cosmetic purposes. A small Roman flagon of perfume from Augustan times was also in the chamber. But the funeral items weren't just for superficial things: Another grave had an inkpot. A literary man, we might think, but Crummy recommends caution again. In archaeology an inkpot is just an inkpot. After all nothing would prevent an illiterate from shoving Shakespeare's collected works up on his living-room shelf today.


Des objets retrouvés brisés.



Scalpels, Saws, Hooks, Needles, Tweezers

One of the graves is especially evocative. It probably belonged to a doctor. The interior resembles that of a soldier in a neighboring grave. At least in the eastern part where an eleven-piece dinner set lay, as well as a copper sieve, which had been used to pour out wormwood tea, and a bronze pan for warming up wine.


Un jeu (reconstitué) retrouvé sur le site avec des baguette de divination.



In the western half, archaeologists found a board game. The stones were once laid out along the broad sides of a board -- 13 white and 13 blue. The wooden board had rotted away long ago, but the stones had hardly moved over two thousand years. The ancient undertakers had meticulously piled the burned bones of the deceased on the board. There was also a set of surgical instruments, complete with scalpels, saws, hooks, needles and tweezers -- as well as divining rods made of iron and copper. "Doctor" is the term that Philip Crummy has prudently chosen for the dead person, but less cautious researchers would have chosen another word: "druid." That would have been a sensation.
Druids are problematic, because no one has proved their existence, at least not archaeologically, although they have been written about extensively, even by ancient writers. Today most people would think automatically of Miraculix, the druid in the proto-French village defended by Asterix (and other cartoon Gauls) who buck themselves up with magical drinks. The Asterix cartoonists, René Goscinny and Albert Uderzo, took descriptions by the Roman historian Pliny the Elder (23-79 AD) as a template. Pliny's writing describes the "druid" caste as white-robed, with golden sickles which they used to cut branches of mistletoe from oaks.

That all sounds very nice, and Pliny is even known to have travelled extensively in the colonized provinces. But he was a Roman, and scholars have always treated Roman descriptions of the world with caution.

What Exactly Was a Druid?


Archaeologists have never found a golden sickle and Caesar never mentioned the precious tool in his "Gallic Wars", the second major historical source of research on druids. In Book 6, Chapter 13 he describes the task of druids: They "are engaged in things sacred, conduct the public and the private sacrifices, and interpret all matters of religion. (...) they determine respecting almost all controversies, public and private." Not a word about white gowns, golden sickles, mistletoe or oak trees. But Caesar's account has to be taken with a note of caution -- he was, after all, a conqueror writing about the vanquished.

So what history tells us about the druids is barely usable. And the more recent extensive literature isn't much help either. Mike Pitts, an expert on druids and the author of an article on the Colchester site in British Archaeology magazine, told SPIEGEL ONLINE that the 19th and early 20th centuries saw the emergence of a notion of druidry that completely distorted the real picture. Stonehenge and Merlin have about as much to do with druids as the Asterix and Obelix comic books of Goscinny and Uderzo. "That's exactly the problem," says Pitts. "Despite the many fantasy stories, we don't even know what we're supposed to be looking for."

Les objets retrouvés ont été cassés au moment de l'inhumation.


No Longer Celtic, Not Yet Roman

This is where the Colchester burial site comes in. The doctor of Camulodunum was evidently a rich and respected man. If one assumes that the surgical instruments and divining rods in his tomb weren't just for decorative purposes, healing and soothsaying must have been part of his job description. It's the closest anyone is likely to get to a druid in archaeological terms. Crummy is aware of this, of course. "We know nothing about the dead person. Anything is possible. We don't even know whether the bones belonged to a man or a woman."

Des baguette de divination.


For him other questions are far more exciting. "What we're seeing here are the tombs of an elite that ruled when the Romans came to Britain," says Crummy. The artifacts placed in the tombs reflect that the elite was in a cultural transition -- not entirely Celtic anymore, but not wholly Roman either. The set of surgical instruments is similar to other sets found along the Mediterranean. But the instruments have individual designs that are different from their Mediterranean versions. "What was the relationship between these people and the Roman occupiers?" asks Crummy.

Une reconstitution de la tombe.


"They witnessed with their own eyes how Emperor Claudius rode into Camulodunum at the head of his own army," speculates Mike Pitt. "And there's some probability that they knew Cunobelinus." He was king of the Britons before the Romans came, and he was the inspiration for a mythical figure. William Shakespeare turned him into Cymbeline, the main character of his eponymous tragicomedy.

Une reconstitution de l'inhumation.

vendredi 21 décembre 2007

Un trésor gaulois

Un trésor gaulois exceptionnel a été découvert par l'INRAP. Un exemple remarquable du savoir faire exceptionnel d'une équipe de professionnels de haut niveau.


L'Institut national d'archéologie préventive n'est guère connu du grand public et c'est bien dommage. Il intervient en urgence quand un site archéologique est découvert au cours de travaux. Il ne dispose que d'un délai très bref pour agir avant de rendre le site à sa destination première.

En Bretagne, une équipe de l'Inrap a récemment mis au jour les vestiges d'une exploitation agricole de l'âge du Fer à Laniscat (Côtes-d'Armor) à l'occasion de la fouille d'un tracé routier. Dans ce contexte a été découvert un des plus importants dépôts monétaires celtiques jamais mis au jour en Armorique.

L’or du peuple du bout du monde :
découverte d’un trésor gaulois



Les archéologues ont dégagé à Laniscat un grand établissement agricole dont l'implantation remonte au IIIe siècle avant notre ère et perdure jusqu'à la conquête romaine.
Vers le milieu du IIIe siècle avant notre ère, un notable et sa parenté s'installent sur le site de Rosquelfen. Comme c'est l'usage à l'époque, il délimite l'emprise de sa ferme par un enclos composé d'un fossé doublé d'un talus, geste ostentatoire plutôt que volonté défensive. L'ouvrage de plan quadrangulaire couvre 7500 mètres carrés. L'enclos est ponctué de six entrées fermées par un porche et la cour intérieure présente une petite zone palissadée pour parquer des animaux de trait ou d'élevage. Installées le long des talus, les habitations construites sur poteaux sont peu spacieuses mais bénéficient cependant d'un foyer central, dont les fumées s'échappent à travers la couverture de chaume. Une partie de l'enclos est réservé au traitement et au stockage des céréales. Elles sont conservées dans de petits greniers surélevés de façon à aérer le grain et à le protéger des rongeurs.
À la conquête romaine, la ferme est profondément modifiée mais l'enclos gaulois a pérennisé l'orientation du parcellaire. L'enclos gallo-romain ne couvre que 1850 mètres carrés de l'enclos gaulois mais possède un imposant fossé taluté défensif. En pleine romanisation de l'Armorique, le site semble abandonné au cours du Ier siècle de notre ère.

Monnaie osisme : statère gaulois en électrum du trésor de Laniscat (revers).


Le trésor de Laniscat


Probablement juste avant la conquête romaine, le trésor est enfoui au sein de l'enclos gaulois. Protégées par un talus durant des siècles, ses 545 monnaies d'électrum (alliage d'or et d'argent) ont été éparpillées sur 200 m² par les récentes mises en culture mais sont toutefois dans un excellent état de conservation.
Le trésor de Laniscat se compose de 58 statères et de 487 quarts de statères. Toutes ces monnaies ont été frappées par le pouvoir osisme. Il s'agit du plus important dépôt monétaire jamais découvert en Armorique celtique : 254 monnaies avaient été mis au jour à Kersaint-Plabennec en 1903 (Finistère), 254 à Guingamp en 1934 (Côtes-d'Armor), 184 à Perros-Guirrec en 1933 (Côtes-d'Armor), 53 à Poullaouen en 1853 (Finistère)... Il compte des monnaies rares et des variantes inédites : on relève ainsi la présence de statères du type de Carantec jusqu'ici connus à six exemplaires. Ces monnaies portent à l'avers une tête humaine à gauche, chevelure disposée en grosses mèches. Un double cordon perlé entoure la chevelure et se termine à chaque extrémité par une petite tête coupée. Devant la face, un sanglier. Au revers, un homme monte un cheval non androcéphale à gauche. Il brandit de la main droite une lance et tient, de l'autre main, un bouclier. Devant le cheval, un motif floral. Sous le cheval, un sanglier enseigne.
La composition du métal des monnaies, un alliage ternaire or argent avec une forte proportion de cuivre, confirme la datation tardive du dépôt, durant les années 75-50 avant notre ère.
Ce trésor a d'autant plus d'importance qu'il a été découvert dans son environnement archéologique. Il représente une fortune considérable pour l'époque et renseigne sur le statut du site et de ses occupants. Il permet de reconsidérer le rôle et l'importance des Osismes dans la péninsule bretonne.

Quelques statères gaulois en électrum du trésor de Laniscat.

Les Osismes

Pythéas de Marseille, un navigateur grec qui partit de Marseille vers 300 avant notre ère pour rejoindre l'île de Bretagne (la Grande Bretagne actuelle), a mentionné la présence des Ostimioi, un peuple localisé à l'extrémité d'une péninsule qui s'avance loin dans l'Océan. Selon Léon Fleuriot, ce terme signifierait « les plus éloignés », en bref « les finistériens », nom tout à fait adéquat pour ces hommes de l'extrémité du continent. Quelques siècles plus tard, on le retrouve sous le nom d'Osismes dans les textes latins.
Jules César mentionne ce peuple, allié des Vénètes lors de la guerre des Gaules. On a longtemps pensé que les Osismes, localisés à l'extrémité de la péninsule bretonne, vivaient sous la dépendance de leurs puissants voisins du Morbihan. Or, les données récentes de l'archéologie soulignent au contraire la prédominance de la Cité des Osismes, qui maîtrisait le trafic maritime entre l'Atlantique et la Manche ainsi que des gisements de métaux précieux. Elle contrôlait un vaste territoire, comprenant le Finistère, ainsi que l'ouest du Morbihan et des Côtes-d'Armor.
La découverte du trésor osisme de Laniscat permet de préciser les frontières orientales de cette cité, structurée autour de deux agglomérations fortifiées majeures, les oppida de Huelgoat et de Paule, et d'une série d'agglomérations secondaires, comme Quimper ou Douarnenez.

le film du trésor
Le trésor de Laniscat
Interviews d'Eddy Roy (archéologue responsable d'opération, Inrap), Michel Baillieu (adjoint scientifique et technique, Inrap), Sylvie Nieto (numismate, CNRS), Yves Menez (spécialiste de l'âge du Fer, Inrap), Stéphane Deschamps (Conservateur régional de l'archéologie, DRAC). Film réalisé par Mathilde Deschamps et praduit par l'Inrap et Tournez s'il vous plaît.



Un site de mise à disposition de courtes vidéos qui est à explorer d'urgence.


Pour en savoir plus, nous vous invitons à visiter le site de l'INRAP qui est tout à fait remarquable, non seulement pour les étudiants mais aussi pour tous les amoureux d'histoire et d'archéologie. La page consacrée aux reportages vidéo est très bien faite et permet de s'y abonner. De cette manière, les internautes malins peuvent recevoir régulièrement sur leur ordinateur des petits films passionnants sur les derniers chantiers de l'INRAP.

Voici un exemple des films à la disposition des internautes sur le site de l'INRAP.





L'Utile, 1761.
Esclaves oubliés

Interviews du commandant Max Guérout et de Thomas Romon (Inrap).

Partie de Bayonne le 17 novembre 1760, l'Utile, flûte de la Compagnie française des Indes orientales, fait naufrage le 31 juillet 1761 sur l'île de Tromelin. 203 ans plus tard, le commandant Max Guérout et le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), en collaboration avec l'Inrap, lancent, sous le patronage de l'Unesco, le projet « Esclaves oubliés ». Son objectif : fouiller l'épave de l'Utile, retrouver les traces du séjour des naufragés et des conditions de leur survie sur l'île. La première mission s'est déroulée du 10 octobre au 9 novembre 2006.

Avec l'INRAP, nous avons enfin l'impression que l'argent public sert vraiment à quelque chose !

(Le texte est de l'INRAP et les photos sont d'Hervé Paitier de l'INRAP. )