vendredi 29 février 2008

Allô le Vatican ? C'est moi qui ai raison

Pierre Hillard : une voix qui se veut française.

Un entretien avec Pierre Hillard au sujet de son dernier livre (voir notre recension).


La marche irrésistible du nouvel ordre mondial
Pierre Hillard

Editions François-Xavier de Guibert



1) En quoi l’unification de l’Amérique du Nord nous concerne-t-elle ?


PH : Cette unification nous concerne au premier chef. Je rappelle que l’objectif est d’unifier les Etats-Unis, le Canada et le Mexique au sein d’un bloc politique, économique et militaire appelé Union nord-américaine. L’ensemble doit être régi par une monnaie unique (l’amero) avec une super banque centrale nord-américaine. L’émergence de cette nouvelle structure se fait parallèlement à la création de l’Union européenne. Ces deux blocs doivent former une seule et même communauté dans tous les domaines, théoriquement pour 2015. L’ensemble doit être géré par une assemblée transatlantique. Par conséquent, cette « Union atlantique » comme le disait en 1950 Richard de Coudenhove-Kalergi se doit d’être régentée par les mêmes lois.

Richard Coudenhove-Kalergi.

Or nous assistons aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre à un renforcement du pouvoir exécutif (exemple : John Warner Act) brimant les libertés individuelles et cherchant à imposer un modèle de pensée unique. En raison de l’unification euro-atlantique en cours, inexorablement, le processus touche les Etats européens qui doivent se mettre au diapason avec leur voisin outre-atlantique. C’est le principe de duplication. Nous entrons dans l’ère d’une dictature proche du film Bienvenue à Gattaca.

Un des meilleurs films d'anticipation.



2) Pourquoi avoir ressorti le colonel House de la naphtaline ?

PH : Ce conseiller intime du Président Wilson a eu un rôle majeur dans la création du Council on Foreign Relations (CFR) et de son alter ego britannique « Chatham House », think tanks jouant un rôle considérable en politique étrangère. Le colonel House (1958-1938) est un grand prince du mondialisme. Il est l’auteur d’un ouvrage majeur inconnu du public francophone paru en 1912 : Philip Dru, administrator. Ce livre raconte la prise du pouvoir au Etats-Unis après un coup d’Etat par Philip Dru, officier de West Point. Cet administrateur/dictateur supprime la constitution des Etats-Unis et impose un régime dictatorial avec une refonte profonde dans l’organisation de la société. Qui plus est, il lance la création d’une union de toute l’Amérique du Nord (ancêtre de l’Union nord-américaine aujourd’hui). Le tout aboutit à une réorganisation des relations internationales afin de favoriser l’émergence d’un Etat mondial. Cet ouvrage de 1912, apparemment romancé, était en fait un véritable programme politique qui connaît une application pratique en ce début de XXIè siècle.

Le colonel House à Paris pendant la Grande Guerre.


3) Quel analyse faites-vous de l’évolution institutionnelle de l’Espagne ?

PH : Au même titre que les autres Etats de l’Union européenne, les régions espagnoles acquièrent une autonomie politique et financière de plus en plus large. Les textes ethnicistes européens (charte des langues régionales et convention-cadre pour les minorités) avivent les revendications catalanes, basques, … au dépens de la culture castillane. Ces régions espagnoles traitent de plus en plus avec les autorités bruxelloises au détriment de l’Etat espagnol qui devient la « cinquième roue du carrosse ». L’émancipation n’est plus qu’une affaire de temps.

Est-il temps de supprimer la Belgique ?

4) Pensez-vous que la Belgique soit condamnée ?


PH : La Belgique obéit à la même évolution que le cas espagnol. Les régions (Flandre, Wallonie) ont de moins en moins besoin du toit belge puisque l’interlocuteur le plus fréquent est l’Union européenne. Ajoutez à cela des oppositions culturelles et économiques et le temps de vie de la Belgique est particulièrement compté. Comme le disait la revue financière britannique The Economist : « Il est temps de supprimer la Belgique » (septembre 2007). Il est vrai que l’Union européenne imprégnée du modèle économique anglo-saxon et régenté territorialement par l’allié allemand (régionalisation, suppression des frontières, …) est le prolongement idéal du monde financier de la City et de New York. La Belgique ne sert donc plus à rien.

L’indépendance de l’Ecosse ne serait d’aucune utilité à la France.

5) Ne faut-il pas se réjouir de la possible indépendance de l’Ecosse, une alliée traditionnelle de la France ?


PH : Dans une Europe composée d’Etats souverains, l’indépendance de l’Ecosse serait une bonne affaire pour la France. Mais les dés sont pipés puisque ce sont les régions qui ont le pouvoir en lien direct avec Bruxelles. La France étant dépouillée de ses prérogatives régaliennes au profit des régions d’une part et de Bruxelles d’autre part, elle devient une véritable coquille vide. Dans ce cas, l’indépendance de l’Ecosse ne lui serait d’aucune utilité sauf si ce n’est allumer partout en Europe les mèches des revendications indépendantistes (Flandre, Transylvanie hongroise, etc …). En tout cas, l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, va « aider » ces mouvements sécessionnistes en Europe et dans le monde.

Quelle union entre l'Europe et l'Amérique ?


6) Une Union progressive de l’Europe avec l’Amérique du Nord ne s’inscrit-elle pas dans la logique des choses ?

PH : Quelle logique ? Ce fameux « sens de l’histoire » n’entre pas dans la pensée catholique. Il s’inspire du principe fataliste qu’on retrouve dans l’Islam ou dans le déterminisme qui inspire à des degrés divers le communisme ou le protestantisme. Cette prédestination peut être cassée à condition d’écarter les personnes à l’origine de cette philosophie. En fait, cette union entre l’Union européenne et l’Amérique du Nord est voulue car elle est le marche pied vers un Etat mondial. Derrière cette union se cache une véritable mystique, certains diraient une agapè inversée. Cependant, toute la question est de savoir si les instigateurs de cette politique réussiront à aller au bout de ce projet.

Allô, le Vatican ? C'est moi qui ai raison !

7) N’est-il pas présomptueux de rappeler à l’ordre le pape ?


PH : Pourquoi pas ? Un catholique doit respecter la fonction. En même temps, il peut ne pas être d’accord avec les propos de l’homme. Depuis Vatican II, les religieux qui gravitent au sommet de l’Eglise cherchent plutôt à promouvoir la « Cité de l’homme » bien éloignée de la Cité céleste. Par un langage de duplicité, ils font avancer une cause dont les principes philosophiques ont toujours été condamnés d’une manière vigoureuse par tous les papes avant Vatican II. Je pense en particulier à Pie IX avec le Syllabus. On ne peut pas professer avec force des principes depuis 40 ans qui ont été réfutés d’une manière implacable 2000 ans durant.

L'avenir de la nation selon Pierre Hillard ?


L'avenir de la nation selon les Suisses ?


8) Ne faudrait-il pas une fois pour toutes que les fédéralistes et les souverainistes puissent s’entendre sur une définition unique du mot « nation » ?

PH : Il serait utile de préciser que la nation repose sur le principe de souveraineté à part entière ne déléguant aucun pouvoir à une autorité supranationale. Comme le disait Philippe le Bel : « Empereur en son royaume ». Ainsi, les fédéralistes ne pourraient pas reprendre le mot « nation » à leur compte.

Le colonel House en compagnie du président Roosevelt.

Philip Dru Administrator : a Story of Tomorrow
House, Edward Mandell, 1858-1938

Téléchargeable ici

jeudi 28 février 2008

Collabos : la fin d'un mythe wallon...

Le 1er avril 1944, à 18 h, la brigade blindée Wallonie défile dans les rues
de Bruxelles sous les acclamations de nombreux habitants de la ville.
Durant plus d'une heure, les béhicules défilent sur l'avenue Anspach ornés
du drapeau à bâtons noueux de Bourgogne.


Dans les colonnes de la Libre Belgique, le journaliste Christian Laporte rend compte du dernier ouvrage de l'historienne Flore Plisnier qui remet les pendules francophones à l'heure : la Wallonie a été tout autant collaboratrice que la Flandre.



La Wallonie, très résistante face à une Flandre pro nazie ? Il faut pour le moins nuancer ! Flore Plisnier, une jeune historienne francophone tord le cou au mythe.

Lors des commémorations du 50e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités régionales wallonnes avaient souligné non sans quelque assaut lyrique l'engagement des Wallons dans la lutte contre le nazisme. Force est de constater que le mythe est ébranlé après la sortie d'une étude scientifique "pointue" d'une jeune historienne, Flore Plisnier, qui avait déjà consacré son mémoire de licence à l'ULB au rexisme à Charleroi. En fait, le Centre Guerre et sociétés contemporaines lui a demandé dans la foulée de faire un tour d'horizon aussi complet que possible de la collaboration armée francophone et le fruit de ses recherches, notamment sur la base des archives de l'Auditorat militaire, va à contre-courant de la "légende dorée" des Wallons hyperrésistants face à une Flandre fascistoïde et prête à s'offrir au Reich pour un plat de lentilles autonomistes.

On le savait évidemment déjà dans le monde des adeptes de Clio mais il n'y avait pas encore eu de démonstration étayée par une historienne digne de ce nom ! C'est désormais chose faite...

"En vérité, explique Flore Plisnier qui travaille aujourd'hui aux Archives générales du Royaume, aucune sphère socio-culturelle n'a été à l'abri de la tentation collaborationniste et celle-ci ne peut se résumer en Belgique francophone à la seule personnalité de Léon Degrelle."



Le monde ouvrier aussi...


L'originalité de sa recherche est de montrer comment tant la petite bourgeoisie catholique anticommuniste que - et là c'est plus décoiffant - le monde ouvrier principalement du Hainaut, se sont jetés peu à peu dans les bras de la collaboration armée. Les premiers souvent par idéalisme et par rejet du bolchevisme, avec l'appui d'une infime frange d'ecclésiastiques, les seconds parce que c'était une manière d'échapper à la misère. Nombre de jeunes ou de moins jeunes qui ont versé dans la collaboration armée avaient aussi un passé judiciaire.



En fait, les Wallons ne furent pas directement attirés par les sirènes du rexisme en 1940 mais commencèrent à le rejoindre entre la rupture du pacte germano-soviétique de juin 1941 et l'été de 1943 où la situation devint paroxystique à plus d'un égard : la Résistance s'organisa de plus en plus avec un Parti communiste qui choisit définitivement le camp des opposants au nazisme.

"Les collabos s'efforcèrent d'infiltrer les rouages de l'Etat, à tous les niveaux, poursuit Flore Plisnier. Mais le moment décisif se situa pendant la dernière année de guerre lorsque l'on assiste à une quasi-guerre civile en Belgique francophone entre les résistants et les rexistes. De véritables bandes se sont constituées et ont répliqué à tous les actes de la résistance dont l'objectif était d'éloigner les collaborateurs des lieux de pouvoir..."

Drapeau d'une des compagnies de la brigade Wallonie.

Une période très troublée qui isola de plus en plus les rexistes qui ne pouvaient pas compter sur des relais à l'échelon du pouvoir. Même des Belges attirés par l'Ordre Nouveau les rejetaient car ils ne pouvaient admettre le virage pro germanique définitif de Léon Degrelle. Certes, Flore Plisnier montre que ce dernier resta la figure de proue du rexisme mais il ne parvint plus à régenter ses troupes.

A la Libération, les rexistes qui s'étaient compromis furent sévèrement punis pour leur engagement politique mais davantage encore pour la violence qu'ils avaient semée. Ils ne furent jamais réhabilités et personne ne réclama l'amnistie pour leurs coupables égarements...

Ils ont pris les armes pour Hitler.
La collaboration armée en Belgique francophone

Flore Plisnier

Luc Pire et Ceges-Soma, 208 pp.

Une version néerlandophone est parue en même temps chez Meulenhoff/Meulenhoff.


De son exil espagnol, sous les portraits de monarques légitimes
des Pays-Bas, Charles Quint et Philippe II,
Léon Degrelle a poursuivi une discrète activité politique.

Tranchée aux Philippines

La compagnie Edison produisait de nombreux petits films pour les besoins du marché intérieur américain. Ici, ils ont mis en scène en 1899 la défense d'une tranchée par des résistants philippins et l'attaque par les troupes américaines.

video

Les mystères de la bombe allemande


Une photographie du réacteur atomique allemand dans l’état où le trouvèrent vers la fin de la guerre les Américains qui se dépêchèrent de le démonter afin que les Français ne s’en emparent pour le remettre à l’équipe du professeur Frédéric Joliot-Curie.

Les Américains ont lancé le projet Manhattan qui allait déboucher sur la bombe atomique parce qu’ils craignaient que les Allemands ne les devancent sur cette voie. Or, à la fin de la guerre, la surprise des Alliés fut grande en constatant le retard des Allemands dans le domaine des applications militaires de l’atome. Les spécialistes du renseignement américains et les historiens ont peut-être tiré un trait trop vite sur les physiciens allemands. Un livre récent Hitlers Bombe vient de relancer la polémique.

L’une des nombreuses productions « héroïques » de l’après-guerre, le film la Bataille de l’eau lourde (Jean Dréville, 1947), laissait penser aux spectateurs que seul le coup de main hardi mené par des commandos anglo-norvégiens contre l’usine de Rjukan avait empêché le IIIe Reich de se doter de l’arme nucléaire.
En réalité, l’histoire de l’atome en Allemagne est bien plus compliquée. Attribuer aux Allemands la capacité de construire une munition nucléaire s’inscrirait-il alors dans le cadre de la science-fiction historique ?
Les faits sont controversés. Deux publicistes Rainer Karlsch et Mark Walker, l’un allemand, l’autre américain, prétendent, en extrapolant quelques documents, que les savants du IIIe Reich auraient réalisé et expérimenté une arme nucléaire primitive pendant les dernières semaines de la Seconde guerre mondiale. Etat de la question.



Trois physiciens hongrois fuyant l’antisémitisme ont attiré l’attention du gouvernement américain sur les risques posés par le programme allemand de recherches nucléaires. De haut en bas : Edward Teller Leo Szilard et Eugene Wigner. Une fois l’Allemagne vaincue, Szilard ne voyait plus d’utilité à la bombe et, en juillet 1945, il fit circuler une pétition signée questionnant son usage contre le Japon.


L’atome, une exclusivité américaine ?

Le soixantième anniversaire du premier emploi militaire de l’arme nucléaire sur les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki a été commémoré avec gravité le 5 août 2005.
Le largage en 1945 de ces bombes atomiques était l’aboutissement d’un gigantesque effort de guerre mené par des hommes de l’art américains et britanniques, ainsi que des exilés dont de nombreux Français : c’est le « plan Manhattan ».
Ces physiciens, ingénieurs et chimistes avaient dû surmonter d’énormes difficultés avant de pouvoir expérimenter pour la première fois l’arme nouvelle. Et ce n’était qu’au mois de mai, après la capitulation allemande. Ce résultat représentait le fruit d’une course contre la montre, engagée en 1940 avec leurs homologues allemands pour la maîtrise de la fission nucléaire dans un but militaire.
Sollicité par trois physiciens hongrois ayant fui l’antisémitisme hitlérien, Leo Szilard, Edward Teller et Eugene Wigner, Albert Einstein (1) s’y était lui même impliqué en signant dès 1939 une lettre où il était demandé au président Roosevelt de prendre au sérieux les possibilités d’emploi militaire de l’atome.
1) Physicien et mathématicien allemand, né à Ulm en 1879, naturalisé suisse en 1900, puis américain en 1940. Depuis le printemps 2005, son portrait, accompagné de citations, s’étale sur les édifices publics de Berlin, ville où il demeura jusqu’en 1933. Il fuira ensuite les persécutions antisémites du IIIe Reich, résidant en France, Belgique puis Royaume-Uni, avant de franchir définitivement l’Atlantique en reniant son pays d’origine dans une lettre célèbre.


Alors que la guerre s’achève en Europe, il apparaît aux Américains que les inquiétudes soulevées en 1939 par Einstein et ses amis étaient sans fondement, les Allemands sont très en retard sur le plan des applications militaires de l’atome.
Le « plan Uranium » du Reich avait bien été mis en chantier en 1939, en vue d’étudier les réacteurs nucléaires et la séparation des isotopes ainsi que les possibilités d’explosions atomiques. Mais il n’impliquait pas plus de quelques dizaines de savants éparpillés sur l’ensemble du territoire. Et, de plus, nombre d’entre eux ne se consacraient pas exclusivement aux recherches nucléaires.
Comparativement, le plan Manhattan occupait lui des milliers de savants, ingénieurs et techniciens et disposait d’un budget colossal de plusieurs milliards de dollars.
A partir de ces données, les historiens ont conclu fort logiquement que le IIIe Reich était loin de pouvoir prétendre maîtriser le nucléaire.
Mais de nouveaux éléments viennent d’amener à reconsidérer cette idée toute faite. Les choses seraient à la fois plus compliquées et plus intéressantes.




En haut : le prix Nobel 1932, fondateur de la mécanique quantique, Werner Heisenberg était l’un des plus brillants physiciens allemands. Au centre : Heisenberg et Bohr discutent de physique à Copenhague. En bas : le prix Nobel danois Niels Bohr. Il reçut le prix en 1922 pour ses découvertes sur la structure de l’atome.


L’Allemagne et la bombe : une drôle d’histoire


L’approche historique des projets allemands visant à réaliser des armes nucléaires lors de la Seconde Guerre mondiale a évolué au fur et à mesure que de nouvelles sources devenaient accessibles.
Ainsi en 1992 les autorités britanniques rendaient disponible la transcription des conversations entre dix savants allemands internés en 1945 à Farm Hall près de Cambridge. Elles avaient été enregistrées secrètement. Or neuf d’entre ces chercheurs avaient été impliqués dans le plan Uranium (2). La nouvelle du bombardement d’Hiroshima sembla d’autant plus les surprendre que les savants allemands étaient persuadés d’avoir pris de l’avance sur les Alliés dans la course au nucléaire !
2) Erich Bagge, Kurt Diebner, Walther Gerlach, Otto Hahn, Paul Harteck, Werner Heisenberg, Horst Korsching, Carl Friedrich von Weizsäcker, Karl Wirtz.



En 1940, le jeune et brillant Carl von Weizsäcker rejoint l’équipe de recherches dirigée par Werner Heisenberg.

De nouvelles pièces d’archives dérangeantes sont apparues en 2002 lorsque, dans le fonds Niels Bohr à Copenhague, on découvrit les brouillons de lettres, écrites à la fin des années 1950, où le savant rendait compte d’une visite effectuée en septembre 1941 par Heisenberg et von Weizsäcker dans le Danemark occupé. Après la guerre, les deux physiciens allemands avaient prétendu être allés à Copenhague tout simplement pour apporter leur aide à Bohr et obtenir sa collaboration afin de mener à bien leurs efforts visant à prévenir la fabrication d’armes nucléaires. Mais dans ces lettres Bohr contestait qu’il s’agisse d’aussi nobles motifs.
Une trouvaille récente dans les archives russes est venue enrichir la saga de l’atome allemand. Il s’agit en particulier de documents provenant de l’institut de physique Kaiser Wilhelm de Berlin. Parmi ces découvertes figurent quatre pièces majeures : un rapport officiel de von Weizsäcker effectué après un voyage à Copenhague en mars 1941 ; un projet de brevet rédigé par lui durant la même année ; un texte de brevet corrigé datant de novembre 1941 ; enfin le texte d’une conférence « grand public » donnée par Heisenberg en juin 1942.
Ces documents, ainsi que d’autres, ont été utilisés par Rainer Karlsch pour son livre controversé Hitlers Bombe (3).

3) Hitlers Bombe, édité par Deutsche Verlags-Anstalt. c.f. aussi la revue Physics World d’avril 2005


Publié en mars 2005, cet ouvrage a ouvert un débat passionné visant à déterminer jusqu’où l’Allemagne était parvenue dans sa marche vers un armement nucléaire et si celui-ci était crédible.
Travaillant en collaboration avec le journaliste Heiko Petermann, Karlsch affirme qu’en mars 1945, une équipe de savants allemands aurait expérimenté un réacteur nucléaire et testé un « engin » dans l’est du pays, sur l’île de Rügen.
Selon des témoignages oculaires, recueillis dès la fin de l’expérience et dans les deux décennies suivantes, l’essai aurait provoqué la mort de centaines de prisonniers de guerre et de détenus de camps de concentration. Bien que l’on n’ait pu établir si l’invention testée avait fonctionné de manière satisfaisante, on sait qu’elle était destinée à faire appel à la fission et à la fusion nucléaires.
Autrement dit, il s’agissait d’une arme atomique.
A la suite de la publication de Hitlers Bombe un autre document est sorti d’archives privées. Réalisée immédiatement après la fin de la guerre en Europe, cette pièce non-datée comprend les seuls plans connus d’une arme nucléaire allemande.

Qu’est-ce que les savants allemands savaient vraiment ?


Au fil des années plusieurs auteurs sont arrivés à la conclusion qu’Heisenberg et ses collègues n’avaient pas compris le fonctionnement d’une bombe atomique Parmi ceux-ci le physicien Samuel Goudsmit, qui publia en 1947 les résultats d’une enquête de l’armée américaine consacrée à l’effort allemand pour acquérir la bombe. (4) En 1998, l’écrivain Paul Lawrence Rose concluait de même dans son livre Heisenberg and the Nazi Atomic Bomb Project 1939-1945.

4) Il convient de préciser que Samuel Goudsmit avait parcouru l’Allemagne de long en large en 1945 avec la mission américaine Alsos pour étudier en détail chaque site consacré à l’atome afin d’en démonter les éléments utiles et en détruire les autres. Une des obsessions des Américains était de priver les Français de tout accès aux travaux allemands.


Les Allemands auraient-ils mené à bien l’essai d’une « bombe sale » au cours des dernières semaines de la guerre sur l’île de Rügen dans la mer Baltique ? Les études finlandaises de radioactivité dans la région n’apportent pas d’eau au moulin de cette hypothèse.

Ces auteurs prétendaient que les savants allemands n’avaient pas compris la réaction en chaîne qui permet à des neutrons émis par de l’uranium-235 ou du plutonium de provoquer la fission du noyau atomique. Goudsmit comme Rose déclaraient aussi que les Allemands n’avaient pas compris non plus que le plutonium pouvait constituer un explosif nucléaire.
Ces critiques mettant en avant l’incompétence des chercheurs allemands semblaient être confirmées par l’enregistrement des conversations de Farm Hall, révélant qu’Heisenberg apprenant la nouvelle d’Hiroshima aurait initialement réagi par un calcul erroné concernant la masse critique, avant de rectifier celui-ci dans les jours suivants (5). Par ailleurs il y a d’autres preuves démontrant que, quelque soit la réaction d’Heisenberg à Farm Hall, ses collègues et lui même avaient compris que la bombe atomique fonctionnait grâce à la réaction en chaîne et que le plutonium comme l’uranium-235 étaient des matières fissibles.

5) Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que le physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976) s’est fait connaître par ses travaux sur la mécanique quantique de l’atome et a obtenu le prix Nobel en 1932. Il est passé principalement à la postérité dans le domaine de la physique nucléaire grâce à son « principe d’incertitude ». Quant à Otto Hahn (1879-1968), également prix Nobel (1944), il découvrit en 1938 la fission de l’uranium. Ceci ne semble pas conforter le point de vue de Goudsmit et Rose.
Ainsi, en février 1942, les responsables militaires des recherches en armement décrivaient les progrès du « plan Uranium » dans un rapport intitulé « Production d’énergie à partir de l’uranium », retrouvé dans les années 1980. Celui-ci concluait que l’uranium-235, qui ne comprend que 0,7 % de l’uranium naturel le reste étant composé d’U-238 non-fissible, constituait un explosif nucléaire un million de fois plus puissant que les explosifs classiques. Il déclarait aussi qu’une fois le réacteur nucléaire en service, il pourrait produire du plutonium qui constituerait un explosif de puissance comparable. La masse critique d’une telle arme était située « entre 10 et 100 kilogrammes », estimation comparable à celle effectuée par les Alliés le 6 novembre 1941 et que l’on retrouve dans l’historique officiel du plan Manhattan, dit « Rapport Smyth » (2 à 100 kg).


En juin 1942, le ministre Speer et les plus hauts responsables militaires assistèrent à une réunion où Heisenberg leur expliqua les potentialités d’une bombe nucléaire.

Le projet de brevet de von Weizsäcker de 1941, qui constitue peut-être la plus remarquable trouvaille des archives russes, fait apparaître sans équivoque que celui-ci avait compris à la fois les propriétés du plutonium et ses applications militaires possibles. (6)
6) L’historien David Irving avait trouvé dans les archives de Commission américaine pour l’énergie atomique à Oak Ridge, l’original de la proposition de von Weizsäcker datée du 1er juillet 1940. Rien de neuf sous le soleil.




Quelles ont été les véritables raisons du bombardement d’Hiroshima et Nagasaki par les Américains ? L’argument traditionnel (épargner les vies américaines en rendant inutile un débarquement au Japon) ne résiste pas à l’examen. Le débat fait rage entre les historiens depuis que les Américains ont publiquement admis qu’ils connaissaient en détail les positions du gouvernement japonais grâce à l’interception et au déchiffrement de ses communications les plus secrètes.


Von Weizsäcker avait également établi clairement que le plutonium pouvait être utilisé pour fabriquer une bombe puissante et il écrivait « Par rapport à l’énergie dégagée pour une masse égale, cet explosif serait dix millions de fois plus puissant que tout autre (explosif connu) et seulement comparable à l’uranium 235 à l’état pur ». Et il développait sa théorie dans la suite du document.
Ce texte était de nouveau présenté le 3 novembre 1941 sous le titre « Production d’énergie et de neutrons et création de nouveaux éléments par la fission de l’uranium ou d’éléments lourds proches ».
Cette nouvelle présentation différait de la précédente en deux points significatifs.
D’abord le brevet n’était plus déposé au seul nom de von Weizsäcker, mais de l’Institut Kaiser Wilhelm dans son ensemble. Ensuite toutes les mentions relatives à un explosif nucléaire ou à une bombe avaient été supprimées.
Ceci peut correspondre à une évolution dans le déroulement du conflit mondial : en novembre 1941, la perspective d’une rapide victoire allemande s’éloignait, ce qui n’était pas le cas auparavant (7). L’explication peut aussi résider dans une baisse d’enthousiasme de von Weizsäcker et de ses collègues pour l’application militaire de la fission nucléaire. Ce qui pourrait justifier les déclarations d’après-guerre d’Heisenberg et von Weizsäcker selon lesquelles ils avaient rendu visite à Bohr en septembre 1941 car ils avaient des scrupules à travailler sur cette arme de destruction massive.
7) Rappelons que le 22 juin 1941 la Wehrmacht avait lancé avec un succès dépassant toutes prévisions sa grande offensive de Russie. A l’automne, celle-ci s’enlisait pourtant avant d’être bloquée par un froid précoce.


Enrico Fermi s’installa aux Etats-Unis après avoir reçu son prix Nobel en 1938. Il comprit le potentiel des découvertes d’Otto Hahn qu’il mit en pratique pour réaliser la première pile atomique.

C’est la thèse chaudement défendue par Thomas Powers dans un ouvrage publié en 1993, intitulé Heisenberg’s War (« la Guerre de Heisenberg »).
Mais un autre document parmi ceux découverts en Russie – le rapport de von Weizsäcker concernant son voyage à Copenhague au printemps 1941 – laisse penser qu’à cette époque du moins les recherches sur l’uranium l’enthousiasmaient. Par ailleurs, on sait qu’après la guerre des savants travaillant au même institut que Bohr ont accusé leurs deux collègues allemands d’être venus au Danemark dans un but d’espionnage. Il pourrait y avoir là une part de vérité dans la mesure où en mars 1941, alors que l’Allemagne n’avait pas encore envahi l’Union soviétique et devait selon toute probabilité gagner la guerre (8), von Weizsäcker écrivait au commandement militaire :

8) Jusqu’à l’invasion de l’Union soviétique, seul le Royaume-Uni faisait encore face au IIIe Reich en position d’assiégé dans ses îles. Le Danemark était lui dans une situation particulière : occupé sans combats en 1940, son souverain le roi Christian X n’avait pas quitté le pays où il pratiquait la résistance passive.


« On n’a pas entrepris à Copenhague de produire de l’énergie par fission de l’uranium. On y sait qu’en Amérique Fermi (9) a lancé des recherches dans ce domaine, mais il n’y a pas de nouvelles informations de parvenues depuis le début de la guerre. Manifestement le professeur Bohr ignore que nous travaillons sur ces questions et bien sûr je l’ai conforté dans cette idée… La collection de la publication américaine Physical Reviews était complète à Copenhague jusqu’au numéro du 15 janvier 1941. J’ai rapporté des photocopies des plus importants articles. Nous avons pris des dispositions pour que l’ambassade d’Allemagne photocopie (fasse des photographies de) les numéros à venir ».

9) Enrico Fermi (1901-1954), physicien italien établi aux Etats Unis à partir de 1938 et prix Nobel la même année. En 1942 il réalisa à Chicago la première pile atomique.


Ceci ressemble en effet très fort à du renseignement scientifique effectué grâce à la « documentation ouverte ».


Dans leur course à l’armement nucléaire, les Américains investirent des sommes considérables dans la mise au point de puissants calculateurs comme l’ENIAC.


Diebner sous le projecteur

Le livre de Rainer Karlsch Hitlers Bombe rappelle ce qui était déjà connu sur les travaux de recherche nucléaire effectués par les Allemands pendant la guerre et fait appel à des documents tirés des archives russes, à des témoignages oraux comme à l’archéologie industrielle, pour ouvrir de nouvelles voies dans ce domaine historique.
Durant la majeure partie du conflit deux équipes ont travaillé concurrentiellement sur les réacteurs nucléaires : l’une implantée à Gottow près de Berlin avait à sa tête un physicien militaire (donc peu médiatisé), Kurt Diebner (10) ; l’autre regroupant des chercheurs dirigés par Heisenberg opérait à Leipzig et Berlin.

10) En effet, contrairement à son « concurrent » et aux camarades de détention de celui-ci à Farm Hall, Diebner est ignoré des dictionnaires et encyclopédies généralistes.
Alors que les expériences menées par Heisenberg utilisaient des couches d’uranium alternant avec un isolant, l’équipe de Diebner faisait appel à une technique supérieure avec des cubes d’uranium noyés dans l’isolant. Heisenberg n’a jamais voulu reconnaître les mérites de Diebner et des chercheurs travaillant avec lui, mais le prix Nobel utilisa la technique de son concurrent pour sa dernière expérience, effectuée à Haigerloch dans le sud-ouest de l’Allemagne.
Grâce à Karlsch on sait désormais que Diebner s’était arrangé pour effectuer une dernière expérience vers la fin de la guerre. Mais les détails sur cet essai manquent de clarté.
Après avoir réalisé une série de mesures, Diebner écrivit une courte lettre à Heisenberg le 10 novembre 1944, l’informant de l’expérience en suggérant qu’il y avait eu des problèmes avec le réacteur. Malheureusement l’on n’a pas retrouvé d’autres documents concernant cette dernière expérimentation du réacteur de Gottow.
Les investigations d’archéologie industrielle effectuées sur le site en 2002 et 2003 laissent penser qu’une réaction en chaîne au moins brève s’est produite, entraînant la mise hors service du réacteur.
L’histoire ne s’arrête pas avec la guerre : en 1955 Diebner déposait un brevet pour un nouveau type de réacteur nucléaire, qui manifestement était issu des recherches qu’il avait effectuées à la fin du conflit et particulièrement de sa dernière expérience.
Autre révélation du livre de Karlsch, encore plus surprenante : une équipe de chercheurs dirigée par Diebner aurait réalisé et expérimenté une arme nucléaire avec le ferme soutien de Walther Gerlach. Ce dernier était un expert en physique nucléaire, chargé en 1944 du « plan Uranium » pour le Conseil de la recherche du Reich. Il semble que Hahn, Heisenberg, von Weizsäcker et la plupart des savants réputés travaillant au « plan Uranium » ignoraient l’existence de cette arme nouvelle.
Il s’agissait d’un système faisant appel aux réactions de fission nucléaire, sans pouvoir être pour autant qualifié de bombe « atomique » comme celles utilisées contre Hiroshima et Nagasaki. Et bien qu’il soit aussi destiné à faire appel à la fusion nucléaire, il n’aurait rien eu à voir avec les bombes « à hydrogène » expérimentées par les Etats Unis et l’Union soviétique dans les années 1950.
A leur différence, des explosifs brisants classiques étaient disposés en charge creuse et non en masse compacte pour concentrer l’énergie et la chaleur en un point situé au centre. L’arme, qui faisait appel à l’uranium enrichi, était à considérer comme tactique plutôt que stratégique et n’aurait de toutes façons pas pu gagner la guerre.
Néanmoins on ignore l’efficacité du système et comment les réactions de fission et de fusion étaient effectivement provoquées.
Mais l’important est qu’une petite équipe de chercheurs travaillant dans les derniers mois de la guerre aurait essayé d’aboutir.



Otto Hahn avec découvert la fission nucléaire et il fut horrifié quand ses gardiens anglais l’informèrent du bombardement atomique d’Hiroshima. Il se sentait personnellement responsable de la mort de ces centaines de milliers de civils. Ci-dessous : en décembre 1943, Walther Gerlach fut placé par Gœring à la tête de la recherche allemande en physique.

Des plans pour une bombe

Peu après la fin de la guerre en Europe, un savant allemand ou autrichien dont on ignore le nom a rédigé un rapport décrivant les recherches concernant la bombe effectuées durant le conflit.
C’est encore Rainer Karlsch qui a découvert ce document, mais après la publication de son ouvrage. On y trouve des informations fiables et des spéculations qui le sont moins, qui pourraient provenir en partie du « plan Manhattan » lui même. Ainsi l’emploi du mot « plutonium » (11).

11) Si la bombe lancée sur Hiroshima utilisait l’uranium-235, celle qui fut larguée quelques jours plus tard sur Nagasaki faisait appel au plutonium.




Ci-dessus : schéma d’une bombe atomique de conception allemande découvert par Rainer Karlsch. L’engin qui aurait été testé en Thuringe serait un hybride fusion/fission. Les neutrons libérés durant la fusion entre le deutérium et le tritium au centre de la bombe déclencheraient le mécanisme de fission au sein du plutonium ou de l’uranium

Malheureusement il manque la page de garde du rapport et l’on ne sait qui en est l’auteur. A moins que cette disparition soit volontaire ? L’étude du document permet néanmoins de supposer que son rédacteur n’était membre ni de l’équipe principale travaillant sur le « plan Uranium », ni de celle de Diebner.
Ce rapport démontrerait que le fait que l’uranium puisse être utilisé pour la fabrication de nouvelles armes de destruction massive était bien connu de la communauté scientifique allemande durant la guerre. Il comprend aussi le croquis d’une arme nucléaire, mais encore loin d’un véritable plan de « bombe atomique ».
L’auteur inconnu fixe la masse critique à un peu plus de 5 kilogrammes pour une bombe au plutonium. Il s’agit d’une estimation raisonnable, dans la mesure où l’utilisation d’un réflecteur pour renvoyer les neutrons vers le plutonium permettait de diviser la masse critique par deux. Ceci est d’autant plus intéressant que ces détails ne figurent pas dans le « Rapport Smyth ».
Ce rapport récemment découvert présente un autre intérêt : il démontre que les savants allemands avaient effectué des recherches intensives sur les problèmes théoriques concernant la fabrication d’une bombe à hydrogène.
Ceci est confirmé par deux autres sources :
Les archives d’Erich Schumann, directeur du Service d’étude des armements militaires, comportent de nombreux documents et calculs théoriques concernant la fusion nucléaire.
Le physicien viennois Hans Thirring a de son côté traité de ces sujets dans un ouvrage publié durant l’été 1946, donc juste après la fin de la guerre et intitulé Die Geschichte der Atombombe. Mit einer elementaren Einführung in die Atomphysik.



Entourant Willy Brandt, maire de Berlin, Otto Hahn et Lise Meitner reçoivent tous deux le 14 mars 1959, l’hommage de l’Allemagne unanime.

Le dernier mot n’est pas dit

Voici des décennies que les historiens et les scientifiques discutent pour savoir si Heisenberg et von Weizsäcker voulaient fabriquer une bombe atomique.
Or les nouveaux éléments que nous venons de présenter pourraient modifier la vision antérieure de l’affaire des armes nucléaires allemandes.
Et aucun d’entre eux ne va dans le sens de la théorie selon laquelle Heisenberg et ses collègues auraient été des « résistants » (hypothèse Powers) où incapables de sympathies pour le régime nazi (hypothèse Rose).
Il est évident que toute personne désirant poursuivre sa carrière quelle qu’elle soit après guerre avait intérêt à prendre ses distances avec le régime déchu.
En revanche, ces documents ajoutés aux « révélations » de Karlsch présentent les deux savants allemands sous un nouveau jour, en mettant en évidence leur attitude ambiguë vis-à-vis des armes nucléaires.
Continuant à travailler sur les réacteurs nucléaires et la séparation des isotopes, tout en hésitant à mettre les armes nucléaires à la disposition des dirigeants nazis, les deux savants précités n’ont pas fait tous les efforts nécessaires pour aboutir dans leurs recherches. D’autres l’ont fait, tels Walter Gerlach et Kurt Diebner avec son équipe.
Il serait néanmoins prématuré de conclure qu’après ces nouvelles découvertes le dossier de l’arme atomique allemande peut être définitivement refermé.

Louis-Christian Gautier







Samuel Goudsmit avait parcouru l’Allemagne de long en large en 1945 avec la mission américaine Alsos pour étudier en détail chaque site consacré à l’atome afin d’en démonter les éléments utiles et en détruire les autres. Une des obsessions des Américains était de priver les Français de tout accès aux travaux allemands



Les Américains examinent le projet de réacteur allemand.



Chronologie de la bombe atomique


Janvier 1933 : les nazis prennent le pouvoir en Allemagne.
Décembre 1938 : Otto Hahn, Lise Meitner et Fritz Strassmann découvrent la fission nucléaire.
2 août 1939 : Einstein met le président américain Roosevelt en garde à l’égard des dangers de la recherche allemande.
1er septembre 1939 : invasion de la Pologne par l’Allemagne et lancement du « plan Uranium ».
3 septembre 1939 : déclaration de guerre à l’Allemagne par le Royaume-Uni puis par la France.
1941 : von Weizsäcker élabore un projet de brevet concernant une bombe au plutonium.
Mars 1941 : von Weizsäcker rencontre le savant danois Bohr à Copenhague.
22 juin 1941 : invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne.
Septembre 1941 : von Weizsäcker retourne voir Bohr en compagnie d’Heisenberg.
6 décembre 1941 : lancement du « plan Manhattan » à Los Alamos.
7 décembre 1941 : les Japonais attaquent Pearl Harbour.
8 décembre 1941 : les Etats Unis entrent en guerre.
Février/juin 1942 : Heisenberg fait des exposés de vulgarisation sur les armes nucléaires.
Décembre 1943 : Bohr visite Los Alamos.
Mars 1945 : un engin hybride fusion/fission aurait été testé par les Allemands en Thuringe.
7 mai 1945 : capitulation de l’Allemagne
16 juillet 1945 : aux Etats-Unis, première explosion nucléaire mondiale (expérience Trinity).
6 août 1945 : lancement par un B-29 d’une bombe atomique sur la ville japonaise d’Hiroshima.
9 août 1945 : idem sur Nagasaki.
14 août 1945 : capitulation du Japon et fin de la Seconde Guerre mondiale.

Revenez, tout est pardonné !


Dans les colonnes de l'hebdomadaire Time Magazine, le journaliste Alex Perry raconte son voyage à bord d'un remorqueur sur le fleuve Congo. Il rapporte en détail sa conversation avec le commandant du puissant navire fluvial lequel n'hésite pas à avouer qu'il regrette le temps des colonies. Un article qui révèle bien l'état de désespoir de nombreuses populations africaines confrontées à la corruption et à l'incapacité de générations successives de dirigeants.


Le Blanc and I are into our 500th kilometer on the river when he turns my view of modern African history on its head. "We should just give it all back to the whites," the riverboat captain says. "Even if you go 1,000 kilometers down this river, you won't see a single sign of development. When the whites left, we didn't just stay where we were. We went backwards.

Bac sur le fleuve Congo.

Come Back, Colonialism, All Is Forgiven

Le Blanc and I are into our 500th kilometer on the river when he turns my view of modern African history on its head. "We should just give it all back to the whites," the riverboat captain says. "Even if you go 1,000 kilometers down this river, you won't see a single sign of development. When the whites left, we didn't just stay where we were. We went backwards."

Le Blanc earns his keep sailing the tributaries of the Congo River. He's 40 years old, and his real name is Malu-Ebonga Charles — he got his nickname, and his green eyes and dark honey skin, from a German grandfather who married a Congolese woman in what was then the Belgian Congo. If his unconventional genealogy gave him a unique view of the Congo's colonial past, it is his job on the river, piloting three dugouts lashed together with twine and mounted with outboards, that has informed his opinion of the Democratic Republic of Congo's present. "The river is the artery of Congo's economy," he says. "When the Belgians and the Portuguese were here, there were farms and plantations — cashews, peanuts, rubber, palm oil. There was industry and factories employing 3,000 people, 5,000 people. But since independence, no Congolese has succeeded. The plantations are abandoned." Using a French expression literally translated as "on the ground," he adds: "Everything is par terre."

Une fabrique d'huile de palme au Congo français.

It's true that our journey through 643 kilometers of rainforest to where the Maringa River joins the Congo at Mbandaka, has been an exploration of decline. An abandoned tugboat here; there, a beached paddle steamer stripped of its metal sides to a rusted skeleton; several abandoned palm oil factories, their roofs caved in, their walls disappearing into the engulfing forest, their giant storage tanks empty and rusted out. The palms now grow wild and untended on the riverbanks and in the villages we pass, the people dress in rags, hawk smoked blackfish and bushmeat, and besiege us with requests for salt or soap. There are no schools here, no clinics, no electricity, no roads. It can take a year for basic necessities ordered from the capital, Kinshasa, nearly 2,000 kilometers downstream, to make it here — if they make it at all. At one point we pass a cargo barge that has taken three months to travel the same distance we will cover in two days. We stop in the hope of buying some gasoline, but all we get from the vessel are rats.
Even amid the morbid decay, it comes as a shock to hear Le Blanc mourn colonialism. The venal, racist scramble by Europeans to possess Africa and exploit its resources found its fullest expression in the Congo. In the late 19th century, Belgium's King Leopold made a personal fiefdom of the central African territory as large as all of Western Europe. From it, he extracted a fortune in ivory, rubber, coffee, cocoa, palm oil and minerals such as gold and diamonds. Unruly laborers working in conditions of de facto slavery had their hands chopped off; the cruelty of Belgian rule was premised on the idea that Congo and its peoples were a resource to be exploited as efficiently as possible. Leopold's absentee brutality set the tone for those that followed him in ruling the Congo — successive Belgian governments and even the independent government of Mobutu Sese Seko, who ruled from 1965 to 1997 and who, in a crowded field, still sets the standard for repression and corruption among African despots.
Le Blanc isn't much concerned with that history; he lives in the present, in a country where education is a luxury and death is everywhere. Around 45,000 people die each month in the DRC as a result of the social collapse brought on by civil war, according to a study released in January by the International Rescue Committee. It estimated the total loss of life between 1998 and April 2007 at 5.4 million. For many Congolese like Le Blanc, the difficulties of today blot out the cruelties of the past. "On this river, all that you see — the buildings, the boats — only whites did that. After the whites left, the Congolese did not work. We did not know how to. For the past 50 years, we've just declined." He pauses. "They took this country by force," he says, with more than a touch of admiration. "If they came back, this time we'd give them the country for free."

Un ancêtre de M. Leblanc ?

mercredi 27 février 2008

On a retrouvé le petit ami d'Anne Frank


L'hebdomadaire britannique The Observer assure avoir retrouvé une photographie du petit ami d'Anne Frank. Dans son Journal, à la date du 7 janvier 1944, la jeune fille avoue son amour pour un jeune homme prénommé Peter avec lequel elle s'était promenée de longues heures main dans la main.

Retrouvez toute l'histoire dans l'article de Simon Garfield.

La victoire en couleurs

video

Quelques minutes de Paris célébrant la victoire du 8 mai 1945. Un instant de joie pour le peuple de France.

Un deuxième avis sur l'Armistice

François Delpla, un historien qui renouvelle notre vision de 1940,
l'année tragique.



1940 :
l’armistice de la dernière chance ?


Grand connaisseur de l’année 1940, l’historien François Delpla conteste le choix de l’armistice


Quelle est la situation de l’Armée française le 11 juin 1940 ?


Pour l’historien François Delpla, les arguties entre le gouvernement et les militaires sur le choix entre une capitulation militaire ou un armistice masquent le vrai débat. Les seules options qui s’offrent aux Français en juin 1940 sont la poursuite de la guerre ou l’acceptation d’une paix hitlérienne.

Churchill : les vainqueurs ont toujours raison.


François Delpla : Elle est « submergée par la force mécanique » allemande mais celle-ci est tout de même limitée et inapte à s’assurer rapidement d’un aussi grand pays, s’il se défend. Les troupes font retraite partout et plutôt en bon ordre mais manquent de directives et d’objectifs clairs, l’exemple le plus flagrant étant l’encerclement de la ligne Maginot encore bien garnie de soldats, car le général Prételat avait vainement sollicité un ordre d’évacuation. Par ailleurs, à certaines remarquables exceptions près comme Doumenc, les grands chefs font surtout de la politique, dans un sens très précis : ils exigent du gouvernement la cessation de la lutte.

Qui propose le premier au gouvernement de demander un armistice ?

Pétain, lors du comité de guerre du 25 mai. Même un Weygand, ce jour-là, lui objecte qu’il s’agit d’une « question interalliée ». Le lendemain cependant, il s’affole d’avoir donné lors de cette réunion son aval au transfert du gouvernement à Bordeaux en cas de menace contre Paris. Il va trouver Reynaud pour tenter de lui faire rapporter cette disposition : il se résigne donc à la signature d’un armistice dès que la capitale sera sur le point de tomber, et ce, quelles qu’en soient les conditions.

L’armistice ne violait-il pas l’accord signé avec les Britanniques le 28 mars ?

Si. Le gouvernement britannique pose comme condition le 16 au matin, pour autoriser Reynaud à demander à l’Allemagne ses propres conditions, la mise à l’abri de la flotte de guerre française dans des ports anglais. Condition non remplie. Il est vrai qu’une certaine confusion règne ce jour-là, à Londres comme à Bordeaux. Mais il est incontestable que la France n’a pas été déliée de sa parole.

L'Armée française vue par les photographes allemands.


En quoi l’armistice différait-il de la capitulation ?

On s’appesantit trop sur cette question subalterne. C’est Reynaud qui propose à Weygand pendant une heure ou deux, le 15 juin, de lui donner un ordre écrit de capitulation. Le précédent hollandais du 14 mai hante les esprits : la reine Wilhelmine s’était exilée au Royaume-Uni avec son gouvernement tandis que le général en chef signait une capitulation militaire. Weygand prétend qu’un tel processus déshonorerait l’armée, et que les civils cherchent, en refusant l’armistice, à fuir leurs responsabilités. Reynaud lui montre, par son offre d’un ordre écrit, qu’il n’en est rien. Mais la véritable alternative oppose l’armistice et la continuation de la lutte.

Mers El Kebir : une tragédie militairement inutile aux graves conséquences politiques.


Choisir l’armistice n’était-ce pas une concession à l’armée aux dépens du pays ?

C’est là une vision politicienne teintée d’antimilitarisme. L’armée pèse certes, globalement, pour l’arrêt des combats, et en temps de guerre son avis a un certain poids, mais elle n’est pas toute seule. Il y avait d’innombrables civils qui n’avaient pas plus d’imagination que Pétain ou Weygand !

Winston Churchill vient à Washington chercher du réconfort. Il est ici salué par l'amiral Leahy, futur ambassadeur des Etats-Unis en France.

Pouvait-on poursuivre la guerre hors de la France métropolitaine ?

Evidemment. Mais à l’époque, avec tout ce que Hitler avait étalé comme puissance et tout ce qu’il avait dissimulé comme cruauté, il fallait de bons yeux et surtout un esprit en éveil pour constater cette évidence, et pour comprendre que la France n’avait, contre un tel ennemi, d’autre choix que de disparaître ou d’essayer de retourner la situation en rameutant de nouveaux alliés. Comme allait le faire Churchill. En fait, dans le monde entier, toutes les personnes qui observent le déroulement de cette guerre, ou presque, pensent que son arrêt est une question de jours, ou de semaines tout au plus si Churchill s’obstine comme un gamin à refuser les réalités, et réussit à entraîner l’Angleterre dans ses errements. Dans ces conditions, il est clair que la poursuite de la lutte nuit essentiellement à la France et il peut apparaître conforme à l’intérêt national de mettre tout en œuvre pour son arrêt.
C’est ce qui amène Pétain à commettre son acte le plus dommageable : il en appelle à la cessation du combat dans son premier discours, celui du 17 juin à 12 h 30, alors qu’il n’a pas la moindre idée, non seulement des conditions allemandes, mais du temps que Hitler va mettre à répondre à sa demande d’armistice, adressée quelques heures plus tôt par l’intermédiaire de l’Espagne. Comme il laisse passer la journée sans répondre, on falsifie le discours le soir en transformant « il faut cesser le combat » en « il faut tenter de cesser le combat », mais un mal immense a été causé pendant ces quelques heures à la capacité française de résistance, déjà bien entamée. Et, pour reprendre votre question de tout à l’heure, la différence entre « armistice » et « capitulation » est ici assez impalpable ! Sauf qu’il ne s’agit pas d’une capitulation militaire mais bien de la reddition d’un pays tout entier, proclamée par son nouveau chef de gouvernement, qui est par ailleurs un prestigieux maréchal dont l’avis sur la situation militaire a quasiment force de loi.
Après la guerre, aucun défenseur du régime de Vichy n’a daigné reconnaître qu’en juin 1940 il avait le moral à zéro, non seulement sur l’issue de la bataille de France, mais sur celle de la guerre. Tous ont prétendu qu’ils espéraient une victoire anglaise, mais que la France avait besoin d’une pause, assimilant le Pétain de 1940 à celui de 1917 qui « attendait les Américains et les chars ».

L'entrée des troupes allemandes dans une ville de France. Les visages sont tristes.

Quelles ont été les conséquences de l’armistice de juin 1940 ?

Un immense danger de paix, au cas où Churchill serait renversé, et l’effacement de la France le fragilise considérablement. Sa politique antinazie, reposant sur la valeur de l’armée française, avait connu en quelques semaines l’un des effondrements les plus rapides dans l’histoire mondiale des premiers ministres. Cette paix aurait été bénie par Pie XII, Roosevelt et même Staline, pourtant victime désignée et probablement prochaine du tigre non repu. L’agression de Mers El-Kébir peut être interprétée comme une geste désespéré pour écarter le spectre de la paix.

Hitler a-t-il commis une erreur en accordant un armistice à la France ?

Non. Plutôt que la ténacité churchillienne, qui enrageait déjà Hitler à la fin de mai 1940, lors de son arrêt devant Dunkerque, a commencé à creuser sa tombe en l’obligeant à occuper ce pays, alors que tout son programme de conquêtes était orienté vers l’est européen. Si nous observons la guerre dans sa durée, cet armistice se révèle, pour l’Allemagne, d’un rendement énorme : en maintenant une illusion de souveraineté française, il a rendu militairement économique et économiquement juteuse l’occupation du pays et ce, à travers toutes les vicissitudes, jusqu’en 1944.

Le cuirassé Dunkerque, un des enjeux de juin et juillet 1940.

Que se serait-il passé si la France n’avait pas demandé l’armistice ?

Hitler aurait été dans une position précaire, non point certes, dans l’immédiat, sur le plan militaire, mais politique. Cela aurait signifié, tout bonnement, que son enchantement se dissipait et qu’il n’était plus maître du jeu. Un pouvoir fondé à ce point sur la mystification ne saurait survivre bien longtemps au réveil des spectateurs. Car dans le domaine militaire, il aurait eu à choisir immédiatement entre l’immobilisme, qui aurait précipité le désenchantement, et une attaque contre l’Afrique du Nord, redoutablement protégée par les flottes française et britannique. Il aurait pu difficilement faire l’économie d’un enrôlement de l’Espagne, propre, comme l’attaque de l’Afrique du Nord elle-même, à fâcher tout rouge les Etats-Unis privés semaine après semaine, depuis l’agression allemande contre le Danemark et la Norvège en avril, de terres où poser le pied de l’autre côté de l’Atlantique : le raciste anti-slave se serait enlisé durablement à l’ouest et les conditions favorables à une attaque contre l’URSS se seraient éloignées à tire-d’aile.

La Royal Navy canonne des navires français.


Plus de soixante ans après les faits, comment a évolué l’analyse de l’armistice ?

Lentement ! Comme toutes les œuvres de Hitler, celle-ci exigerait d’abord, pour être bien comprise, une bonne compréhension de l’auteur et de ses méthodes. Et aussi, bien sûr, la reconnaissance du fait que la puissance allemande apparaissait irrésistible à presque toute la planète fin juin 1940… une chose que les laudateurs de Roosevelt ou ceux, moins à la mode, de Staline, sont encore moins prêts à reconnaître que ceux de Pétain ! Le sujet reste donc un peu tabou, voire miné, et les historiens, ces défricheurs professionnels, n’ont pas tous les jours toutes les audaces à la fois ni toutes les friches à leur programme.

Le président Chirac a-t-il raison de qualifier l’armistice de funeste ?

Oui, et aussi de regrouper dans un même verdict « le choix funeste de l’armistice » et « le déshonneur de la collaboration ». Son discours de 1995 à propos du Vél d’Hiv condamnait surtout la collaboration et avait l’air de reconnaître une certaine légitimité à Vichy. Je trouve intéressant qu’il en revienne aux fondements du gaullisme. On n’a pas à faire porter collectivement aux Français, déstructurés par la débâcle, la responsabilité des crimes contre la patrie et l’humanité. Pétain, il faut le reconnaître, a pris ses responsabilités lorsqu’il a dit : « Cette politique est la mienne… c’est moi seul que l’histoire jugera » (discours du 30 octobre 1940). Il est temps de lui donner raison, sans dissimuler pour autant que bien des politiciens professionnels se sont abrités derrière son képi.

Propos recueillis par Balbino Katz


Pour en savoir plus

La Face cachée de 1940 : Comment Churchill réussit à prolonger la partie François Delpla Editions François-Xavier de Guibert, 191 p., notes, biblio., 19 e, ISBN : 2868398413.